Le Salève - historique

Table des matières
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01   Toponymie.
02   La Naissance du Salève.
03   Le château de Monnetier.
04   Le château des Avenières.
05   La Chartereuse Notre Dame de Pomier.
06   1887, Quatre articles (1 du DL, 2 du Messager et 1 du Le Temps) par Dominique Ernst : La Tour des Pitons, sommet du Salève et terre d’écrivains et de poètes (juillet 2017), Le Salève de Victor Hugo, Rousseau ou Lamartine... (sept 2014), Le massif du Salève, une montagne de littérature (oct 2015) et secret Salève (avril 2016).
07   Le Chemin de Fer du Salève (1893-1935).
08   Salève: le tunnel de l'ancien chemin de fer fermé par sécurité.
09   Le téléphérique du Salève (1932 à nos jours).
10   Passé simple : Entre terre et ciel on s'envole en téléphérique.
11   Ferdinand Lassalle.
12   Autre.
13   Bibliographie.
14   Affiches et photos anciennes.
15   La mise en valeur du massif : une histoire ancienne.
16   L'histoire d'une montagne en quelques épisodes d'après Monsieur Bernard Crettaz.
17   Dictionnaire historique de la Suisse (en français, allemand, italien).
18   Un peu d'histoire "lémanique".
19   Miettes d’histoire : Pourquoi le Salève n’est pas genevois.
20   Etrembières et Veyrier : 2 "villages" au destin commun...
21   La sidérurgie au Salève et la fabrication du verre dans la région.

Toponymie

La première mention écrite du mont Salève apparaît au 4e siècle de notre ère: monte Seleuco (C.50). La première partie de ce nom dérive d’une racine pré-indoeuropéenne « sal » qui signifie « pente à éboulis » (éboulis = amas de matières). La deuxième partie - leuco - viendrait d’une langue parlée par les Celtes (= Gaulois), peuple d’origine indo-germanique qui peuple l’Europe environ 500 ans avant Jésus-Christ, signifiant « le mont brillant » . D’après une autre source (BJJ.13) Salebra = lieu d’accès difficile. La légende donne une explication plus facile à comprendre: Alors que Gargantua (personnage de légende, Rabelais, 16e siècle) creusait le Léman, il amassa les déblais à l’emplacement de la future montagne. Cette entreprise suscita la curiosité des habitants de la région. En regardant la nouvelle montagne, ils s’écrièrent: « Eh! mais regarde donc comme ça lève! », et ainsi le nom du Salève fut trouvé (DD). Le saviez-vous ? Le Salève, massif apprécié tant par les Savoyards que par les Genevois, doit son nom au plus célèbre des géants de France et de Navarre : Gargantua ! Ce personnage à la force herculéenne et à l'appétit gigantesque, rendu populaire par la prose de François Rabelais, a laissé des traces bien au-delà de la littérature. Depuis des siècles, la plupart des rochers aux formes étranges ont été affublés d'un nom en rapport avec ce sympathique colosse. Sa réputation est telle qu'il n'est pas une région en France ou en Suisse romande qui ne compte plusieurs lieux dont la création aurait pour origine une action de cet ogre débonnaire. Il faut dire aussi que Gargantua n'a jamais fait les choses à moitié. Quand il boit, il assèche facilement une rivière, et quand il pisse, c'est au minimum pour créer un lac de la taille du Léman ! L'homme est si grand que les clochers et les tours des châteaux lui passent entre les jambes comme autant d'herbes folles et il peut franchir une vallée d'une seule enjambée. En France, des dizaines de montagnes, rochers, lacs ou rivières trouvent leur origine dans une sieste, une colère ou un coup de pied, voire un pet, signés Gargantua.

En Haute-Savoie, région qu'il a souvent traversée pour se rendre en Italie, Gargantua est notamment connu pour avoir fait voler d'un coup de pied la Pierra-Menta, l'expédiant tel un ballon de football de la cime des Aravis au versant du Soleil, dans le massif de la Tarentaise. Mais le géant est aussi connu pour avoir vécu quelque temps sur les pentes du Jura, dans la partie dominant le Pays de Gex et la plaine du Genevois. Là, aidé de ses parents, les bien nommés Grandgousier et Gargamelle, et de son fils, Pantagruel, il se serait amusé à jeter le plus loin possible d'immenses rochers granitiques, ces fameux blocs erratiques qui ont longtemps trôné dans la plaine et sur les flancs du Salève, du Vuache et du Mont-Sion. Fâché on ne sait trop pourquoi contre Genève, Gargantua aurait tenté d'abîmer la Cité du bout lac à coups de lancers de rochers. Par chance, ses tirs ne blessèrent personne, ni n'abîmèrent aucun bâtiment car les pierres lancées - la Pierre-à-Bochet et les Pierres-du-Niton - s'écrasèrent respectivement à Thônex, près de la frontière française, et dans la rade de Genève. Des siècles plus tard, ces vestiges gargantuesques se trouvent toujours à la même place et la Pierre-à-Bochet aurait même la particularité de tourner sur elle-même durant la nuit de la Saint-Sylvestre !

Mais pour en revenir au Salève, une vieille légende raconte que Gargantua, se rendant en Italie, fit une pause dans nos contrées et s'installa non loin du Rhône. Assoiffé comme souvent, il décida de creuser de part et d'autre du fleuve afin de créer un plan d'eau suffisamment vaste pour étancher sa soif légendaire. Au fur et à mesure qu'il approfondissait ce trou qui allait devenir le lac Léman, Gargantua déversa terre et rochers à l'aide d'une hotte sur un replat de la rive gauche du Rhône. À force de creuser, l'amas de déblais finit par atteindre une taille conséquente qui intriguait les habitants de la région. Suivant avec intérêt le développement de ce phénomène, les paysans de ce coin de pays se retrouvaient régulièrement à bonne distance du géant pour observer cette montagne qui s'élevait petit à petit sur l'horizon. Commentant l'avancement des travaux, ils s'interpellaient en disant : «Eh ! mais regarde donc comme ça lève !» Au fil du temps, le «ça lève» est tout simplement devenu... «Salève». extraits du livre "Le Salève : ses histoires, ses légendes", Dominique Ernst, octobre 2012, Slatkine.

La Naissance du Salève

La plaque africaine poussant vers le nord la plaque eurasienne provoquait l’émersion des Alpes puis celle des préalpes, du Salève et du Jura. La région de Genève passe de 30N (niveau d’Afrique du Nord) à 46N en 150 millions d’années à cause de la dérive des continents. Elle monte 2000 km vers le Nord. Début mouvement de plissement - 50 millions d’années. Le Salève monte et émerge de la mer à raison de 2mm / siècle en moyenne (1000 mètres en 50 millions ans). Aujourd’hui le Salève continue de monter à raison d’un millimètre par an, la moitié de cette élévation est usée par l’érosion. Il faudra donc 2000 ans pour gagner un mètre. Dès 600’000 avant J.C. il y avait une succession de périodes glaciaires et interglaciaires. La plus importante de ces périodes, la troisième (le Riss), vit les glaciers s’étendre jusqu’à Lyon. Ces glaciers ont déposé sur le Salève des blocs erratiques (granit et gneiss) transportés depuis le massif du Mont-Blanc. La 4me périodes glaciaire (le Würm) s’étalais de - 80’000 à - 10’000 avant J.C. A Veyrier la couche de glace atteint 700 m, seul quelques mètres du Salève émergent au dessus de la glace. Le vallon de Monnetier est creusé par le courant sous glacier dans une zone fissurée entre le petit et le grand Salève.
Voir http://fr.slideshare.net/Glaciers/les-alpes-pendant-la-dernire-glaciation-presentation
Début de la fonte de la glace = -20’000. Tout le bassin lémanique (= la cuvette lémanique), des Préalpes au Jura, est couvert de glace. Nos régions sont complètement inhabitées. Les glaciers se retirent progressivement vers le nord. Vers -14’000 une maigre végétation herbacée commence à envahir le plateau. Les premiers animaux apparaissent, notamment la faune froide (renne, mammouth, etc.). Neanderthals were around before we evolved. They first appeared around 250,000 years ago and spread throughout Europe and Asia. Our own species, Homo sapiens, evolved in Africa about 200,000 years ago. They reached Europe around 45,000 years ago, and found it was inhabited by Neanderthals. We co-existed with them for 5,000 years, according to the latest estimate. But eventually they disappeared, perhaps as early as 40,000 years ago. Les premiers hommes quittèrent l’Afrique il y a un million d’années. En avancant vers le nord ils suit le recule des glaces. Ils arrivent à Genève il y a 10’000 ans. A ce moment les glaces ont disparues définitivement du bassin lémanique. Le lac Léman est sous sa forme actuelle c.-à-d. une étendue d’eau unique dont le niveau est de 10m plus élevé qu’actuellement. Par manque de support latéral du glacier la paroi du Salève s’effondre en un gigantesque éboulement. Le mammouth abandonne le bassin genevois pour se retirer sur les hauteurs du Jura. Les hommes, venus du sud, chasse la renne dont les troupeaux parcourent la forêt naissante. Le climat se rechauffant, la renne monte vers le nord. Elle est remplacée par le cerf, hyène, panthère, rhinocéros, chevreuil, élan, bouquetin, chamois, lagopède, lièvre, cheval sauvage, marmotte, aurochs (boeuf sauvage aujourd’hui éteinte), ours brun, loup, renard, etc. Âge de la pierre (-10’000 à -1700), bronze (-1700 à -800), fer (-800 à 0). Une cinquantaine de grottes percent le Salève (la plus longue, la Bachai-di-Faye - le refuge des Fées - fait 1 km). Les plus connus sont la grotte d’Archamps, Le Seillon, L’Ours, Le Sablon, Les Noctambules (voir « Le Salève souterrain » de J-J Pittard). Certaines furent habitées par les hommes qui y ont trouvé refuge, cherchant la sécurité à l’abri des orages, des autres hommes et des bêtes sauvages. D’autres hommes vivaient dans des cabanes construits en rondins. Les hommes exploitèrent le fer du Salève entre le 5e et le 6e siècle après J.C. et entre le 12e et le 13e siècle après J.C. . Il se peut, mais nous n’avons pas des preuves, que l’exploitation du fer a commencé déjà au 5e siècle avant J.C. . Vers 100 av. J. C. le peuple gaulois est vaincu par les romains (César arrive à Genève vers 60 av. J.C.) . Les grès ont été exploités au sommet du Salève pour la verrerie.

Panorama de la région lémanique qui était couvert par les glaces.

Comment s’est formé le Salève ?

Au cours de l'ère secondaire, un océan séparait un vieux continent européen de la masse continentale africaine. Dans cet océan se déversaient les débris de l'érosion de ces continents. Parmi ceux-ci il y avait des boues calcaires qui petit à petit se sont endurcies en roches calcaires. Au cours de l'ère tertiaire, la masse continentale africaine s'est rapprochée du continent européen, comprimant les dépôts sédimentaires qui s'étaient accumulés sur les fonds marin. Et, comme une nappe qui se plisse lorsqu'on rapproche ses deux extrémités, les sédiments vont se plisser et finalement émerger de l'océan où ils se trouvaient. C'est comme cela que le Salève s'est formé à la fin du Tertiaire, ainsi que les plis du Jura qui ont la même origine. Le reste de l'océan a subsisté comme une mer qui occupait le plateau suisse et les premiers débris de l'érosion de ces montagnes naissantes ont comblé cette mer : c'est la molasse.

Le Salève est comme pli "en genou". L'arrière du Salève s'élève en pente relativement douce, puis les couches plongent subitement vers la plaine genevoise. Il faut noter encore que le vallon de Monnetier correspond à un ancien lit de l'Arve. Mais la montée du plissement a, à un moment donné, été plus rapide que les possibilités érosives de la rivière qui a alors contourné la montagne et emprunté l'itinéraire que nous lu connaissons aujourd'hui.

Pour plus de renseignements sur le mode de formation des Alpes, vous pouvez consulter le site http://www.kasuku.ch en cliqueant sur le texte "La grande aventure de la Terre" (qui vous raconte l'évolution de notre planète, du Big Bang jusqu'à l'apparition de l'Homme!) Puis cliquer sur "Télécharger" (le fichier pdf entier (30 pages - 9.1 Mo)) se trouvant dans « Comment les Alpes se sont-elles formées » Pour tout savoir sur nos montagnes.

31.01.12 Jacques Deferne, Conservateur honoraire Muséum de Genève.

Source :
http://www.rts.ch/decouverte/sciences-et-environnement/environnement/4639642-question-de-mon-fils-de-5-ans-comment-s-est-forme-le-saleve.html

Voir aussi
http://archive-ouverte.unige.ch/unige:17845 = L'apport d'Adrien Jayet dans la compréhension des abris magdaléniens de Veyrier (Etrembières, Haute-Savoie) - pdf
Les occupations magdaléniennes du Veyrier : l'un des plus anciens sites du Bassin genevois - pdf
Remarque concernant la figure 6: à quoi servait le bâton perforé (industrie osseuse)? il y a 3 hypothèses : 1) bâton de commandement, 2) redresseur de point d'une lance, 3) bloqueur de cordage.
http://www.culture74.fr/archeologie/librairie/341-la-haute-savoie-durant-la-prehistoire
La géologie du Salève .
http://www.la-memoire-de-veyrier.ch/420281743 = Les abris sous blocs de Veyrier-Étrembières, "Sur les traces des chasseurs-cueilleurs du Magdalénien", Un dossier de Véronique Ramseier, 11.2015
Léman Bleu : Genève Grandeur Nature Mercredi 05.04.2017. les origines du sol du bassin genevois avec Lionel Cavin, géologue. 12’ (Salève = minutes 5-7)

Le château de Monnetier

Le château de Monnetier (= de l’Ermitage = Hermitage ) a été construit au 13me siècle. Une devise était gravée dans la pierre : « Nasci, Pati, Mori » (Naître, souffrir, mourir). Le château fut pris et brûlé par les Genevois à la fin du 16me siècle quelques années avant l’escalade de décembre 1602. Les ruines restèrent en l’état pendant 3 siècles. En 1885 le château est reconstruit et devient une pension. En 1926 Joseph Dupraz achète le château dans une vente aux enchères. 2 ans plut tard il décède. Son beau-fils, un ancien champion de boxe chilien, Charles Porta, prend la direction de l’établissement. 9 ans plus tard il meurt à l’âge de 40 ans, laissant derrière lui sa femme Francine et leur fille Josette, âgée de 7 ans. Nous sommes en 1937. En 1981 Francine meurt à son tour à l’âge de 86 ans. Josette fait survivre l’établissement jusqu’en 1989. Le château abrita donc une pension pendant 100 ans. Suite à l’échec d’une vente à un émir koweïtien à cause du refus de la municipalité de fermer le domaine, pourtant privé, au public, le château est vendu, début 1999 pour 4-6 millions ff à Panorama 2000 qui, après avoir effectué des travaux, a essayé, par l’intermédiaire d’une société immobilière, Immo3 concept, de vendre le château en 9 appartements de luxe ou en entier (voir la TdG du 7.3.2000 p.54), prix demandé: 250’000 frs suisses par appartement ou 2 millions pour l’ensemble (1200 m2 de planchers dans un parc boisé de 35’000 m2). Josette s’établit à Cranves Sales près d’Annemasse. Novembre 2010 = début travaux de réhabilitation (numéro de permis = PC074/8509A0012 en faveur du SCI La Croix) : aménagement de 5 logements et des annexes en ajoutant 110 m2 au surface habitable existant de 1130 m2 (la surface totale du terrain étant de 26'600 m2).
 
Le château des Avenières

Mary Wallace Shillito est née en 1876, à Cincinnati, Ohio, Etats-Unis d'Amérique. Son père, puissant homme d'affaires, a fait fortune dans les chemins de fer, les mines de cuivre et les grands magasins de Chicago. Dès son enfance, Mary nourrit une vive admiration pour sa jeune soeur Violet. Adolescentes, les deux soeurs plongent avec délices dans un Paris en proie à l'orientalisme. Violet décède, âgée de 24 ans, à Cannes, en 1901, d'une fièvre typhoïde. Mary, inconsolable, parcourt le monde. Un bel après-midi de l'été 1904, Mary visite en compagnie de quelques camarades, dont sa meilleure amie Marcelle Senard (1879-1971), de modestes clairières vouées à la culture de l'avoine sur les flancs du Salève. Sans route carrossable, il leur fallait une heure pour monter à pied depuis Cruseilles. Elles sont saisies par l'exceptionnelle beauté du panorama. Instantanément, Marie prend la décision de bâtir ici le sanctuaire qu'elle rêve de dédier à sa soeur Violet trop tôt décédée... Ses parents viennent de mourir, elle est seule maintenant, à la tête d'une immense fortune. Elle achète le terrain, vendu par des agriculteurs de Cruseilles. Ces terrains, jusqu'en 1789, appartenaient aux moines de l'abbaye de Pomier. Ils avaient été confisqués par l'état révolutionnaire et bradés à différents propriétaires. L'édification du bâtiment démarre en 1907 et durera 6 ans. Les pierres calcaires, tirées de la carrière de Comblanchien (située à 4 kms de la maison de Marcelle Senard, près de Beaune pas loin de Dijon en Côte-d'Or à 300 Km au sud-est de Paris et à 150 Km au nord-ouest de Genève), sont acheminées de Bourgogne par le train jusqu'à la gare de Saint-Julien, puis montées aux Avenières par des chars tirés par des boeufs . L'entreprise est cyclopéenne. Il n'y a pas encore de route, seulement des chemins agricoles.

Quand Marie n'est pas sur place pour superviser les travaux, elle visite les boutiques des antiquaires parisiens et rassemble une impressionnante collection de meubles rares destinés à son futur château. Elle profite aussi de ses séjours dans la capitale pour fréquenter des cercles dédiés aux sciences occultes et invite au château des savants, des artistes et des philosophes.

C'est ainsi qu'elle rencontre en 1913 Assan Farid Dina qu'elle épouse (en seconde noce = ?) en 1914. Mary a 38 ans, Assan, 43 ans. C'est un petit homme rond au regard vif et aux traits asiatiques. Né à l'Ile Maurice de père indien et de mère française, ingénieur, spécialiste en hydroélectricité (" la houille blanche " qui remplace le gaz et le charbon), Assan se consacre désormais à l'aménagement du château . A l'intérieur de l'édifice, il construit, entre autres, une mystérieuse chapelle contenant une vaste mosaïque montrant des symboles ésotériques qui représentent le savoir universel des religions. Le château est à la pointe du progrès avec son éclairage à l'électricité, le téléphone (numéro 1. Les Dina sont les premiers de la commune à avoir le téléphone. Le service n'est utilisable que quelques heures par jour à cette époque), son poste de Télégraphie Sans Fil (un poste de radio communiquant uniquement en morse. La radio transportant la voix n'est pas inventée à cette époque), ses automobiles et même son avion avec lequel Dina survole les Alpes. Pour obtenir de l'électricité, ce dernier a conçu et fait construire sur les Usses une petite centrale électrique en aval du pont de la Caille. M. Dina n'a pas travaillé que pour lui-même. Il a profité de cette belle réalisation pour l'époque pour électrifier sur son passage Copponex, Cruseilles, Cernex. Cette innovation a été accueillie avec enthousiasme par toute la région. Elle a beaucoup développé les campagnes, notamment en permettant l'installation de petits moteurs électriques dans les fermes pour actionner les scies à couper le bois de chauffage, tourner les meules à aiguiser les lames de faucheuse, actionner les broyeurs à céréales et dans les fruitières pour actionner les barattes à beurre, pour brasser le caillé dans les grandes chaudières à faire les meules de fromage. Assan Farid Dina veut ensuite construire un observatoire ayant un télescope géant sur le Salève mais l'atmosphère du mont Salève n'est pas propice aux observations pour un tel télescope, tout au plus trois nuits par an.

Après 15 ans de vie commune, en 1928, Assan meurt lors d'une croisière en Mer Rouge, il est âgé de 57 ans. Mary fonde la librairie Véga (une étoile de la constellation de la Lyre, la plus brillante du ciel boréal, éloignée de 27 années-lumière de la terre). Le directeur de sa collection, René Guénon (1886-1951), philosophe et écrivain, s'installe à ses côtés aux Avenières. Elle a 52 ans, lui 42. En 1930, le couple part en Égypte. Trois mois après, Mary rentre seule... (Notez que Mary n'a pas eu de chance avec l'Egypte et "ses" hommes, Dina, mort en 1928, y est enterré).

Elle tombe amoureuse d'Ernest Britt (un pianiste suisse) qu'elle épouse la même année et qui participe à sa déroute financière. Mary vend le château début 1936. Elle est alors âgée de 60 ans. Elle divorce en 1937 et décède âgée de 62 ans, en 1938, d'un brutal arrêt du coeur. Elle est morte et enterrée à Genève. Ses obsèques ont été payées par sa cousine, Béatrice Shillito. Son corps a été rapatrié... et réenterré en 1939 au caveau familial des Shillito à Cincinatti, Ohio, USA.

Après avoir été une maison de repos, un collège oratorien, un rêve d'enfant pour Georges Duvernay et enfin le projet immobilier gigantesque de l'architecte suisse Haüsermann, le château a retrouvé en 1994 une nouvelle jeunesse. Aujourd'hui, le propriétaire du château des Avenières est l'industriel François Odin qui a acheté le château aux enchères en 1994. Il l'a transformé en un charmant hôtel-restaurant quatre étoiles. (Tél.: F44 02 23 - http://www.chateau-des-avenieres.com ) . Sources : " Le château des Avenières, 1907-2007, cent ans d'histoire… " de Georges Humbert, 2008, 70 pages, 22 euros, éditions Unberger (http://www.unberger.com , source de l'illustration), " L'étonnante histoire du château des Avenières… " article dans " Le Messager " du 10.7.2008 par Dominique Ernst,
http://www.la-salevienne.org/memoires/HistoireChateauAvenieres_C-Regat-2012.pdf ,
http://hermetism.free.fr/Avenieres/avenieres%2054.htm ,
http://hermetism.free.fr/Avenieres/avenieres%2084.htm ,
http://hermetism.free.fr/Avenieres ,
http://www.cernex.fr
Article DL - pdf
Article Le Messager - pdf
foto = http://www.dronestagr.am/chateau-des-avenieres-saleve/ Château des Avenières (Salève) By adrien gros. Description : Le château des Avenières… Perle architecturale du Salève… Endroit de calme au mysticisme assez affirmé … More infos... Added: 24 April 2017, Drone/Camera: DJI, FC330, Shutter Speed Value: 9281/1000, Aperture Value: 297/100, Focal Length: 361/100, Country: France.
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Christian Regat : Mary Shillito et Assan Dina au château des Avenières

Le château des Avenières est une luxueuse demeure aménagée au début du XXe siècle par deux personnalités hors du commun : l'Américaine Mary Shillito et le Mauricien Assan Dina.

Une fortune bâtie aux États-Unis

Shillito est un patronyme anglais originaire du Yorkshire. Au fil du temps, ce nom s'est répandu dans de nombreuses contrées et notamment en Irlande. C'est là que vint au monde, en 1765, un garçon nommé Edward Shillito. Émigré aux États-Unis, il s'y maria en 1798 avec Sarah Sally Scott, union dont naquit en 1808 John Shillito. John n'avait que 9 ans lorsqu'il vint travailler à Cincinnati dans un magasin de nouveautés où il s'initia au commerce. Et le commerce devint sa passion. Dès l'âge de 23 ans il était en mesure de s'associer avec un partenaire pour reprendre l'affaire de ses patrons et à 29 ans il créait la société John Shillito & Company. Il construisit tout d'abord un grand magasin sur quatre niveaux. Puis, en 1857, il ouvrit un magasin trois fois plus vaste, proposant l'ameublement au rez-de-chaussée, l'alimentation au premier et au deuxième étage, l'habillement dans les niveaux supérieurs. L'affaire ne cessa de se développer et, en 1878, John Shillito inaugura une structure commerciale où l'activité pouvait se déployer sur six étages autour d'un atrium spectaculaire qui s’élevait sur toute la hauteur du bâtiment. Il était à la fois couvert et éclairé par une grande coupole vitrée octogonale. Ce grand magasin était le plus important du continent américain. Ce fut le modèle de tous les grands magasins qui se construisirent par la suite aux États-Unis. En 1836, John Shillito avait épousé Mary Wallace, fille de l'homme d'affaires Robert Wallace, créateur du quartier résidentiel de Wallace Woods à Covington, face à Cincinnati, sur l'autre rive de l'Ohio. C'est là que fut construit Shillito Cottage où John et Mary vinrent habiter en 1854. Quand John mourut en 1879, Gordon, le troisième de ses cinq enfants, lui succéda à la présidence de la société Shillito. Gordon avait épousé une riche héritière nommée Jane Gaff. Le père de celle-ci, Thomas Gaff, s'était fait bâtir à Aurora une élégante maison traduisant sa réussite dans les affaires. Il distillait des alcools, brassait de la bière, produisait des céréales, exploitait des mines d'argent, des fonderies, des usines de mécanique ainsi qu'une flotte de bateaux à vapeur sur l'Ohio et sur le Mississipi. Le premier enfant de Gordon et de Jane Shillito fut une fille nommée Violet, née en 1877. Une deuxième fille, Mary, celle qui fera construire les Avenières, vint au monde en 1878. En 1880 naquit un garçon, mais une bronchite l'emporta à l'âge de huit mois. Un autre garçon, prénommé Gordon comme son père, vint atténuer ce chagrin dès 1881.

Des Américaines à Paris

En 1883, désireux de vivre au cœur de cette vie parisienne qui fascine tant la haute société américaine, les Shillito viennent s'installer à Paris, 23 avenue du Bois de Boulogne, la future avenue Foch, l'une des artères les plus huppées de la capitale. Mais en janvier 1884 meurt le petit Gordon, qui venait tout juste d'avoir deux ans. Quant à Violet et Mary, elles deviennent les compagnes de jeu de Natalie Clifford Barney, une jeune Américaine née en 1876. Toutes les trois apprennent le français en lisant les romans de la comtesse de Ségur, car Natalie, dont la famille est également très riche, a une gouvernante française. Son père, Albert Clifford Barney, resté aux états-Unis, est un industriel qui a fait fortune en construisant des voitures de voyageurs pour les chemins de fer. Sa mère, Alice Pike, est la fille d'un juif allemand devenu millionnaire en distillant du whisky. Alice peint avec beaucoup de talent. À Paris, elle deviendra l'élève de Carolus-Duran puis de Whistler. Les deux filles Shillito grandissent et sont éduquées dans un pensionnat de Fontainebleau. Passionnée de philosophie, de poésie et de musique, Violet apprend toute seule le grec ancien et l'italien pour pouvoir lire Platon dans le texte et la Divine Comédie de Dante. À 16 ans, elle tombe amoureuse de sa voisine, Pauline Tarn. Celle-ci est venue au monde à Londres en 1877. C'est la fille d'un rentier anglais et d'une Américaine de Honolulu. Les deux filles vivent une relation intense et méprisent les hommes qu'elles appellent les cochons. Un jour viendra où Pauline publiera un recueil de poèmes célébrant l'amour entre les femmes. Dans la poésie française, Pauline Tarn, sous le pseudonyme de Renée Vivien, sera la première femme à chanter ses relations amoureuses avec d'autres femmes. Or, Natalie Clifford Barney, l'amie d'enfance des sœurs Shillito, aime les femmes elle aussi. Comme Pauline Tarn, elle exprime par la poésie ses passions amoureuses. En 1900, alors âgée de 24 ans, elle publie Quelques portraits-sonnets de femmes, un recueil de poèmes chantant ses amours. Avec Liane de Pougy notamment, qui, l'année suivante, fera de leur liaison le sujet d'un roman intitulé Idylle saphique. Bien d'autres femmes entretiendront des relations amoureuses avec Natalie : l'artiste peintre Romaine Brooks, la femme de lettres Colette, la cantatrice Emma Calvé, la duchesse de Clermont-Tonnerre... Le recueil porte en frontispice le portrait de Natalie par Carolus-Duran et c'est la propre mère de la jeune poétesse qui a dessiné les quatre portraits de femmes illustrant le livre. Aux États-Unis, Albert Clifford Barney est profondément choqué quand il apprend que sa fille vient de publier à Paris un recueil de poésies saphiques, illustré de surcroît par sa propre épouse ! Furieux, il se précipite en France et achète tous les exemplaires encore en vente pour les envoyer au pilon. Alice et Natalie ayant refusé de rentrer avec lui en Amérique, il repart seul, sombre dans la boisson et meurt en 1902 suite à une attaque d'apoplexie. Naturellement Pauline Tarn a lu les sonnets de Natalie Clifford Barney. Elle est fascinée. Brûlant de rencontrer l'auteur de ces vers, elle demande à Violet et à Mary Shillito de la mettre en relation avec Natalie. Dès les premières rencontres, Pauline et Natalie s'enflamment d'une violente passion mutuelle. Pauline écoute avec ravissement Natalie lui murmurer : Mon âme enfin repose... ou bien Je dormirai ce soir de la mort la plus belle.... Quant à Violet Shillito, trahie, abandonnée par Pauline, elle quitte Paris pour la Côte d'Azur où elle se réfugie dans le mysticisme, après s'être convertie à la foi catholique sous l'influence d'une autre amie nommée Marcelle Senard. Le séjour de Violet Shillito sur la Côte d'Azur sera très bref. Le 8 avril 1901, elle y meurt de la typhoïde, à l'hôpital anglais de Cannes, deux jours seulement après avoir fêté ses 24 ans. Ses obsèques sont célébrées à Paris et elle est enterrée au cimetière de Saint-Germain-en-Laye où l'on peut toujours voir son tombeau. Mais ce tombeau est vide, car en 1904, au décès de Jane Gaff, Gordon Shillito fera transférer les corps de son épouse et de sa fille à Cincinnati, au cimetière de Spring Grove. Mary, qui est très laide, (elle est affligée de grandes dents jaunes et d'un triple menton agrémenté d'une verrue sur le côté droit) a toujours vécu dans l'admiration de sa sœur aînée. Le décès de Violet l'affecte très profondément. Un même chagrin la rapproche de Marcelle Senard. De surcroît elle a la douleur de perdre sa mère le 24 février 1904.

Marcelle Senard, l'amie de Violet puis de Mary Shillito

Dès lors, Marcelle va partager sa vie. Marcelle Senard est née en 1880. Comme Violet et Mary, elle a reçu une éducation exceptionnelle pour une fille de cette époque. Et comme elles, Marcelle appartient à un milieu aisé. Son père, le comte Jules Senard, est négociant en vins à Beaune, tout en exploitant le domaine viticole qu'il a créé à Aloxe-Corton. Sa mère, née Mathilde Borderel, a financé la construction de la nouvelle église d'Aloxe, suite à un grave accident de cheval auquel Jules a survécu. C'est, en effet, une famille très catholique. Jules Senard a été anobli par le pape Léon XIII en 1891, d'où son titre de comte romain. Les Senard résident au château de Cussigny, à côté de Corgoloin. Une demeure d'origine médiévale, mais totalement reconstruite au XVIIIe siècle. Jules Senard a acheté ce domaine en 1888, en même temps que celui de Moux dont la maison forte date du XVe siècle. À la différence d'Aloxe-Corton, Cussigny et Moux ne sont pas situés dans le vignoble de la côte, mais dans la plaine de la Saône. C'est pourquoi Jules Senard a entrepris d'y développer diverses cultures et un élevage de charolais (une race vaches et des bœufs). Au cœur du village d'Aloxe, les Senard possèdent aussi la Grande Maison, aménagée dans un bâtiment construit au XIIIe siècle par les chanoines augustins de l'abbaye Sainte-Marguerite de Bouilland près de Beaune.

Les Avenières, des Chartreux aux Montfalcon

Jules Senard a été, pendant des années, le fournisseur en vins d'un grand restaurant parisien où sont employés François Excoffier et Jean Borgel, deux de ces nombreux Savoyards ayant émigré dans la capitale. Le courtier qui représente les vins du comte Senard s'appelle Auguste Charpentier et il habite à Saint-Julien-du-Sault dans l'Yonne. Jean Borgel est né à Présilly (au pied du Salève) le 28 janvier 1838. C'est un neveu de Rosalie Borgel, en religion Mère Saint-Maurice, supérieure générale de la Présentation de Marie, congrégation qu'elle a implantée au Canada en 1853. Il est le fils de François Borgel, aubergiste, et de Françoise Vuagnat, cabaretière, tenanciers du relais de diligences de Chez-le-Beau, au Petit-Châble (au pied du Salève), où la famille exerce cette activité depuis le XVIIe siècle. Lui-même est limonadier. Sa sœur, Marie Borgel, de quatre ans sa cadette, est partie avec lui et travaille comme repasseuse. Mais en 1865, à 23 ans, elle sera déjà de retour en Savoie pour épouser André Mégevand. François Excoffier, pour sa part, est chef de tables d'hôtes. C'est le fils de Michel Excoffier et de Marie Cartier, cultivateurs aisés, propriétaires d'une exploitation agricole à la Chenaz, hameau de Saint-Blaise sur le flanc occidental du Salève (entre Saint-Blaise et les Avenières). Michel a un frère, Jean-Marie, qui réside sur le versant méridional de la montagne, dans la commune de Cruseilles, en tant que surveillant de la campagne des Avenières, vaste domaine que la famille Excoffier tient en fermage depuis plusieurs générations. Les Avenières appartenaient, aux origines, à la chartreuse de Pomier. Mais, en 1661, les moines s'en étaient dessaisis au profit de noble Michel de Quimier, seigneur de Pontverre. Les Quimier, originaires de Chambéry, s'étaient implantés à Cruseilles en 1612 à l'occasion d'un mariage. Celui-ci fit entrer dans leur patrimoine la maison forte de Pontverre dont ils prirent le nom. La dernière de la lignée, Antoinette de Pontverre, veuve d'Alexandre de Roget de Fesson, revendit les Avenières aux (mêmes) chartreux de Pomier en 1787 : 139 journaux, soit 41 hectares, pour le prix de 12’200 livres et 510 livres d'épingles, à charge pour le monastère de payer trois rentes instituées en 1780 par Antoinette de Pontverre. Peu après l'achat de ce bien, les chartreux eurent la déconvenue de voir trois angles des murs de la vacherie s'écrouler. Les toitures menaçaient de s'effondrer et les planchers ne valaient pas mieux. Aussi, en 1790, en appelèrent-ils au Juge Maje de la province de Carouge, lui demandant de faire établir par un notaire un constat de l'état des bâtiments et un devis des travaux indispensables à réaliser, dans l'espoir d'en faire supporter la dépense à dame Antoinette de Pontverre. Celle-ci fut assignée à comparaître aux Avenières le 18 novembre, mais on l'attendit en vain. Néanmoins, les deux artisans requis par le notaire à titre d'experts purent établir leurs devis. Le maître charpentier Joseph Mégevand estima à 1’348 livres les travaux de charpente à entreprendre. Un peu plus de la moitié de cette somme concernait la pose de nouveaux tavaillons sur la maison de maître, ancienne maison forte dotée d'une tour carrée, et la réfection totale des toits de la vacherie et de la grange. Le maître maçon François Girod estima à 912 livres les travaux de maçonnerie à effectuer, notamment les encadrements de cinq portes dans la maison de maître, le remplacement de la hotte de cheminée en bois par une hotte en pierre « à cause du danger du feu » et le pavement du sol dans les trois écuries. En 1792, quand survint la Révolution, la chartreuse de Pomier admodiait les Avenières à moitié fruit à Jacques Excoffier [Admodier : (amodier) v. tr. est un emprunt au latin médiéval admodiare de ad- et modius (boisseau, muid de blé) ; signifie mettre (un domaine) à ferme moyennant une redevance en nature (muids de blé) = louer une terre où une mine contre une redevance contractuelle payée par l'amodiataire à l'amodiateur]. En 1780, il avait été inquiété par la justice de Carouge pour profanation de tombes. Dans le cimetière de Compesières, il avait déterré deux crânes qu'il avait placés dans ses écuries afin de protéger les bêtes de toute épidémie. L'inventaire des biens du monastère dura du 9 novembre au 24 décembre. Les terres furent vendues tout au long de l'année 1795. Les Avenières firent l'objet de deux lots. Pour le premier, estimé à 5’000 livres, la première enchère, qui eut lieu le 23 germinal, atteignit 6’000 livres et la deuxième, le 8 prairial, 15’000 livres. Pour le deuxième lot, estimé à 3’200 livres, la première enchère atteignit 3’600 livres et la deuxième 25’200 livres. C'est donc un total de 40’200 livres, payées en assignats, que la Nation retira de la vente de ce domaine. L'acquéreur était Louis Montfalcon, agissant pour son frère Jean. Ils étaient les fils de Charles Montfalcon, un négociant de Pont-de-Beauvoisin venu s'établir à Compesières (une ancienne commune du canton de Genève qui appartenait autrefois au duché de Savoie, avant d'être rattaché à Genève à la suite du traité de Turin de 1816 (aujourd'hui un centre administratif, religieux et scolaire de la commune de Bardonnex), en 1763, pour prendre à ferme les biens de l'opulente commanderie des chevaliers de Malte. Louis, né en 1759 à Pont-de-Beauvoisin, avait débuté comme notaire royal avant d'embrasser la Révolution avec ferveur. Il fut élu président de l'administration municipale de Carouge en 1795, puis maire de cette ville de 1800 à 1831 tout en siégeant au Conseil d'État de Genève à partir de 1817. Il avait épousé la sœur du général Pacthod de Saint-Julien. Son frère, Jean Montfalcon, né à Pont-de-Beauvoisin en 1767, était devenu garde du corps du roi de Sardaigne à Turin en 1786. Mais lui aussi adopta les idées révolutionnaires et passa au service de la République en 1793. Dès lors il se distingua tout au long des campagnes de la Révolution et de l'Empire. Anobli par Napoléon qui le fit chevalier d'Empire, Jean Montfalcon reçut des armes dans lesquelles un crocodile évoquait sa participation à la campagne d'Égypte. En 1814, l'empereur l'éleva au rang de général de brigade. Le général Montfalcon n'eut pas de postérité alors que son frère Louis fut le père de Louis-Apollonie Montfalcon, né en 1807 à Compesières, docteur en droit, avocat, membre du Grand Conseil genevois et maire de Compesières. De son union avec Juliette Girod, Louis Apollonie engendra Joannès, né le 22 octobre 1843 à Plan-les-Ouates. Depuis la fin de la période révolutionnaire, les Montfalcon faisaient précéder leur nom d'une particule. Quand le général Jean de Montfalcon mourut, le 12 mai 1845, il laissa les Avenières à son petit-neveu et filleul Joannès âgé seulement de 19 mois. Joannès de Montfalcon deviendra banquier, épousera Marie-Christine Capré de Megève et sera maire de Plan-les-Ouates de 1870 à 1878. Il jouera un certain rôle au moment du Kulturkampf. Il sera en effet membre fondateur et vice-président de l'Union des Campagnes, regroupement des catholiques romains opposés à la politique anticléricale d'Antoine Carteret à Genève. Cet engagement lui vaudra par deux fois, en 1875 et en 1878, d'être destitué de sa fonction de maire par le gouvernement genevois.

François Excoffier et Jean Borgel

En 1877, Joannès de Montfalcon décide de se séparer des Avenières. Le 2 septembre, il charge de cette opération Michel Foëx, agent d'affaires à Annecy, lui donnant pouvoir de vendre le domaine à l'amiable ou aux enchères, en bloc ou par lots séparés, à une ou à plusieurs personnes. Le 15 septembre 1877, c'est Claude Excoffier, cultivateur à Saint-Blaise (à un kilomètre des Avenières), mandataire de son frère François, restaurateur à Paris, qui se porte acquéreur de la totalité de la propriété, soit environ 60 hectares, moyennant 45’000 francs. Rappelons que Claude et François Excoffier sont les fils du propriétaire de la Chenaz (entre Saint-Blaise et les Avenières) Michel Excoffier, et les neveux du fermier des Avenières Jean-Marie Excoffier. Claude, marié avec Victorine Lacombe, est resté à la terre à Saint-Blaise où il vit et travaille depuis toujours avec ses parents, à la Chenaz. François, né à la Chenaz en 1835, débute à Paris comme employé dans un grand restaurant. Il habite alors 18 rue Saint-Honoré. En 1863, il épouse Joséphine Charpentier. C'est la fille du courtier de Saint-Julien-du-Sault qui vient vendre les vins du comte Senard au restaurant où il travaille. Un demi-frère de Joséphine, Adolphe, né d'un premier mariage de son père, est sommelier à Paris où il réside au 233 du faubourg Saint-Martin. François et Joséphine s'unissent sous le régime de la communauté de biens. Il a 28 ans, elle en a 20. Travailleurs et entreprenants, François Excoffier et Jean Borgel n'entendent pas rester éternellement employés. Ils s'associent pour ouvrir un grand restaurant sur le boulevard des Italiens. Naturellement, c'est le beau-père de François, Auguste Charpentier, qui leur fournit les vins du comte Senard. Dans cet établissement de bonne tenue, toute la vaisselle, l'argenterie et la verrerie sont gravées au chiffre de la maison Borgel-Excoffier. Jean Borgel demeure 14 boulevard Poissonnière dans le 9e arrondissement. François et Jospéhine Excoffier habitent désormais 7 rue Vivienne, dans le 2e arrondissement, juste à côté de l'hôtel particulier abritant aujourd'hui le Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale de France. Avec eux réside la jeune soeur de Josphine, Berthe Charpentier. Victor, frère de Claude et de François, est monté à Paris lui aussi, car c'est lui le cuisinier du restaurant Borgel-Excoffier. Demeuré célibataire, Victor se fera construire à la Chenaz une maison coiffée d'un toit d'ardoise, entourée d'un balcon et dotée de fenêtres aux encadrements de brique. François, Claude et Victor ont deux soeurs, Joephte, qui a épousé Eugène Delieutraz Chez Mermet, à Saint-Blaise, et Lucie qui est la femme de Charles Gonthier à Genève. La dimension familiale du restaurant se renforce encore lorsque Jean Borgel épouse Berthe Charpentier, la jeune belle-sœur de François Excoffier chez qui elle habite. Le mariage est célébré à Paris le 20 juillet 1878. Jean est âgé de 40 ans, Berthe n'en a que 23. L'un des témoins du marié est son ami François-Émile Chautemps, jeune médecin de 28 ans. Né à Valleiry, fils des fermiers du comte de Viry, il a préféré la franc-maçonnerie à la carrière ecclésiastique à laquelle le destinaient ses parents. Il ne va pas tarder à s'engager dans une brillante carrière politique, devenant successivement conseiller, puis président du conseil municipal de Paris, député de la Seine, ministre des Colonies, conseiller général de Chamonix, député puis sénateur de la Haute-Savoie et brièvement ministre de la Marine. Le couple Borgel vit dans une certaine aisance. Berthe possède une importante broche en or, décorée de deux cercles de diamants, sa bague est sertie d'un gros diamant et sur ses boucles d'oreilles ce sont encore des diamants qui scintillent. De plus, le 21 mai 1880, elle recevra une autre broche en or, jade et perles, décorée du B de son prénom qui est également, désormais, celui de son nom de femme mariée. Sur l'écrin de ce bijou, deux B entrelacées disent clairement qu'elle est devenue Berthe Borgel. Mais c'est le B de Borgel et le C de Charpentier qui sont gravés sur l'argenterie du jeune ménage ainsi que sur leur théière et sur les manches en ivoire des couteaux achetés chez Christofle. La situation est moins brillante chez François et Joséphine Excoffier. François s'est endetté pour acquérir les Avenières. Il se retrouve dans une situation financière tellement précaire qu'il ne peut plus assumer son association avec Jean Borgel, si bien que le restaurant doit être fermé. Jean Borgel est dédommagé en recevant les tapis, les grands miroirs et les lampadaires, la vaisselle, la verrerie, l'argenterie et la batterie de cuisine, ainsi que le vin conservé dans la cave de l'établissement. Berthe et Jean, qui n'auront pas d'enfants, quittent Paris et viennent s'établir au Petit-Châble, dans la maison des Borgel, l'ancien relais de diligences de Chez-le-Beau. Mais Jean possède aussi une maison à Landecy, hameau de Compesières. En 1896, du 1er mai au 15 octobre, la plaine de Plainpalais à Genève accueille la deuxième Exposition nationale suisse. À cette occasion, Jean Borgel, qui a 58 ans, pense pouvoir écouler les bouteilles du restaurant parisien en organisant ce qu'on appellerait aujourd'hui une foire aux vins. Malheureusement pour lui, cette initiative ne rencontre pas l'écho espéré et il se retrouve donc avec tout son stock de bouteilles. Son assise financière lui permet d'assumer cette mévente, mais toute la famille Borgel boira encore longtemps les excellents vins du comte Senard. Quant à François Excoffier, il est totalement ruiné. En 1902, comme il n'a plus le droit de réaliser d'opérations financières, c'est sa femme, Jospéhine, qui emprunte pour 8 ans l'importante somme de 50’000 francs à François Risse de Cervonnex. Les intérêts, au taux de 5%, seront à régler trimestriellement. Ce prêt est garanti par l'hypothèque de tous les biens du couple Excoffier et de ceux appartenant personnellement à François. Le 30 juillet 1902, François et Joséphine donnent procuration à M. Alfred Potencier, directeur du Contentieux à Paris, pour vendre ces biens en réméré (clause par laquelle on se réserve le droit de racheter dans un certain délai la chose qu’on vend, en remboursant à l’acquéreur le prix principal et les frais de son acquisition) à Jean Borgel : 70 ha 37 ares dans la commune de Cruseilles et 11 ha 10 ares dans la commune de Saint-Blaise appartenant à la communauté du couple Excoffier. C'est le domaine acheté aux Montfalcon en 1877. À quoi s'ajoutent les biens que François possède en indivision avec ses neveux Delieutraz et qui sont grevés de l'usufruit dont jouit sa belle-sœur Victorine Lacombe : sur Cruseilles 99 ares de bois et sur Saint-Blaise les maisons de la Chenaz avec 6 ha de terrain. La vente est conclue à la Chenaz, le 4 août 1902, devant maître Lachat, notaire à Cruseilles, pour une valeur de 75’000 francs. Le couple Borgel, qui réside désormais à Landecy (Commune de Bardonnex - Croix de Rozon), devient propriétaire des Avenières et de la Chenaz, mais assume aussi l'emprunt de 50’000 francs et ses intérêts qu'il lui va falloir rembourser. Toutefois pendant cinq ans François Excoffier pourra à tout moment retrouver la propriété de son bien s'il est en mesure de rembourser lui-même son créancier. Cette éventualité est totalement irréaliste et François Excoffier renonce au réméré dès le 10 janvier 1903. En compensation, Jean Borgel accepte de lui offrir 500 francs. Dès lors Jean et Berthe Borgel viennent habiter à la Chenaz. Aux Avenières, dont le nom évoque la culture de l'avoine qui s'y pratiquait jadis, Jean se contente d'exploiter le foin qu'il fait couper par les paysans des environs. Le foin est gardé sur place, puis, l'hiver venu, il est vendu à Genève pour nourrir les chevaux des fiacres de la ville. Les hommes embauchés pour transporter le fourrage montent la veille aux Avenières afin de charger les charrettes. Le lendemain matin, de bonne heure, c'est un convoi de trois voitures qui descend le foin jusqu'à un dépôt situé à Carouge, attelées du Mousse, de Negro et de Belle, les trois chevaux d' André Mégevand du Châble, dont la femme, Marie, est la sœur de Jean Borgel. Mais l'objectif de Jean Borgel est de vendre ce domaine pour rembourser l'emprunt auprès de François Risse et réaliser une plus-value sur les 75’000 francs de l'acquisition. Il se met donc en quête d'un acheteur potentiel. Or Marcelle Senard et Mary Shillito, qui habitent dans le 16e arrondissement de Paris, au 31 rue de la Pérouse, souhaitent s'éloigner de la capitale. C'est vraisemblablement parce que le comte Senard connaît les intentions de son ancien client Jean Borgel que Marcelle et Mary viennent à Genève, au cours de l'été 1905, et de là vont visiter le domaine mis en vente.

Berthe Borgel vend les Avenières à Mary Shillito

Quand elles découvrent les Avenières, les deux jeunes femmes sont subjuguées par ce site exceptionnel. Mary décide sur le champ d'acquérir la propriété. Non seulement ce qui appartient en propre à Jean Borgel, mais aussi les différentes parcelles détenues en indivision avec les neveux et les cousins de François Excoffier. Pour Gordon Shillito, Mary est le seul être cher qui lui reste : il a perdu ses deux garçons au berceau, sa fille Violet en 1901, et son épouse en 1904. Aussi ne fait-il aucune difficulté à souscrire à son désir. Il entre en pourparlers avec le vendeur par l'intermédiaire de maître Cherbulliez, notaire à Genève. Par malheur, Jean Borgel est victime d'une attaque et se retrouve paralysé du côté droit. C'est pourquoi, le dimanche 20 août 1905, il fait venir à la Chenaz le notaire de Cruseilles, pour donner tous ses biens à Berthe son épouse. Maître Lachat est accompagné du juge de paix, Étienne-Jospeh Galley qui constate que le malade est parfaitement lucide, mais que sa paralysie l'empêche de signer l'acte. L'état de Jean Borgel se dégrade rapidement. Il meurt à la Chenaz le 12 septembre 1905. Berthe se retrouve donc propriétaire de la Chenaz et des Avenières, mais elle est aussi désormais l'unique responsable des dettes contractées par son beau-frère. Celui-ci, totalement ruiné, a quitté Paris pour revenir à la Chenaz où il meurt le 22 novembre 1905, deux mois après Jean Borgel. De son union avec Joséphine Charpentier, la soeur de Berthe, François Excoffier n'a eu qu'un fils prénommé Henri. Celui-ci est avocat rue Trézel à Paris. Peu désireux d'endosser les dettes de son père, il renonce en bonne et due forme à la succession paternelle par devant un notaire parisien. Avec détermination, Berthe Borgel s'est fixé de pouvoir vendre aux Shillito la propriété sans que certaines parcelles soient soumises à une indivision ou grevées d'un usufruit. Il lui faut donc, préalablement, en réaliser le remembrement. Avec Germain Excoffier et sa soeur Marguerite, des cousins de François Excoffier, elle obtient les Greppons à la Chenaz et le Grand Bois aux Avenières en échanges de quatre parcelles à la Chenaz et d'une cinquième au Salève. L'accord se fait chez Eugène Deprez, à l'hôtel du Mont-Sion, car Marguerite Excoffier a épousé le fils Deprez, Auguste, maître d'hôtel de l'établissement. Toutefois, « Madame Borgel se réserve le passage dans les parcelles qu'elle a cédées, sur lesquelles passe la canalisation de l'eau alimentant les fontaines de la Chenaz et du domaine des Avenières pour faire les aménagements de captation, canalisation, adduction et autres analogues pour conduire la source d'eau existant sur la pièce de terre cadastrée 444, section I, à la propriété des Avenières. Monsieur Germain Excoffier et Madame Marguerite Deprez s'interdisent de faire tous travaux pouvant nuire ou préjudicier aux sources d'eau et canalisations. » En effet, si Berthe veut pouvoir vendre aux Shillito, elle se doit de leur garantir l'alimentation en eau de la demeure qu'ils envisagent de construire aux Avenières. Parmi les frères et sœurs de François Excoffier, Josephte est la seule à avoir eu une descendance de son mariage avec Eugène Delieutraz à Saint-Blaise. Comme elle est décédée, ce sont ses enfants, Maurice, Françoise et Louise Delieutraz qui ont hérité des parcelles que Berthe convoite pour pouvoir revendre aux Shillito une propriété unifiée. La situation est complexe car ces terres qu'ils détiennent en indivision sont soumises à l'usufruit de leur tante Victorine Lacombe, la veuve de Claude Excoffier. Berthe commence par s'entendre avec Victorine. Celle-ci renonce à l'usufruit, mais en échange Berthe lui abandonne jusqu'à sa mort la jouissance de la maison qu'elle occupe à la Chenaz et un revenu annuel de 240 francs. Les terrains n'étant plus grevés de cet usufruit, reste à les acquérir aux hoirs Delieutraz. Comme elle l'a fait avec Germain Excoffier et Marguerite Deprez, Berrthe procède par échange de parcelles. Maurice Delieutraz est cultivateur Chez Mermet à Saint-Blaise et son père Eugène, toujours vivant, demeure avec lui. Françoise Delieutraz est devenue la femme du charpentier Alexis Charbonnel avec qui elle habite à Genève, dans le quartier de Plainpalais. Quant à Louise Delieutraz, elle a épousé le frère d'Alexis, Auguste Charbonnel, qui tient la fruitière de Saint-Blaise. De tous les frères et sœurs de François Excoffier, seule Lucie, qui n'a pas eu d'enfants de son union avec Charles Gonthier, est encore en vie. Lucie, qui habite à Genève, accepte de vendre à Berthe, moyennant 10’000 francs, les terres dont elle a hérité. Toutes ces tractations sont rondement menées et dès le 20 décembre 1905, à Genève, la promesse de vente peut être signée avec Gordon Shillito. Dès l'automne, celui-ci s'était mis en relation avec le maire de Cruseilles, Jean Pinget, pour demander que la commune accepte la déviation d'un chemin : il entend ainsi éviter le passage sur sa future propriété et annuler toute servitude. Il s'engage à payer l'intégralité des travaux, laissant à la mairie le soin de les réaliser. Le 28 décembre 1905, le conseil municipal accepte le principe de ce nouveau chemin qui sera plus commode, même si le trajet va être rallongé de 125 mètres. Mais Gordon Shillito, président de la John Shillito Company, est à la veille d'entreprendre un voyage aux États-Unis où l'appelle la gestion de sa société. Avant son départ, il donne donc les pleins pouvoirs à « sa demoiselle », comme disent les gens de Cruseilles, pour qu'elle réalise elle-même l'acquisition des Avenières et de la Chenaz. C'est ainsi que Mary Shillito achète le domaine à Berthe Borgel, le 21 mars 1906 : 80 hectares 34 ares et 74 centiares, au prix de 100’000 francs payés comptant. Une affaire permettant à Berthe de rembourser les 50’000 francs empruntés à François Risse, de récupérer les 10’000 francs versés à Lucie pour lui racheter sa part, d'assurer la pension promise à Victorine Lacombe et de faire un bénéfice de plus de 30’000 francs. Une clause de l'acte de vente précise que Victorine Lacombe pourra demeurer jusqu'à la fin de ses jours dans la maison qu'elle occupe à la Chenaz, conformément à l'accord conclu entre elle et Berthe Borgel. Naturellement, Berthe quitte la maison de la Chenaz pour retourner à Landecy où elle vivra jusqu'à son décès en 1927. Non sans être revenue aux Avenières visiter le château, à l'invitation de Mary Shillito. Elle s'y rendra grâce à son neveu André Mégevand. Celui-ci, qui combattait sur le front, bénéficia d'une permission au cours de l'été 1917. Il en profita pour atteler son cheval au char à banc et, avec femme et enfants, aller chercher Berthe à Landecy afin de la conduire aux Avenières. L'Américaine, qui était seule ce jour-là, leur fit les honneurs de sa nouvelle demeure et leur offrit des rafraîchissements. La petite Louise Mégevand, âgée de sept ans, fut très impressionnée par les statues de marbre, car elle n'avait jamais vu de sculptures, mais encore davantage par la laideur de Mary Shillito dont la dentition l'horrifia.

Un château pour deux femmes

Pour la durée de son séjour à Cincinnati, Gordon Shillito est descendu chez son frère Stewart. C'est là qu'il décède brusquement, le 3 novembre 1906. Mary, qui est son unique héritière, se retrouve à la tête d'une fortune considérable. Elle a 28 ans. Mais elle est désormais seule au monde. Il ne lui reste plus que l'affection de Marcelle Senard. Avec elle, Mary va se tourner vers l'ésotérisme pour chercher un sens à sa vie. Avec elle, Mary va se consacrer tout entière à l'aménagement des Avenières pour donner un but à son existence. Aux Avenières, en bonne Américaine fascinée par l'histoire et le patrimoine du vieux continent, Mary veut un château. D'autant que la famille de Marcelle possède la Grande Maison d'Aloxe, le château de Cussigny, et le château de Moux. Les travaux vont durer de 1907 à 1913, suivant les plans d'un architecte originaire de Bourgogne, nommé Louis Guinot. Natif de Châtillon-sur-Seine, installé à Paris où il a édifié plusieurs hôtels particuliers dans les années 1880-1890, Guinot pourrait être l'architecte de la tour que les Seanrd viennent d'ajouter à Cussigny. Sa maçonnerie, qui laisse les pierres apparentes, est assez proche de celle mise en œuvre aux Avenières. Les matériaux eux-mêmes sont identiques, car le château des Avenières sera construit en pierre de Comblanchien, célèbre carrière de Bourgogne, proche de la résidence des Senard. Les pierres sont acheminées en Savoie par le train, jusqu'à Saint-Julien, où Mary Shillito fait équiper la gare de manière à faciliter leur déchargement. Des attelages leur font ensuite gravir le mont Sion et elles sont finalement hissées jusqu'aux Avenières par les chemins muletiers qui en constituent alors le seul accès. Presque aussitôt, Louis Guinot tombe malade. Dès lors, les travaux sont conduits par l'architecte Paul Morel, qui vient tout juste de restructurer le château d'Osny, dans le val d'Oise, pour le banquier Frédéric de Reiset. L'épouse de ce dernier, Josie Downing, est la fille d'un banquier de New-York. C'est peut-être par l'entremise de cette compatriote que Mary a connu Paul Morel. Quant à Guinot, qui n'intervenait plus guère sur le chantier des Avenières, il mourra le 23 mai 1913. C'est donc Morel seul qui achève les travaux. Le château né de la collaboration de ces deux architectes est constitué d'un imposant corps de logis qui s'élève sur trois niveaux, exposant au midi sa façade principale précédée d'une large terrasse. Cette façade est encadrée par deux avancées polygonales évoquant des tours. Entre ces deux avancées, un balcon parcourt le premier étage sur toute sa largeur. Au deuxième étage, le bâtiment est également animé par un balcon, mais celui-ci se poursuit en loggias sur les deux avancées aux allures de tours et se prolonge par des colombages sur les façades latérales de la demeure. L'angle sud-ouest du corps de logis est agrémenté à son sommet par un petit oriel en colombage disposé en biais. Des colombages et un balcon d'angle décorent aussi le haut de la grande tour carrée, construite en brique, qui se dresse sur la façade orientale, celle où s'ouvre l'entrée du château sous un auvent de bois portant une petite terrasse. Sur cette tour, une fausse fenêtre est garnie d'une plaque dont l'inscription donne les dates de la construction et rappelle les noms des deux architectes. On entre dans un élégant petit vestibule, aux angles adoucis en arrondis, sur lequel s'ouvre latéralement la porte à fronton triangulaire de la chapelle. Ce vestibule donne accès à un grand hall à partir duquel s'élève un escalier monumental, ennobli par une splendide ferronnerie du XVIIIe siècle. La chapelle est tournée vers le nord. Ses voûtes reposent sur d'authentiques culots sculptés du XVe siècle. Sur les meubles de la bibliothèque, Mary Shillito fait sculpter discrètement le lion du blason de sa grand-mère Mary Wallace dont elle porte le prénom. Il y voisine avec un cygne placé dans une couronne. Ce cygne, elle en fait un motif décoratif omniprésent, aussi bien sur les carrelages au sol que sur les murs de la salle à manger, sur les plaques de cheminée ou sur l'édicule en ferronnerie qui abrite la cloche suspendue à la façade ouest du château. Sur les sols ce cygne est accompagné de la lettre M pour que nul n'ignore que Mary est la propriétaire de la demeure. Mais le M est aussi l'initiale de Marcelle. Sur le plafond et sur les murs de la salle à manger, s'inscrivent les initiales MS : Mary Shillito mais aussi Marcelle Senard. Les initiales de l'une et de l'autre, pour ainsi dire fusionnées. Partout aussi des phylactères portent la devise de la châtelaine : Sperandum est (Il convient d'espérer). Y compris sur les meubles de la bibliothèque. Le cygne de Mary Shillito a la particularité de tenir un fer à cheval dans le bec, ce qui constitue de fait une figure héraldique nouvelle, faisant la synthèse du cygne et de l'autruche. En effet l'autruche, en héraldique, est représentée comme n'importe quel oiseau, l'unique caractéristique permettant de l'identifier étant précisément le fer à cheval qu'elle tient dans son bec. Désormais la châtelaine des Avenières se fera appeler Mary Wallace Shillito. Marcelle Senard prend une part importante dans l'ameublement du château. Mary la fait passer pour sa secrétaire, mais la présence et le rôle de Marcelle aux Avenières ne manquent pas d'intriguer la population locale. Marcelle conseille, Marcelle choisit et Mary signe les chèques. Des boiseries du XVe siècle sont achetées et complétées par des boiseries néo-gothiques. Est aussi achetée une superbe cheminée de style gothique flamboyant, décorée d'un riche blason avec heaume, lambrequins, cimier, tenants et devise. L'écu est d'azur à quatre fasces d'or, au chef de gueules chargé de trois annelets d'or. D'autres éléments, comme cet escargot sur une des portes de la cuisine ou ces consoles polychromes sculptées de grappes de raisin et d'un visage, masculin pour l'une, féminin pour l'autre, achèvent de donner sa touche médiévale à la salle à manger. Son seul mur qui ne soit pas occupé par les fenêtres ou la cheminée est tendu d'une précieuse tapisserie du début du XVIe siècle représentant des scènes de la Passion. La bibliothèque possède une cheminée de style Renaissance. Elle est ornée sur son linteau de deux profils de médaille et sur son manteau de huit caissons garnis de putti ou de monstres. Ces caissons sont groupés par quatre de part et d'autre d'un blason d'azur à deux léopards d'or l'un sur l'autre, accompagnés en chef d'une fleur de lys du même. Entre la salle à manger et la bibliothèque, le grand salon, est réchauffé par de belles boiseries en chêne de style Régence, entre lesquelles sont tendues des tapisseries de Beauvais du XVIIIe siècle dédiées à Diane, déesse de la chasse. Les dessus-de-portes sont garnis de bas-reliefs animés par des enfants dont les activités évoquent les quatre saisons : le printemps, l'été, l'automne et l'hiver. Dans le salon de musique, des instruments décorent les boiseries. Pour toutes les pièces, les rideaux sont au point de Venise ou au point de Bruges. Les tentures de velours rouge portent des motifs dorés en relief et les cantonnières sont en tapisserie. Les meubles précieux sont pour la plupart de style Louis XV comme l'attestent les photos du catalogue de la vente de tout le mobilier en 1936. Des statues peuplent la maison. Au rez-de-chaussée, le grand hall est placé sous la garde d'une reproduction du Tondo Pitti de Michel-Ange. Cette Vierge à l'Enfant et le thème religieux de la tapisserie dans la salle à manger ne laissent aucun doute sur l'influence catholique exercée par Marcelle sur Mary, en écho à celle que naguère elle a exercée sur Violet. La chapelle en apporte la confirmation avec les trois lettres IHS, Iesus Hominum Salvator (Jésus Sauveur des Hommes), surmontées de la croix, qui se répètent sur le carrelage et qui figurent sur le devant de l'autel. Posé sur celui-ci, un magnifique retable en bois polychrome, daté de 1478, comporte en son centre une statuette de la Vierge en albâtre. La lumière est transfigurée par un vitrail du XVe siècle également. Au tympan de la porte deux anges tiennent un écu d'azur chargé d'un M d'or et surmonté de la devise Sperandum est. Il est tentant d'y voir une ambiguïté volontaire pour évoquer à la fois la Vierge Marie et Mary Wallace Shillito qui s'est convertie au catholicisme, partageant désormais la même foi que Marcelle Senard. À ce blason fait écho aujourd'hui, dans le vitrail qui lui fait face et qui a remplacé celui du XVe siècle, un autre M placé dans un médaillon rouge. Naturellement Mary Wallace Shillito ne manque pas de faire installer le téléphone dont le numéro sera le 1 à Cruseilles, puisque ce sera le premier appareil mis en service dans la commune. Le deuxième sera celui du docteur Henri Bouchet.

Une passion pour l'ésotérisme

D'un tempérament mystique, ces deux femmes sont portées vers l'ésotérisme. En 1914, lorsque Marcelle Senard publiera deux ouvrages ayant trait à la philosophie du Britannique Edward Carpenter, elle choisira de les éditer à la Librairie de l'Art indépendant que dirige l'écrivain et musicien Edmond Bailly, personnalité de premier plan du symbolisme, de l'ésotérisme et de la théosophie, assisté de Gaston Revel, autre membre influent de la Société théosophique. Beaucoup plus tard, en 1948, c'est un livre d'astrologie de 600 pages que Marcelle Senard fera paraître à Lausanne : Le Zodiaque clef de l'ontologie appliqué à la psychologie, une œuvre encore très prisée par les astrologues d'aujourd'hui, puisqu'on continue à la rééditer et à la traduire. En fréquentant ce milieu, Marcelle rencontre un passionné d'ésotérisme nommé Assan Farid Dina, client assidu de la Librairie de l'Art indépendant, laquelle a édité un ouvrage sur La magie et la divination chez les Chaldéo-Assyriens. Assan Dina, en effet, se passionne pour l'assyriologie. De plus, par l'intermédiaire de Pauline Tarn, la poétesse Renée Vivien, Mary et Marcelle sont entrées en relation avec un ami d'Assan Dina. Il s'agit de Salomon Reinach, issu d'une famille de banquiers juifs allemands originaires de Francfort. C'est le vice-président de l'Alliance juive universelle. Grand érudit, archéologue, il est directeur, depuis 1902, du musée des Antiquités nationales à Saint-Germain-en-Laye. Il est aussi membre de l'Académie des inscriptions et belles lettres. Passionné par les récits mythologiques, il a publié Cultes, mythes et religions en 1905, un livre auquel Freud fait de nombreuses références dans Totem et Tabou qui paraît en 1913. Entre temps, en 1909, Salomon Reinach a publié Orpheus, histoire générale des religions. Parmi les personnalités du monde des arts qu'il fréquente, figure une Américaine installée à Paris depuis 1893, Romaine Brooks, peintre de talent, qui deviendra en 1915 le grand amour de Natalie Clifford Barney, l'amie d'enfance des sœurs Shillito. Naturellement, Romaine Brooks est aussi une amie de Marcelle Senard et de Mary Shillito. C'est à Genève, semble-t-il, que Mary fait la connaissance d'Assan Dina, à l'occasion d'une conférence sur la théosophie, et c'est Salomon Reinach qui l'amène pour la première fois aux Avenières. Une relation suivie, basée sur l'occultisme et l'astrologie, ne tarde pas à s'établir entre eux.

Assan Farid Dina, descendant du maharaja de Lahore

Ce citoyen britannique, petit de taille, corpulent, le teint jaune, le poil noir et l'œil plus noir encore, est né à Long Mountain dans l'île Maurice, possession anglaise depuis 1810. Il est le fils de Noureddine Ali Dina, dit le Tigre, ingénieur du gouvernement des Indes, et de Mariquitta de Germonville. Celle-ci est une Française, née en 1847 de l'union du comte Charles-Henri de Germonville, chanteur lyrique, fils d'un garde du corps de Louis XVI, avec Constance-Caroline Bosselet, elle-même cantatrice et fille d'un artiste dramatique. Pour une raison mystérieuse, Assan n'a été déclaré à l'état civil de Pamplemousse que douze jours après sa naissance et c'est sa grand-mère, Constance-Caroline Bosselet, alors âgée de 55 ans, qui a été portée sur le registre comme étant sa mère. Son père, l'ingénieur Noureddine Ali Dina, le Tigre, est né en 1840 de Farid Dina et de Moglany Gassy Sobdar. Cette dernière appartient à la plus importante famille musulmane de l'île Maurice. Ce sont les Sobdar, qui ont fait construire, en 1805, la première mosquée de l'île, la mosquée du Camp des Lascards, aujourd'hui mosquée Al Aqsa à Plaine Verte. Les Dina, pour leur part, sont musulmans eux aussi, bien que descendant des maharajas sikhs de Lahore. Farid Dina, le grand-père d'Assan, est venu au monde en 1810 à Lahore. C'était un fils du grand maharaja Ranjit Singh (1780-1839), resté dans l'histoire comme le Seigneur des Cinq Rivières, le Lion du Pendjab. Farid était musulman par sa mère, la belle danseuse Moran Sarkar, devenue la très influente maharani Sahiba quand Ranjit Singh l'épousa en 1802, celle peut-être qu'il a le plus aimée parmi ses vingt femmes et ses vingt-trois concubines. Né en 1780, Ranjit Singh appartenait à l'une des dynasties qui régnaient sur le Pendjab, vaste territoire organisé en une confédération d'États princiers. Il fit sa première campagne militaire à l'âge de 10 ans. Il était très laid et avait perdu son œil gauche. Illettré, fourbe (menteur, hypocrite, sournois), débauché, et superstitieux, il savait se montrer hospitalier, très généreux, et faisait preuve d'une insatiable curiosité. C'était avant tout un meneur d'hommes extraordinaire, à l'égal d'Alexandre le Grand, de César ou de Napoléon dont il était le contemporain et dont il admirait les exploits militaires. Du reste, on l'appelait le Napoléon des Indes. Il parvint à chasser les Afghans, à unifier le Pendjab, à conquérir le Cachemire et à devenir, en 1801, le premier maharaja de Lahore. Il avait tout juste 21 ans ! Ranjit Singh disposait d'une armée d'une grande efficacité dont il avait eu la clairvoyance de confier l'organisation à des militaires français et italiens comme le général Allard et le général Ventura. Il fut le dernier souverain des Indes à résister victorieusement aux Britanniques. C'est lui qui fit recouvrir d'or le sanctuaire le plus sacré des sikhs, le Harmandir Sahib à Amritsar, connu depuis lors comme le Temple d'Or. C'est lui aussi qui, en 1814, obtint du roi d'Afghanistan le célèbre diamant Koh-i Noor. Quand il mourut en 1838, quatre de ses épouses et sept de ses concubines se jetèrent dans les flammes de son bûcher funéraire. Ce personnage extraordinaire est l'arrière-grand-père d'Assan Dina. Assan est venu au monde en 1871. Sa naissance à l'île Maurice a été précédée de celle d'un garçon, Ali, en 1869, et suivie de celle d'une fille, Amina, en 1873. Mais son frère et sa sœur sont tous les deux nés à Paris. En 1875 Mariquitta de Germonville est morte en couches à Ceylan, âgée seulement de 28 ans. Ali qui avait 6 ans, Assan, qui en avait 4, et Amina, qui en avait 2, se retrouvèrent donc orphelins. Ils eurent le privilège de pouvoir faire d'excellentes études, probablement en France. Ali devint ingénieur électricien et Assan ingénieur dans les chemins de fer comme leur père, car si Noureddine Dina était venu à Ceylan, c'était pour y construire une voie ferrée. Assan voyagea beaucoup. Il explora l'Algérie avec son ami Lucien Boccard dont la famille était originaire de Ville-la-Grand, Madagascar qui n'avait pas encore été colonisé par la France, puis le Transvaal où il arriva à 25 ans, et enfin l'Ouganda où il étudia le lac Nyanza qui recevra plus tard le nom de la reine Victoria. En 1899, il était à Beira, au Mozambique, vieille colonie portugaise, pour y assister au mariage de sa sœur Amina avec un Suisse de Saint-Gall, Rudolf Heinrich Schneebeli, dit Rudy. Ingénieur des chemins de fer lui aussi, Rudy avait en charge la construction des voies ferrées du Transvaal. Pour Assan Dina, qui apprit à parler couramment le mandarin, le XXe siècle allait commencer en Chine, auprès de son beau-frère Rudy, afin d'établir la voie ferrée destinée à relier ce pays à l'Inde. Mais en 1906, au cours de cette mission, Rudolf Schneebeli devait mourir à Lou Fong Tseu, dans le Yunnan, à 40 ans, laissant Amina veuve avec une petite fille âgée de 5 ans. De retour en Europe, Assan s'installe à Paris, avec sa sœur et sa nièce, et devient un familier de la Librairie de l'Art Indépendant. Il y donne, en 1912, des conférences sur les civilisations indienne et chinoise, tout en se passionnant à déchiffrer l'écriture cunéiforme des tablettes assyriennes.

Un mariage étonnant

Mary Wallace Shillito est fascinée par ce personnage hors du commun dont les idées, en matière d'ésotérisme, comblent ses aspirations. Une grande complicité s'établit entre eux, au point que la châtelaine des Avenières se prend à rêver à la possibilité d'une relation mystique qui lui permettrait de partager la vie d'un homme aux yeux de la société. Elle ne s'accepte pas telle qu'elle est et souhaite ardemment se « normaliser », contrairement à Marcelle Senard qui milite ouvertement en faveur de l'homosexualité. Il se pourrait fort qu'Assan Dina soit dans des dispositions voisines. À ce moment là, il vit avec sa sœur. Il a atteint la quarantaine et on ne lui connaît pas de relation féminine. En revanche il est très intime avec Lucien Boccard. En complément des échanges métaphysiques qu'elle peut avoir avec lui et de la respectabilité qu'il pourrait lui apporter en l'épousant, Mary est prête à mettre sa fortune au service des multiples projets d'Assan. Recherchant lui aussi une position conforme aux normes imposées par la société, Assan apprécie beaucoup la communion de pensée qui s'est établie avec Mary, croit sincèrement à la possibilité d'une union mystique et se laisse tenter par l'opportunité d'accroître les moyens de concrétiser ses idées. L'éventualité d'une union légale se concrétise et le 19 juin 1913, devant maître Moreau, notaire à Paris, un contrat de mariage est signé, stipulant la séparation des biens entre les futurs époux. Dès ce même mois de juin Assan Dina vient s'installer au château dont le deuxième étage est mis à sa disposition. En juillet passent aux Avenières Mabel et Edwin Dodge qui se rendent en Toscane pour aller rencontrer le pensionnaire qu'ils hébergent dans leur villa d'Arcetri, un jeune pianiste de 26 ans nommé Arthur Rubinstein. C'est au cours de cette étape à Cruseilles qu'ils font la connaissance d'Assan Farid Dina. Mabel Dodge, qui préfère les femmes aux hommes, n'est guère séduite par cette présence masculine au château. Elle n'hésite pas à écrire qu'elle l'accepte « comme dans l'ancien temps on aurait pris un bouffon ou un nain. » « Monsieur Dina vivait au second étage du château. Apparemment, Mary lui avait fait obtenir une chaire d'Assyriologie à Oxford et l'y avait installé, et depuis, il vivait à l'étage et déchiffrait nuit et jour des tablettes de pierre. Il n'apparaissait qu'aux repas, le regard perdu et absorbé, l'esprit tout occupé d'antiquité je suppose. Il était très petit, mais plutôt fort, avec un visage aux traits lourds. Les yeux noirs écartés, un peu à la Picasso, brillaient d'un violent et sauvage éclat ; tout au fond de ses prunelles, on aurait dit qu'un feu brûlait en permanence... Mary et Marcelle agissaient avec lui comme s'il eût été sourd, muet et aveugle... Marcelle m'a dit qu'il était amoureux de Mary. En entendant Marcelle dire cela, Mary se rongea les ongles et se contenta de prendre un air digne ». Alors que Mary aspire à se normaliser, Marcelle se consacre à faire connaître la pensée d'un poète et philosophe anglais qui milite pour le socialisme et les droits des homosexuels. Elle traduit en français un des ses ouvrages : Vers l'affranchissement, et lui consacre un livre : Edward Carpenter et sa philosophie, tous deux publiés à la Librairie de l'Art indépendant. Vers l'affranchissement comporte un poème, O enfant d'Uranus, dans lequel Edward Carpenter, ancien pasteur de l'église anglicane qui a quitté le ministère pour vivre avec un garçon, fait une véritable glorification de l'homosexualité. Marcelle finit par quitter les Avenières. Elle entreprend alors un grand voyage qui la conduit au Népal, où elle séjourne longuement dans un monastère de nonnes bouddhistes pratiquant le kung fu. Elle y acquiert la réputation de communiquer avec les morts et l'on conserve d'elle d'étranges photos où on la voit environnée par des visages de défunts, pour la plupart des femmes, apparaissant dans une aura. Quand elle revient à Cussigny, elle occupe la tour ajoutée au château du XVIIIe siècle et qui a servi d'inspiration pour l'architecture des Avenières. Mais elle réside habituellement en Suisse où elle publiera son étude sur le Zodiaque. Elle habite tout d'abord un chalet à Bois-de-Romont, perché au-dessus d'Épesses entre Lausanne et Vevey, avec une vue extraordinaire sur le Léman. Puis elle se fait construire une maison à Blonay (à coté de Vevey). Elle possède aussi une propriété à Gstaad et un immeuble à Lausanne où elle mourra en 1972, âgée de 92 ans, après avoir partagé toute sa vie avec une compagne. Quant à Mary, elle épouse Assan dès le début de l'année 1914. Elle a 36 ans ; il en a 43. Un mariage des plus discrets, célébré à la mairie du 15e arrondissement de Paris par l'adjoint au maire Léon-Louis Lamouroux, le 22 janvier, à 17h45, alors qu'il fait déjà nuit. L'identité des témoins de la millionnaire Mary Wallace Shillito ne manque pas de surprendre : un employé, Élie Pascal, domicilié 110 rue de la Convention à Paris, et un mécanicien, Marie Reichert, domicilié rue Méchin dans l'île Saint-Denis. Assan Dina a pour témoins sa propre sœur, Amina, femme Schneebeli, rentière, domiciliée 150 avenue Émile-Zola à Paris, et son ami Lucien Boccard, industriel, domicilié à Bourguignons près de Bar-sur-Seine dans l'Aube. Assan Dina habite, avec sa sœur Amina, au 150 de l'avenue Émile-Zola, dans le 15e arrondissement. Mais Mary Wallace Shillito fait état de deux adresses, toutes deux dans le 8e arrondissement : le 4 avenue Hoche, sur le faire-part, et le 45 avenue de Friedland, sur l'acte d'état civil. Le numéro 4 de l'avenue Hoche, non loin du parc Monceau, a été jusqu'en 1910 le siège de la légation de Chine à Paris. Paul Claudel y habitera en 1938 et ce fut aussi l'adresse du ministre des Affaires étrangères Gabriel Hanoteaux, président-fondateur du Comité France-Amérique, membre de l'Académie française. Quant à l'avenue de Friedland, c'est une adresse encore plus prestigieuse. C'est là qu'habitent Edmond Porgès, héritier de la banque Porgès-Ephrussi, le baron Jacques d'Adelswärd-Fersen, héritier des aciéries de Longwy, et le comte polonais Nicolas Potocki dont l'hôtel particulier, un véritable palais, est aujourd'hui le siège de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris. Établie au 45, tout près de l'Étoile, Mary Shillito a pour plus proche voisin le baron Robert de Rotschild au 43, et en face de chez elle la baronne James de Rotschild au 42. Un monde bien différent de celui des témoins qu'elle a choisis pour son mariage. Conformément à sa déclaration de naissance à l'état civil de Pamplemousse, Assan Dina donne en toute bonne foi comme identité de sa mère celle de sa grand-mère. Mais on est surpris de lire qu'il soit sans profession, alors qu'il est ingénieur comme ne manquent pas de le mentionner tous les documents officiels le concernant. En outre, il est écrit que ses parents sont encore vivants tous les deux et domiciliés à l'île Maurice, alors que sa mère est morte en 1875 à Ceylan et que sa grand-mère, qui est présentée comme étant sa mère, est décédée en 1899 à Madagascar. Les parents du marié sont dits sans profession. Or Noureddine Dina était ingénieur et Constance Bosselet chanteuse d'opéra. Il est non moins étonnant que Mary Shillito triche sur sa date de naissance : le 23 juillet 1876 au lieu de 1878. Sa sœur Violet étant née le 6 avril 1877, comme on peut le lire sur sa tombe au cimetière de Saint-Germain-en-Laye, un rapide calcul permet de constater que la date de naissance mentionnée dans l'acte de mariage implique moins de neuf mois entre les naissances des deux sœurs. Enfin, l'acte affirme, et ce n'est pas le moins surprenant, que les futurs époux déclarent qu'il n'a pas été fait de contrat de mariage alors qu'un contrat a été signé devant maître Moreau, notaire à Paris, le 19 juin précédent. Cette assertion mensongère sera assez vite mise en évidence et l'on peut voir dans la marge un rectificatif apporté dès le 13 août 1914, suite à un jugement du tribunal civil de la Seine en date du 24 juillet précédent, pour mentionner que les futurs époux ont déclaré avoir fait un contrat de mariage, reçu par maître Moreau, notaire à Paris, le 19 juin 1913. On pourrait encore relever l'approximation de l'adresse de Lucien Boccard. Il réside à Bourguignons, commune limitrophe de Bar-sur-Seine, mais l'acte d'état-civil le fait habiter à Bar-sur-Seine, rue des Bourguignons. On aimerait connaître les motivations qui ont poussé à toutes ces déformations de la vérité et comment elles ont pu être enregistrées dans un acte d'état civil. Cet étrange mariage, qui sacralise une amitié philosophique et mystique tout en offrant à chacun des deux conjoints une honorabilité aux yeux de la société, ne sera probablement jamais consommé. En tout cas, le couple n'aura pas d'enfants.

Assan Dina fait des Avenières une demeure philosophale

Aux Avenières, l'agencement du château tel qu'il avait été conçu pour Mary et Marcelle est remanié par Assan. Dans le prolongement de la chapelle est édifié un petit corps de bâtiment où prend place la nouvelle entrée du château, sous un porche constitué de deux arcades en façade et d'une troisième en retour d'angle. Celle-ci, à la différence des deux autres, ne dessine pas un arc en plein cintre, mais curieusement un arc rampant. Au-dessus de ce porche, deux étroites fenêtres portent le cygne de Mme Dina. Elles correspondent à un espace donnant sur le grand escalier par une large ouverture qu'ennoblissent deux colonnes cannelées. Cette tribune est destinée à recevoir un orgue, car Assan est aussi musicien. L'aboutissement de ces travaux est la mise en place, dans la chapelle, d'un décor de mosaïques exprimant les convictions ésotériques d'Assan Dina. Ce décor, achevé en 1917 révèle un syncrétisme (système philosophique qui tend à fondre plusieurs doctrines différentes) unissant la Bible, Brahma et Thot en se référant aux 22 arcanes majeures du Tarot de Marseille. Assan Dina avait certainement dans sa bibliothèque un ouvrage publié par la Librairie de l'Art indépendant : Les XXII lames hermétiques des tarots divinatoires exactement reconstituées d'après les textes sacrés et selon la tradition des mages de l'ancienne Égypte. Il devait posséder aussi les œuvres de Papus, pseudonyme de Gérard Encausse : Le Tarot des Bohémiens : le plus ancien livre du monde, et Le Tarot divinatoire : clef du tirage des cartes et des sorts. Les cartons des mosaïques de la chapelle des Avenières pourraient bien avoir été dessinés par Julien Champagne, artiste connu pour être l'illustrateur des ouvrages de Fulcanelli, un mystérieux alchimiste de l'époque. Car ce Julien Champagne est un ami de René Schwaller, lui-même disciple d'Assan Dina en matière d'ésotérisme. À droite de l'autel, un œuf, dont les couleurs vont du violet à l'extérieur au rouge à l'intérieur, contient Brahma assis sur une fleur de lotus, il est coiffé d'un chapeau conique à sept étages. À gauche, Thot-Hermès, la divinité égyptienne, est assis sur l'immanence dont la base est constituée par huit oiseaux. Ses messages se développent à travers les vingt-deux Arcanes majeures du Tarot. Le voyage initiatique balisé par les Arcanes du tarot a pour point de départ la première Lame, le Bateleur. C'est l'Initié qui a devant lui toutes les possibilités. La seconde Lame, la Papesse, a tout en gestation pour aller vers la maturation. Cette maturation passe par la troisième Lame, l'Impératrice. Elle est signe d'intelligence souveraine et s'allie à la Lame 4, l'Empereur, symbole d'autorité et de stabilité : la raison dominant l'affectivité. La cinquième Lame, le Pape, nous fait comprendre que le perfectionnement précédent ne peut avoir sa plénitude que par des valeurs spirituelles. La sixième Lame, l'Amoureux, est le choix que nous devons faire : aller vers la facilité ou au contraire nous astreindre à une règle de vie demandant efforts et volonté. Si nous voulons continuer le chemin, alors la septième Lame, le Chariot, nous convie à maîtriser les deux grandes forces de l'Univers : l'actif et le passif. Grâce à la compréhension de ces deux forces, la huitième lame, la Justice, nous invite à être clairs en nous, à accepter de nous juger avec rigueur. Nous serons aidés par la neuvième Lame, l'Ermite, ce vieillard qui avance prudemment, éclairé par sa lanterne, sur le chemin qu'il nous faut prendre avec circonspection en ne nous décidant qu'après mûre réflexion. La dixième Lame, la Roue de la Fortune, va nous apporter la consolation après avoir subi la loi inexorable de notre destin qui est faite de joies et de peines. Pour y arriver, la onzième Lame, la Force, nous montre qu'il faut maîtriser nos passions. Le Pendu, la douzième Lame, nous apprend à ne pas nous laisser prendre au piège des apparences ; elle nous invite à une forme supérieure de vie, allant à notre libération. Elle trouve son aboutissement dans la treizième Lame, l'Arcane sans nom, qui est retour au centre, passe par « la mort du vieil homme » pour aboutir à la renaissance, conclusion de l'Initiation. La quatorzième Lame, la Tempérance, convie à un rééquilibre pour trouver l'harmonie si l'on sait évoluer entre les deux forces de l'univers : la double polarité d'une libre circulation des énergies. Cela étant acquis, la quinzième Lame, le Diable, nous démontre que pour accéder à l'être spirituel nous devons accepter la matière, les instincts, afin de nous en dégager. Par la seizième Lame, la Maison-Dieu, nous sommes rendus attentifs aux systèmes que nous construisons, sans oublier que rien n'est acquis définitivement. L'Étoile, Lame dix-septième, nous guide lorsque nous n'avons plus de repères pour aller confiants participer à la vie cosmique. La dix-huitième Lame, la Lune, éclaire la nuit d'une lumière froide pour que nous comprenions à travers son symbolisme que l'Homme doit plonger dans son inconscient afin d'avoir une réelle connaissance de lui-même. À sa suite, le Soleil, la dix-neuvième Lame, est le symbole du rayonnement, de l'épanouissement, de la réussite, elle nous montre la vérité sur nous-mêmes, sur le monde grâce au discernement. Par la vingtième Lame, le Jugement, retentit l'appel du divin à notre résurrection, ce qui doit se faire dans le silence des cœurs et dans l'écoute de notre propre voix intérieure. Enfin, la vingt-et-unième Lame, le Monde, est l'Arcane de l'équilibre retrouvé. La conclusion de notre voyage initiatique passe par le Mat. Le Fou, mystère pour ses semblables, est rejeté, incompris parce qu'il dérange. Celui qui sait n'a besoin de rien, sa besace (long sac portait sur l’épaule) est vide, tout est en lui : il ne porte que la sagesse, elle est l'aboutissement de notre quête. Ainsi se termine le voyage spirituel induit par la succession des Lames du Tarot. Au bas de chaque Arcane un nombre et une lettre de l'alphabet hébraïque en accroit la signification. En outre, Assan Dina exprime sa propre révélation par des figures géométriques placées entre les nombres et les lettres : c'est ce qu'il a appelé la géométrie de la pensée. La chapelle est divisée en deux parties par un arc à double chanfrein, il sépare l'autel de la partie ornée des Arcanes du Tarot. Ces chanfreins sont décorés par deux séries de huit fleurs. Chaque fleur a sa symbolique propre intégrée dans le tout. Iris, lys, rose, marguerite, coquelicot, tulipe, volubilis. ellébore. Les fleurs dans leur ensemble expriment le principe passif. L'arc sert aussi de support à la représentation des sept métaux alchimiques figurés par leur planète et leur signe : le soleil = l'or ; la lune = l'argent ; Saturne = le plomb ; Mercure = le mercure ; Jupiter = l'étain ; Vénus = le cuivre ; et Mars = le fer. Les figures des métaux sont en liaison avec le zodiaque décorant la voûte de la chapelle. Ce grand Zodiaque prend un sens cosmogonique dans la position des signes par rapport à ses directions générales. Les alchimistes attribuent aux métaux les mêmes symboles qu'aux planètes et les désignent souvent par les mêmes noms. Ces relations sont fondées sur le principe : « Ce qui est en bas est semblable à ce qui est en haut. » Des versets du livre de la Genèse accompagnent les lames du tarot, tandis que la pensée d'Assan Dina est condensée dans l'inscription qui figure en-dessous de Brahama : « L'Univers est un Œuf. L'Œuf est un Univers. A. Dina – 1917 ». Parallèlement à la réalisation des mosaïques de la chapelle, Assan Dina aménage au pied du château des Avenières un jardin initiatique. La forte déclivité du terrain nécessite d'importants soutènements. Déjà une première rangée d'arcades avait été nécessaire pour soutenir la terrasse sur laquelle s'élève le château. Depuis cette terrasse, des escaliers descendent au parterre qui s'étend à ses pieds. L'une des perspectives latérales de ce petit jardin à la française, est fermée par une grotte à laquelle on accède par une pergola qui ferme de son arrondi l'extrémité du parterre. La grotte renferme une source qui sourd d'un bassin aménagé en forme de vulve. C'est de cette source de la vie que s'écoule l'eau qui va irriguer le grand bassin au centre du parterre. Cette pièce d'eau a pour toile de fond des conifères au-dessus de la grotte et des feuillus du côté qui surplombe la vallée des Usses. Il est surprenant de trouver ce parterre à la française au milieu des alpages avec sa pièce d'eau suspendue au-dessus du lac d'Annecy qui miroite dans le lointain. De ce parterre, des escaliers descendent vers les prairies. Des escaliers monumentaux dont les degrés sont en rapport avec la symbolique des nombres. Ces escaliers solennels constituent un ensemble très spectaculaire, digne de Louis II de Bavière, totalement inattendu dans cette clairière du Salève où paissent les vaches. On y voit la statue d'un sphinx dont le socle est gravé de la devise des alchimistes : Vouloir, savoir, oser, se taire. On y voit aussi une statue de la déesse Ishtar adossée à un kéroub (terme d'origine assyrienne, « kéroub » ou « karibu » signifierait « celui qui prie » ou « celui qui communique ». En Assyrie, Le taureau ailé ou « kéroub » était souvent placé au seuil des temples et des palais). Ishtar, divinité majeure des Assyriens et des Babyloniens était la déesse de l'amour physique et de la guerre, régissant la vie et la mort. Le kéroub, de qui procèdent les Kherubim de la Bible, autrement dit les chérubins, était une figure babylonienne au corps de taureau ailé et à tête barbue de roi assyrien. Le kéroub, ou lamassou, avait un rôle de gardien chargé d'éloigner les esprits maléfiques. Mais d'autres gardiens veillent sur les Avenières : des chiens Saint-Bernard pour lesquels Assan Dina aménage un chenil au pied de la façade occidentale du château.

Au cœur du mouvement théosophique et de l'ésotérisme

En cette année 1917 où s'achève la transformation des Avenières, Amina Dina, la sœur d'Assan, fait paraître à la Librairie de l'Art indépendant, sous la signature Adina, un ouvrage intitulé La chair tangible de l'infini, l'Astre-Dieu, publication très révélatrice de leur communion de pensée dans l'ésotérisme. D'autant que l'ouvrage pourrait bien avoir été écrit à quatre mains par le frère et la sœur. C'est à Genève, aux éditions La Sirène, qu'Assan Dina publie La Science philosophique, sous la signature anonyme A.M.A. Cet ouvrage est dans la continuité de L'Astre-Dieu. Les trois lettres A.M.A. Sont les initiales du nom mystique Aor Mahomt Ahliah. Aor, la lumière en hébreu, est un nom lié au feu et représente l'aspect spirituel de soi-même. Cet ouvrage annonce le livre qu'Assan Dina publiera à la librairie Félix Alcan juste avant sa mort : La Destinée, la Mort et ses hypothèses. Outre L'Astre-Dieu, La Science philosophique, et La Destinée, la Mort et ses hypothèses, Assan Dina publiera encore deux articles importants : Magisme et sorcellerie malgaches dans Le Voile d'Isis, la revue ésotérique de la librairie Chacornac, et L'Âme hindoue, texte paru dans La nouvelle Revue. Cette réédition récente montre que la pensée d'Assan Dina continue à susciter de l'intérêt aujourd'hui. C'est dans une lettre, datée de 1916, qu'il a le mieux défini sa position : « La foi n'est pas dans les formes extérieures d'une religion quelconque, il n'y a pas d'autre religion que la vérité, mais chacun peut librement faire ce qu'il lui plaît, soit en suivant ses idées, soit en suivant ses croyances ».

Le prince joue pour endormir Madame

Pour donner la dernière touche à l'aménagement des Avenières, l'année 1917 voit la mise en place d'un orgue. Son buffet, de style Renaissance, est placé dans la pièce dominant le grand escalier, tandis que la console se trouve au rez-de-chaussée. L'instrument se compose de 30 jeux. Quand l'électricité arrivera aux Avenières, il sera équipé d'une soufflerie électrique. En septembre 1918, le conseiller général d'Annemasse Fernand David est convié à venir écouter l'instrument qui est inauguré quelques jours plus tard par le compositeur Louis Vierne, titulaire des grandes orgues de Notre-Dame de Paris. Un autre grand organiste, Marcel Dupré, est invité lui aussi à faire résonner l'instrument. Au dire de M et Mme Delaunay, chauffeur et femme de chambre au château, « Tous les soirs le prince Dina jouait pour endormir Madame. » L'orgue des Avenières a été réalisé par Charles Mutin, successeur du célèbre facteur Cavaillé-Coll.

Un domaine bien géré

Aux abords du château, plusieurs maisons ont été construites pour loger le personnel. Ainsi celle du gardien, ou encore celle du régisseur. Naturellement, Assan et Mary Dina cherchent à tirer parti de leurs vastes pâtures en y développant un élevage bovin. En 1917, à la Chenaz, ils inaugurent une ferme modèle installée dans trois corps de bâtiments disposés en U autour d'une cour dallée de granit. Sous l'un d'eux, l'accès à la cour se fait par un passage couvert, éclairé de deux arcades ouvrant sur l'immense panorama de la vallée des Usses en contrebas. Le corps de bâtiment qui fait face à cette entrée est coiffé d'une toiture de forme totalement inconnue en Savoie. Cette forme résulte de la mise en oeuvre d'une charpente américaine. C'est en effet la silhouette qui caractérise la plupart des constructions agricoles aux États-Unis. Ce bâtiment dresse sur la cour un fronton de brique inscrit sous un arc brisé. Ce fronton est ajouré d'un oculus en son centre, au-dessus d'une ouverture rectangulaire encadrée par deux pigeonniers. La forte déclivité du terrain a été mise à profit pour que le fenil soit directement accessible depuis la route qui passe au-dessus de la ferme. Quant au cheptel, il est constitué de 70 vaches montbéliardes. À cette époque, un troupeau de 70 têtes est tout à fait exceptionnel dans une ferme du Genevois. Les sources dont Berthe Borgel s'était préoccupé d'assurer la sauvegarde ne suffisent plus. Assan achète donc une source dans le Salève, à 7 kilomètres des Avenières, sur la commune du Sappey. Le captage est aménagé à Clarnant et une canalisation est enterrée sur cette longue distance pour conduire l'eau jusqu'à la demeure. Les travaux sont particulièrement difficiles car ils doivent se faire essentiellement dans le rocher. La source a un débit suffisant pour pouvoir en faire bénéficier le hameau de l'Abergement situé à 3 kilomètres en-dessous des Avenières. Assan Dina apporte l'eau gratuitement aux habitants de ce village où un réservoir est construit à côté d'un bassin. Sur ce long bassin de ciment on peut toujours voir un écusson gravé du millésime 1920 et des initiales du donateur. La bonté des propriétaires des Avenières est réelle. Régulièrement Mary passe à la mairie de Cruseilles pour s'enquérir des personnes en difficulté afin de leur apporter un secours matériel. À chaque naissance, elle offre une layette et pendant la guerre les Dina ne manquent pas d'envoyer des colis aux soldats originaires de Saint-Blaise et de Cruseilles. Au début, l'accès aux Avenières se fait encore en cahotant sur les cailloux d'un mauvais chemin que la neige ou la boue ont tôt fait de rendre impraticable. Assan et Mary font l'acquisition d'une Citroën K1, véhicule tout-terrain, ancêtre des half-tracks. Cet engin à chenilles a été mis au point en 1922 par les ingénieurs Adolphe Kégresse et Jacques Hinstin, essentiellement dans une perspective militaire. La Kégresse qui affronte les pentes du Salève appartient à la série de ces Citroën K1 qui s'illustrent au cours de la Croisière noire en 1925, en attendant que d'autres Kégresse s'immortalisent dans la Croisière jaune de 1931. Pour conduire et entretenir le véhicule des Avenières, M. Delaunay est embauché comme chauffeur-mécanicien, tandis que son épouse est embauchée comme femme de chambre. M. Delaunay conduit son engin sanglé dans un bel uniforme et coiffé d'une casquette à visière de cuir. L'autochenille n'est qu'une possibilité parmi d'autres pour faciliter l'accès au château et dès 1916 Assan a même conçu un projet de funiculaire, mais cet équipement ne sera jamais réalisé. Au bout de quelques années, le château dispose d'un parc automobile assez conséquent. En 1928, le garage des Avenières abritera un camion Latil, deux véhicules Citroën, une Delage, une Buick de 16 chevaux et une Cadillac de 28 chevaux.

Les centrales électriques de Chosal et de Bar-sur-Seine

Le 14 août 1917, aux Avenières, Assan signe le plan qu'il a fait réaliser pour servir à l'éclairage électrique du canton. Il construit une centrale sur les Usses (une rivière au sud de Cruseilles longue de 46 km, bassin 220 km2, Bassin collecteur = le Rhône, prenant leur source dans le Salève et se jetant dans le Rhône en amont de Seyssel) à Chosal (Copponex à l’ouest de Cruseilles). L'arrivée de l'électricité aux Avenières est célébrée par une brillante fête nocturne. Parallèlement à la centrale des Usses, Assan Dina développe un projet encore plus ambitieux sur la Seine en association avec son ami Lucien Boccard qui a épousé Louise Laurey, héritière de la minoterie Laurey-Poichet de Bourguignons. Une centrale hydroélectrique est construite à Bar-sur-Seine. Une autre est installée en aval, à Fouchères, et la minoterie elle-même est équipée d'une turbine pour produire de l'électricité. Très intime avec les Boccard, Assan désirait s'établir auprès d'eux. À Troyes, il a fait l'acquisition d'un commerce de céréales et d'une maison avec deux appartements. À Bar-sur-Seine, il a acheté un entrepôt bénéficiant d'un embranchement ferroviaire, différentes propriétés dont une de 17 hectares, et le château de Val-Seine que lui a vendu le vicomte Charles-Maurice de Fontarce, homme d'affaires amené à résider en Angleterre, en Égypte, au Soudan ou au Brésil, bien plus souvent qu'en France. La demeure date du Second Empire. Elle a été construite par le père du vendeur, le docteur Armand Trumet, maire et conseiller général de Bar-sur-Seine, devenu vicomte de Fontarce en 1860 par la grâce de Napoléon III. Plus qu'un véritable château, il s'agit en fait d'une grosse maison bourgeoise environnée d'un parc où a été aménagé un lac artificiel. Sur le bord de celui-ci, une grotte en rocailles sert d'embarcadère pour accéder au temple de Vénus, petite rotonde abritant une statue de la déesse dans une île au milieu du plan d'eau. En complément des mosaïques de la chapelle des Avenières, Assan Dina a fait de ce petit temple une construction ésotérique en décorant ses colonnes de 222 figurines animales, en rapport avec les lames mineures du tarot. Ce décor a malheureusement été détruit. À Chosal, la centrale des Usses fournit le courant à tous les villages depuis Cruseilles jusqu'à Beaumont. Dans la vallée de la Seine, ce sont 14 communes qui bénéficient de l'électricité entre Bar-sur-Seine et Bréviandes.

L'Observatoire du Salève et l'observatoire Vallot

Pour le couple Dina, les revenus substantiels produits par la vente de l'électricité sont destinés à une affectation bien précise : financer la construction et le fonctionnement d'un observatoire astronomique. À cette fin, le 4 avril 1925 les époux Dina signent l'acte instituant une fondation en faveur de l'Académie des sciences. Dans le cadre de la Fondation Dina, Assan et Mary font le don irrévocable d'un million de francs. Ils donnent aussi une bibliothèque astronomique d'une valeur de 50’000 francs. Cet observatoire, qui doit être le plus important du monde, sera installé au Salève. Malheureusement, les observations effectuées en 1926 par le général Hellot et le colonel Gascouel prouvent que le ciel n'y est pas du tout favorable à l'implantation d'un tel équipement. En définitive, la décision sera prise, en 1928, de construire l'observatoire Dina dans la région de Forcalquier, en renonçant au grand télescope rêvé par le châtelain des Avenières. Ce sera l'observatoire de Haute-Provence, près du village appelé depuis Saint-Michel-l'Observatoire. En complémentarité à ce projet d'observatoire au Salève, le 11 novembre 1923, l'astronome Joseph Vallot, prenant de l'âge et ne pouvant plus grimper au mont Blanc, a légué au châtelain des Avenières l'observatoire qu'il a créé en 1890 aux Bosses, à 4’360 m d'altitude. Tout de suite Assan se préoccupe d'alimenter cet observatoire en électricité pour assurer l'éclairage, le chauffage et la cuisson des aliments en autoclave. L'éolienne est la solution qui s'impose à lui. Mais le gel, la glace et la violence des vents feront abandonner ce projet. Le ravitaillement de cet observatoire de haute montagne est assuré par des porteurs et des guides de Chamonix qui doivent monter à dos d'homme, sur plus de 3’000 m de dénivelé, tout ce qui est nécessaire à la vie des astronomes travaillant là-haut. Assan Dina décide d'utiliser l'avion pour apporter une solution moderne et efficace à ce problème. Avec un Farman F71 les rotations sont effectuées depuis Cointrin. Dina se fait un plaisir d'y participer parfois comme passager. Un équipement de T.S.F. figure au premier rang des matériels qu'il fait parvenir à l'observatoire Vallot. La distance aérienne de Genève au mont Blanc étant de 75 km, chaque rotation représente donc 150 km. Pour abaisser la durée et le coût de l'opération, le pilote Joseph Thoret découvre un terrain aux Praz de Chamonix susceptible de servir de piste pour le Farman. La ville de Chamonix accepte de mettre ce terrain de 12 hectares à la disposition de Dina. Il le fait aplanir et l'équipe d'un hangar. C'est aujourd'hui la base des hélicoptères du PGHM. Un jour, à l'occasion d'un vol entre Cointrin et Chamonix, Joseph Thoret, désormais surnommé Mont-Blanc, est victime d'une avarie de moteur et doit chercher un endroit où se poser. C'est ainsi qu'il atterrit en bordure de l'Arve, à Marlioz, lieu-dit de la commune de Passy. Il est frappé par la commodité du site et le signale à Assan Dina, car celui-ci est en recherche d'un terrain pour implanter l'Aviation du Mont-Blanc, compagnie qui, outre la dépose des savants à l'observatoire Vallot, proposera aux touristes la découverte aérienne de la haute montagne. Ainsi naît l'aérodrome du Fayet. Assan est passionné d'aéronautique. Il vient d'acheter, d'un seul coup, un avion et deux hydravions, car il entend bien développer aussi le tourisme aérien sur le Léman et sur le lac d'Annecy. Il envisage en outre d'utiliser l'avion pour ses déplacements personnels. C'est à l'Abergement qu'il trouve un terrain où il pourrait aménager l'aérodrome privé du château des Avenières. Il en demande l'autorisation au préfet de la Haute-Savoie, mais sa mort, en 1928, arrêtera tous ces projets. Car des projets, Assan ne cesse d'en concevoir de nouveaux. Ainsi a-t-il acheté l'alpage de l'Iselet, en partie sur Cruseilles et en partie sur Vovray-en-Bornes, dans la perspective d'y construire un hôtel. En attendant, il le loue à François Bussat, cultivateur au Petit-Châble.

La mort d'Assan Dina

Après dix ans de mariage, Mary voit son rêve d'union mystique s'évanouir peu à peu et elle en ressent une grande souffrance. Assan vit le plus souvent dans son château de Val-Seine, auprès de ses amis Boccard. Il a une maîtresse que le général Ferrié évoque toujours sur un ton méprisant en l'appelant la vieille grue ou la vieille gourgandine. Pionnier de la radiodiffusion et membre de l'Académie des sciences, le général Ferrié est très proche des Dina, car c'est lui qui cautionne la dimension scientifique du projet d'observatoire au Salève. Mais les échecs qui s'accumulent dans la mise en œuvre de ce projet conduisent Assan à soupçonner des malversations. Il en vient à traduire le général en justice pour demander des comptes sur la gestion du million de francs de la Fondation Dina. Mary en est très affectée et elle propose aux Ferrié de leur rembourser les frais de justice auxquels ils auront à faire face. Elle sombre alors dans une dépression qui nécessite son hospitalisation à Paris. C'est Pierrette Ferrié, la femme du général, qui prend soin d'elle, tandis qu'Assan est à Bar-sur-Seine avec sa maîtresse. Alors qu'il approche de la soixantaine et que sa santé commence à chanceler, Assan découvre soudain la véritable identité de sa mère. Non pas la cantatrice Constance Bosselet (sa grande mère), mais Mariquitta de Germonville, la fille que Constance a eu de son mariage avec le chanteur lyrique Charles-Henri de Germonville. Dès lors, Assan n'a plus qu'un désir, se rendre à Ceylan pour se recueillir sur la tombe de sa mère, morte à l'âge de 28 ans, et lui ériger un mausolée. Mary étant revenue de son long séjour à l'hôpital et Assan ayant regagné le domicile conjugal, les Dina décident d'entreprendre ce grand voyage qui est peut-être aussi le voyage de la dernière chance pour essayer de sauver leur couple. Comment évolue leur relation au cours de cette croisière ? Nul ne le sait. Pour le retour, Mary et Assan empruntent l'Orsova, un paquebot de la compagnie Orient Line qui assure la liaison entre l'Angleterre et l'Australie. Ils embarquent à Colombo à destination de Toulon. Le navire doit poursuivre sa route par Suez, Port-Saïd, et Naples avant d'arriver à Toulon où les Dina débarqueront. Ensuite, il fera encore une escale à Gibraltar avant de regagner l'Angleterre. Sur la mer Rouge, alors que l'Orsova est entré dans le golfe de Suez, Assan est pris de malaises et meurt dans la nuit du 24 juin 1928. Il était âgé de 57 ans. Mary informe aussitôt les Boccard à Bar-sur-Seine. Lucien reçoit d'elle ce télégramme : « Dina malade, Dina décédé ». Depuis 1926, Assan connaissait un état de grande fatigue, mais il négligeait de se soigner. Il est vraisemblable que sa mort soit due à la pathologie dont il souffrait depuis deux ans. Le corps est débarqué à Suez où Mary le fait enterrer au cimetière protestant de la communauté anglaise de la ville. Mais Mme Dina est inquiète quant à la succession de son défunt mari, car elle sait que sa maîtresse est sa légataire pour l'argenterie, les bijoux et les œuvres d'art. Mary, craignant que cette femme ne s'attribue en son absence des objets lui appartenant en propre, s'empresse de contacter le président du tribunal d'Annecy et lui demande de mettre les Avenières sous scellés jusqu'à ce que soit effectué un inventaire après décès. Les circonstances particulières de la mort du châtelain des Avenières ne manquent pas d'enflammer aussitôt les imaginations. Il en est qui pensent qu'Assan a été éliminé par Mary, jalouse des infidélités de son mari, et que des raisons d'argent pourraient aussi, et surtout, être à l'origine du crime. Certains vont jusqu'à répandre le bruit qu'elle a jeté le corps dans la mer Rouge. D'autres colportent qu'il a été empoisonné par sa maîtresse délaissée. D'autres encore disent que c'est une secte ésotérique qui aurait voulu sa mort, à moins qu'il ne faille l'attribuer à la franc-maçonnerie. D'autres enfin y voient l'action du comité scientifique de l'observatoire du Salève acculé à rendre des comptes de ses supposées malversations. De plus le bruit court que le million de la fondation Dina a été détourné pour un financement de parti politique. Pour corser le tout, des recherches en Angleterre, afin de retrouver le livre de bord de l'Orsova dans les archives de l'Orient Line, révéleront que la page correspondant à la date du décès d'Assan Dina a été arrachée... Dès que Mary est de retour en France, on procède en sa présence à la levée des scellés. Les hommes de loi reconnaissent sans difficulté que tout le mobilier est propriété personnelle de Mme Mary Wallace Shillito Dina, puis ils se rendent dans la bibliothèque pour inventorier le bureau de feu M. Assan Farid Dina. À la surprise générale, aucune valeur n'y est trouvée. Ni liquidités, ni trace de comptes en banque, que ce soit en France ou à l'étranger, ni obligations, ni part sociales dans les sociétés qu'il a créées avec Lucien Boccard. Rien, si ce n'est du courrier sans intérêt. Néanmoins, dans un tiroir est découvert un testament olographe daté du 23 novembre 1921. Dans ce document, Assan Dina se présente comme l'époux de Mary Wallace Shillito, mais se dit domicilié à Bar-sur-Seine. Il précise tout d'abord que ce testament n'annule pas un testament antérieur, daté du 20 décembre 1918. Puis il fait connaître ses dernières volontés qui instituent comme légataire son associé, M. Lucien Boccard, ou, en cas de décès de celui-ci, Mme Boccard son épouse, née Louise Laurey. Il précise que ce legs comprend notamment son château de Bar-sur-Seine ainsi que les parts sociales qu'il détient dans les sociétés créées avec Lucien Boccard. À charge pour ce dernier de reverser une pension viagère trimestrielle à Mme veuve Dina Shillito, d'un montant correspondant à 50% des dividendes générés par ces sociétés. Mary s'oppose à ces dispositions et la succession d'Assan est portée devant les tribunaux. La Cour d'Appel de Chambéry finira par rendre un arrêt reconnaissant que la légataire universelle est Mary Wallace Shillito et que c'est à elle qu'il incombe d'exécuter le legs fait à Lucien Boccard dans le testament de 1921. Assan a laissé un patrimoine conséquent : À Bar-sur-Seine, il possédait le château de Val-Seine, l'usine électrique et son barrage sur la Seine, différentes propriétés et le magasin bénéficiant d'un embranchement ferroviaire. À Fouchères, l'usine électrique. À Bourguignons, le matériel électrique de la centrale Boccard. À quoi s'ajoutent, et c'est de loin le plus important, ses droits sociaux dans la société Boccard et Compagnie, ainsi que la concession électrique du secteur de la Haute-Seine. À Troyes, il était propriétaire d'une graineterie et d'une maison. En Haute-Savoie, Assan possédait l'usine électrique de Chosal à Copponex et son canal de dérivation, ainsi que la concession électrique du secteur de Cruseilles. De plus, diverses propriétés avaient été acquises par le défunt au titre de ses projets, que ce soit pour le captage de la source de Clarnant (le Sappey), pour la réalisation de la route du Salève, pour la construction de l'observatoire ou pour l'établissement d'un hôtel à l'Iselet. Ainsi en était-il venu à posséder 41 hectares au Sappey, 28 hectares à Cruseilles, 18 hectares à Présilly, 11 hectares à Beaumont, 8 hectares à Saint-Blaise et 5 hectares à Vovray-en-Bornes. Sans oublier, à Chamonix, l'observatoire Vallot du mont Blanc. On recense encore des loyers à Cruseilles et à Saint-Blaise, des créances de prêts, dont un prêt important consenti à la commune de Bar-sur-Seine. Il y a bien sûr les comptes en banque ouverts à la Banque Morgan et à la Société Générale, des bons du Comptoir National d'Escompte à Paris et à Annecy, des bons du Trésor et des bons du Trésor chinois. Assan Dina avait aussi des obligations en Serbie, en Chine, en Grèce, en Turquie, au Japon et en Uruguay. En fin de compte Mary Shillito hérite de 2'000’000 francs sur lesquels il lui faut payer 40’000 francs de droits de succession, tandis que Lucien Boccard hérite de 1'700’000 francs sur lesquels les droits de succession se montent à 70’000 francs. En 1928, l'entreprise Shillito, à la gestion de laquelle Mary ne semble pas avoir participé beaucoup, passe sous le contrôle de la société Lazarus qui agrandira le magasin de Cincinnati en 1937, dans le plus pur style Art-Déco. Comme en témoigne le S de Shillito dans le logo du magasin. Néanmoins, le nom de Shillito continuera encore longtemps à figurer dans la raison sociale. Mais en 1986 le nom de Shillito disparaitra au profit du seul nom de Lazarus. En 1995 Lazarus a fermé le grand magasin de Cincinnati et depuis 1999 le bâtiment a été transformé en logements : The Lofts at Shillito Place.

René Guénon et les éditions Vega

La mort d'Assan ne fait que renforcer l'attrait de Mary pour l'ésotérisme. À Paris, elle fréquente beaucoup la Librairie générale des Sciences occultes des frères Chacornac, éditeurs de la revue Le Voile d'Isis, publication dans laquelle Assan a fait paraître Magisme et sorcellerie malgaches. Elle y fait la connaissance de René Guénon qui, depuis 1925, publie des articles dans Le Voile d'Isis. Comme Assan Dina, il prétend que les doctrines métaphysiques de l'Orient sont universelles. Il veut, par ses écrits, les mettre à la portée de l'Occident. Mais ses travaux mériteraient une publication plus soignée que celle proposée par Le Voile d'Isis. Il en convainc Mme Dina qui fonde dans cette perspective les éditions Vega. Tous deux se proposent d'aller en Égypte collecter des textes ésotériques musulmans dont René fera la traduction. C'est en mars 1930 que Mary et René s'embarquent pour l'Égypte. Si Mary entreprend ce voyage, c'est pour se rendre à Suez sur la tombe d'Assan. Elle fait réaliser pour le défunt un petit mausolée à coupole, en porphyre (roche éruptive), dans le style du pays. Sur le montant gauche de la porte elle fait graver cette inscription en français : « Ici repose Assan Dina qui mourut dans le golfe de Suez au retour d'un pèlerinage de tendresse filiale à la tombe de sa mère morte il y a 54 ans sur l'île de Ceylan. Son cœur profond se souvint après tant d'années et ce fut son dernier voyage. Ile Maurice 12 Avril 1871, Suez 24 Juin 1928 ». L'association avec René Guénon tourne court et, après trois mois passés en Égypte, Mary est de retour aux Avenières. Quant à René Guénon, devenu cheikh Abdel Wahid Yahia après son initiation dans une confrérie soufi, il s'établit au Caire où il épouse une musulmane en 1934. Portant le costume local, ne s'exprimant plus qu'en arabe, évitant les Occidentaux, il est naturalisé égyptien en 1949 et meurt au Caire en 1951.

Ernest Britt, l'échec

À peine rentrée d'Égypte, Mary pense pouvoir redémarrer une nouvelle vie. La chance semble lui sourire. En cette année 1930, la République française reconnaissante l'élève au rang de chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur. Déjà l'année précédente, l'Académie florimontane l'avait élue membre d'honneur en hommage aux bienfaits répandus par sa générosité éclairée. Et puis surtout elle a rencontré le pianiste Ernest Britt à la librairie Chacornac naturellement. De nationalité suisse, Ernest Britt est veuf d'une chanteuse lyrique qui lui a donné plusieurs enfants, dont une fille devenue harpiste. Il est franc-maçon et membre du groupe Paléosophique. C'est le grand ami du Suisse Oswald Wirth, secrétaire du fondateur de l'ordre kabbalistique de la Rose-Croix et dessinateur d'un célèbre tarot. Britt est le théoricien de l'ésotérisme musical. Il est l'auteur d'une Synthèse de la musique publiée dans la revue La Lumière maçonnique et d'un ouvrage intitulé Gamme sidérale et gamme musicale. De nouveau Mary croit à l'amour mystique entre deux esprits unis par une même passion pour l'ésotérisme. Elle l'épouse à Paris dès cette même année 1930. Elle a 52 ans, lui en a 70. Aussitôt, elle fait publier par sa maison Vega une luxueuse édition de La Lyre d'Apollon, l'ouvrage dans lequel Ernest Britt développe sa pensée, et révèle l'existence de deux planètes transplutoniennes... qui n'existent que dans son imagination ! Naturellement, Ernest s'installe avec Mary aux Avenières. Au cours de l'été 1931, tous les deux inaugurent la route du Salève. Initialement justifiée par la nécessité de pouvoir accéder à l'observatoire projeté par Assan Dina, cette route, longue d'une quinzaine de kilomètres, traverse toute la montagne en reliant l'Abergement à la Croisette. Elle a été intégralement financée par les châtelains des Avenières. Dans l'éventualité d'une attaque de la France par l'Allemagne à travers la Suisse, Assan Dina avait même fait prévoir des emplacements susceptibles d'être équipés de pièces d'artillerie. Aussi les travaux ont-ils été réalisés avec une participation de l'armée. Ce sont des soldats du Génie de Grenoble qui ont été affectés aux importants travaux de terrassement, facilités par la mise en place d'un chemin de fer Decauville dont la voie étroite était déplacée de 100 m en 100 m au fur et à mesure de l'avancée du chantier. Tandis que Mary, portant un imposant renard autour du cou et coiffée d'une grande capeline blanche, coupe le ruban, Ernest se tient très dignement à ses côtés, le chapeau melon à la main. Il y a là le sénateur et ancien ministre Fernand David avec son épouse, l'ancien député Paul Taponnier, le conseiller général Marius Bonier et le maire de Cruseilles Joseph Pinget, notaire de son état et fils du notaire Jean Pinget qui était maire au moment où Mary Shillito a acheté les Avenières. Le krach qui a secoué la Bourse de New-York en octobre 1929 a généré une crise financière sans précédent. Au cours des années 1930, 1931 et 1932, la chute de la Bourse est encore supérieure à celle de 1929. La fortune de Mary subit des pertes considérables. Ernest Britt, qui a pris goût à mener la grande vie, s'emploie à dilapider ce qui a surnagé au naufrage de Wall Street. En 1935, Mme Britt comprend que son second mari n'est qu'un profiteur et elle prend la décision de divorcer. En 1933, ne pouvant plus assumer l'entretien et le fonctionnement de l'observatoire Vallot, elle l'a légué à l'État. La situation de ses finances est désormais telle qu'elle décide aussi de vendre le château.

La fin d'une époque

C'est le 20 janvier 1936 que le notaire Victor Guillermin, de Chambéry, achète le domaine des Avenières. Dans un premier temps, il espère pouvoir revendre ensemble terrain, château et mobilier. Mais le prix est dissuasif. À l'automne, il décide donc de commencer par mettre en vente aux enchères publiques tout le mobilier et toutes les œuvres d'art. La vente a lieu les 19 et 20 décembre 1936. Elle est confiée au notaire de Cruseilles, Me Joseph Pinget, et à un commissaire priseur de Lyon, Me Maurice Bussillet. Le catalogue illustré propose ce mobilier ancien pour un montant de 610’000 francs, somme énorme qui sera très largement dépassée par les enchères. Les deux tapisseries de la salle à manger atteindront 195’000 francs à elles seules. Le retable de la chapelle sera emporté à 77’000 francs. Une fois le château vidé de tout son mobilier, le domaine est acheté par une société civile immobilière constituée par le comte François-Maurice de Roussy de Sales, Me Joseph Pinget et le banquier annécien Léon Laydernier. Quant à Mary Wallace Shillito elle fait l'acquisition d'un îlot du Léman nommé Salagnon, situé tout près du rivage de Clarens, entre La Tour-de-Peilz et Montreux. C'est une île artificielle de 1’200 m2, créée en 1880 avec des pierres de Meillerie. En 1900, le peintre Théobald Chatran y a fait construire une élégante villa florentine dotée d'un petit port. Il y organisait des fêtes somptueuses, fréquentées par les industriels, les banquiers et les hommes politiques les plus en vue. Après la mort de ce peintre millionnaire, l'île passa successivement à un comte russe, puis à un commerçant de Zurich, avant d'être acquise par Mary Wallace Shillito. Seul un bateau permettait d'y accéder et il fallait sonner une cloche pour appeler le passeur chargé du trajet. Avec l'argent de la vente des Avenières, Mary entreprend d'importants travaux de rénovation qui doivent durer jusqu'à l'automne 1938. Pendant ce temps, le 9 décembre 1937, son divorce est prononcé par le tribunal de Genève. Ernest Britt se retire aux États-Unis. Il reviendra mourir à Genève en 1950. Les travaux de Salagnon s'achèvent et Mary doit emménager dans sa nouvelle demeure le 21 septembre 1938. Ce jour-là, en descendant de l'avion à l'aéroport de Cointrin, elle s'écroule victime d'une crise cardiaque. Elle est hospitalisée dans une clinique de Genève où elle décède le lendemain, 22 septembre 1938, à 11 heures, à l’âge de 60 ans. Sa cousine, Beatrice Shillito, la fait inhumer provisoirement à Genève. Puis, en 1939, elle fera revenir son corps à Cincinnati, au cimetière de Spring Grove. Là, au pied du monument qui marque le tombeau des Shillito, Mary a rejoint pour l'éternité tous les membres de sa famille. Bien loin des Avenières où une aura de mystère environnera encore longtemps ces êtres hors du commun que furent Assan Dina et Mary Shillito.
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Pascal Hausermann, 1994, Assan F. Dina ou le sphinx des Avenières - livre épuisé.
Un livre : "L'étrange histoire du Château des Avenières" par Christian Regat, édité par La Salévienne.

La Chartereuse Notre Dame de Pomier

Fondée en 1170 (cliquer et cliquer pour agrandir). Lieu de prière et de méditation pendant 600 ans. En 1793, lors de la révolution française, la chartereuse est pillée et abandonnée pendant 100 ans. A 1894, achetée par le propriétaire actuel, elle est transformée en hôtel-restaurant. En 2001 elle devient un lieu de réunions. Tél: F045053 - http://www.chartreuse-de-pomier.fr .
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Bibliothèque nationale de France : http://gallica.bnf.fr chercher « Salève » .
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5834318q/f15.image.r=Sur%20le%20versant%20du%20Sal%C3%A8ve.langEN = Titre : Sur le versant du Salève : la chartreuse de Pomier / Abel Jacquet ; d'après le ms. d'André Folliet. Auteur : Jacquet, Abel (1911-1994). Éditeur : Académie salésienne (Annecy). Date d'édition : 1980. Contributeur : Folliet, André (1837-1905). Auteur adapté. Sujet : Chartreuse Notre-Dame de Pomier (Présilly, Haute-Savoie) - Histoire. Type : monographie imprimée. Langue : Français. Format : 159 p.-[16] p. de pl. : couv. ill. en coul. ; 24 cm. Format : application/pdf. Droits : domaine public. Identifiant : ark:/12148/bpt6k5834318q. Identifiant : ISBN 2901102026. Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 8-Z-61879 (89). Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb35615232p. Description : Collection : Mémoires et documents publiés par l'Académie salésienne ; 89. Description : Appartient à l’ensemble documentaire : RhoneAlp1. Provenance : bnf.fr. Date de mise en ligne : 23/08/2010.

1887, Quatre articles (1 du DL, 2 du Messager et 1 du Le Temps) par Dominique Ernst : La Tour des Pitons, sommet du Salève et terre d’écrivains et de poètes (juillet 2017), Le Salève de Victor Hugo, Rousseau ou Lamartine... (sept 2014), Le massif du Salève, une montagne de littérature (oct 2015) et secret Salève (avril 2016).

Voici un extrait d'un journal local : "L'Industriel Savoisien" du 13 août 1887 (tiré de l'article "Le Salève, un espace sous influences" par Jean-Claude Vernex, "Archives des Sciences" publiées par la faculté de Sciences de l'Université de Genève en 1988). "De mémoire d'homme, nous assure-t-on, on n'avait vu sur le Salève foule pareille à celle qui s'y est abattue dimanche. La population genevoise, fatiguée des chaleurs de la plaine et un peu aussi des fêtes du Tir Fédéral, semblait s'être donné le mot pour aller sur ces hauteurs aimées respirer un air frais et pur. Le Genève-Veyrier, malgré des trains spéciaux doublés et triplés, n'a pu suffire à toutes les demandes ; plusieurs centaines de passagers ont dû se résoudre à faire la route à pied, et cependant cette ligne a transporté 2700 voyageurs".
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Haute Savoie : La Tour des Pitons, sommet du Salève et terre d’écrivains, de poètes. par Dominique Ernst. DL. publié le 22/07/2017.
Massif modeste par sa taille et sa hauteur, le Salève occupe pourtant une place à part dans le grand livre de la montagne. Outre les termes varappes et varapper, qui ont pour origine un secteur de grimpe du Salève, ce massif est aussi connu pour avoir servi de terrain de jeu au jeune Horace-Bénédict de Saussure, l’homme qui initia la conquête du mont Blanc, ou pour avoir été le premier endroit au monde où fut créée une société de sauvetage en montagne, en 1897. De par sa proximité avec Genève, le Salève est aussi une terre arpentée par nombre de célébrités, dont d’illustres écrivains comme Hugo, Stendhal, Kessel, Colette ou Rousseau, dont le séjour à Bossey marquera durablement son œuvre littéraire et philosophique. Le (modeste) sommet du Salève se trouve au Grand Piton, à 1380 mètres, où ce site orné d’une tour offre aux promeneurs un panorama somptueux sur Genève, le lac Léman et le Jura. Cette tour fut érigée entre 1820 et 1830 par Claude-François Bastian, richissime notaire et maire de Frangy. Avant la construction de cette tour, ce petit plateau en bord de falaise qui présente les plus beaux lapiaz du Salève abritait au 14e siècle un poste de guet. Sur ce site se trouve également le rocher de la Sorcière, gros bloc de calcaire apprécié des grimpeurs, dont la forme évoque une vieille femme à l’allure sévère. Selon une vieille légende, Claude-François Bastian aurait choisi ce lieu pour bâtir une tour car c’était le seul site du Salève d’où il pouvait voir en même temps les 99 propriétés qu’il possédait dans la plaine. Abîmée par le poids des ans et par les dégâts causés par quelques vandales, la tour Bastian fut restaurée par la commune de Beaumont et le conseil général en 1984.
Lamartine, Lord Byron, Mary Shelley, entre légende et réalité
Parmi les nombreux promeneurs qui viennent pique-niquer sur ce joli coin du Salève, les plus curieux auront sans doute remarqué sur une roche située à proximité de la tour deux noms gravés : Lamartine et Lord Byron. La légende prétend que ce sont ces deux grands poètes eux-mêmes qui auraient ainsi marqué la roche du Salève de leurs noms dans les années 1815-1820. La réalité est sans doute un peu différente, mais ce qui est sûr, c’est que les deux hommes appréciaient le Salève et qu’ils ont à de nombreuses reprises arpenté les sentiers bucoliques de ce massif. Alphonse de Lamartine a d’ailleurs consacré un poème au Salève, dont les premiers vers commencent ainsi : “Te souviens-tu du jour où, gravissant la cime du Salève aux flancs azurés, dans un étroit sentier qui pend sur un abîme, nous posions en tremblant nos pas mal assurés ?” Les deux hommes ont également emmené sur les chemins de ce massif leur amie Mary Shelley, auteur du célèbre roman “Frankenstein ou le Prométhée moderne”, qui donnera naissance au mythe bien connu. Notre région est d’ailleurs bien présente dans ce livre écrit en 1818 à Genève, sur les bords du lac Léman, avec bien sûr le Salève, mais aussi Chamonix, la Mer de Glace, Lausanne, Genève ou Évian-les-Bains.
Source : http://www.ledauphine.com/haute-savoie/2017/07/22/la-tour-des-pitons-sommet-du-saleve-et-terre-d-ecrivains-de-poetes
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Article du Le Messager : Le Salève de Victor Hugo, Rousseau ou Lamartine... jeudi 25.09.2014
De par sa situation géographique à deux pas d'une grande ville comme Genève, le Salève - « cette montagne posée sur l'horizon comme un presse-papier », disait Marcel Rosset -, a bien évidemment suscité la curiosité de personnages célèbres en visite dans la cité de Calvin. Parmi toutes les sommités ayant arpenté ce massif, quelques écrivains ont eu un lien assez fort avec cette montagne à l'histoire singulière. Il y a bien sûr Jean-Jacques Rousseau, qui vécu une partie de sa jeunesse à Bossey. Confié avec son cousin Abraham aux bons soins du pasteur Lambercier, le jeune Jean-Jacques a reçu au presbytère de Bossey une éducation qui marquera profondément sa vie future et son oeuvre littéraire. Durant deux années, son apprentissage n'est pas limité aux matières scolaires ou religieuses, mais il est également une formidable ouverture sur la beauté et la richesse de la nature environnante. De ce joli petit coin de Salève, Rousseau écrira : « N'hésitez pas pour votre bonheur à emprunter les chemins de Bossey, là où la terre commence à verdir, les arbres à bourgeonner, les fleurs à s'épanouir ». Et à propos de son séjour, il précisera que « la manière dont je vivais à Bossey me convenait si bien qu'il ne lui a manqué que de durer plus longtemps pour fixer absolument mon caractère. » Alphonse de Lamartine a également fréquenté les sentiers du Salève. Il est l'auteur du poème le plus connu sur le Salève dont les premiers vers, adressés à son épouse, commencent ainsi : « Te souviens-tu du jour où, gravissant la cime du Salève aux flancs azurés, dans un étroit sentier qui pend sur un abîme, nous posions en tremblant nos pas mal assurés ? » Accompagné du poète anglais lord George Byron, Lamartine aimait à se balader sur les crêtes du massif. Les deux hommes ont même laissé leur empreinte, sous la forme d'une dédicace gravée sur un rocher affleurant le sol à proximité de la Tour des Pitons. Byron était également très ami avec Percy et Mary Shelley, deux de ses amis du monde littéraire anglais. A l'invitation de Byron, le couple séjourne à Genève en 1816. C'est dans cette ville que Mary rédige le plus célèbre de ses livres, Frankenstein - pdf, dont elle situe tout naturellement une partie de l'action dans la région. Au fil des pages, le lecteur retrouve ainsi Genève, mais aussi Lausanne, Évian, Chamonix, l'Arve ou le Salève dont les sentiers sont régulièrement fréquentés par les trois amis. C'est au pied de ce massif, du côté de Collonges ou de Bossey, que le docteur Victor Frankenstein - pdf retrouve sa créature qui, au milieu d'un terrible orage, s'enfuit en gravissant sans peine les falaises abruptes de la montagne. « Qui pourrait arrêter un être capable d'escalader les flancs perpendiculaires du mont Salève ? », s'interroge alors, atterré, le médecin. Quant à Victor Hugo, il ne semble guère apprécier en 1839 les transformations de la ville du bout du lac : « Genève depuis quinze ans a été raclée, ratissée, nivelée, tordue et sarclée de telle sorte qu'à l'exception de la butte Saint-Pierre et des ponts sur le Rhône, il n'y reste plus une vieille maison. Maintenant, Genève est une platitude entourée de bosses. Mais ils auront beau faire, ils auront beau embellir leur ville, comme ils ne pourront jamais gratter le Salève, recrépir le mont Blanc et badigeonner le Léman, je suis tranquille ».
Dominique Ernst
Source : http://www.lemessager.fr/Actualite/Genevois/2014/09/28/article_le_saleve_de_victor_hugo_rousseau_ou_lam.shtml#.VN8ycy4YPwI
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Un article du Messager "Le massif du Salève, une montagne de littérature..." par Dominique Ernst : 1 2 3 4
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Dominique Ernst, secret Salève par Christian Lecomte, lundi 18 avril 2016, Journal Le Temps.
La grimpe, les randonnées, les envols, des ânes, le ski, un téléphérique, des mystères… On croit tout savoir sur le balcon des Genevois. Cet enquêteur-là vous en dit plus Il est tellement connu là-haut que les bistrots qui font relâche ouvrent leur porte rien que pour lui. Prenez l’Auberge des Montagnards, à la Croisette. Le site à 1200 m d’altitude, très prisé des skieurs et lugeurs, est un désert en ce jour de semaine. Tout le monde semble ou dormir ou parti ailleurs. La gérante, qui a bon œil, voit Dominique Ernst garer son véhicule, en sortir et attendre quelqu’un ou quelque chose. Il pleuvine, le pauvre homme sera bientôt rincé. Elle l’interpelle, l’invite à entrer, enfourne du bois dans le poêle et offre une tournée générale de chocolats chauds (au monsieur et aux deux autres venus le rejoindre). «Il a tellement fait pour notre Salève que je peux bien lui réserver un bel accueil», argue la dame.
Travail de fourmi
Dominique Ernst, 57 ans, est l’historien du «balcon des Genevois». Il préfère conteur. Trois ouvrages déjà écrits, deux autres sont en route. Le dernier en date, Le Salève, des histoires et des hommes, est sorti récemment chez Slatkine
(http://www.slatkine.com/fr/editions-slatkine/69294-book-07210699-9782832106990.html). Il est allé fouiller dans les greniers, au marché des souvenirs des anciens, dans les archives en ligne du Journal de Genève, a photocopié des pages du Cultivateur Savoyard. Un travail de fourmi devenue savante à force de racler les fonds de tiroirs et de mémoire. Dominique n’est ni universitaire, ni biographe. Il «pige» au Dauphiné Libéré et au Messager et c’est en siégeant au Conseil municipal de Vers (Haute-Savoie, près de Viry) où désormais il vit que l’amour pour le Salève est né au détour de pages et de virages. Car l’Histoire se lit autant dans les bouquins que sur le terrain. «On m’a demandé de parler de la région pour divers publications locales. De fil en aiguille je me suis pris de passion pour ces recherches», explique-t-il. C’est tout d’abord sur le Vuache qu’il s’en va en reportage. Il publie en 2004 Histoires et légendes au pays du Vuache. «Rien à voir avec son vis-à-vis des Préalpes, un mont sauvage, sans construction tandis que le Salève paraît plus civilisé car la riche Genève à ses pieds l’a doté d’un train, d’un téléphérique, de routes», dit-il. Cette anecdote illustrant la férocité de l’époque: «Dans les années 1750 quand les loups s’attaquaient sur le Vuache aux enfants et les dévoraient par dizaines, leurs congénères du Salève ne s’en prenaient qu’aux moutons.» Né à Genève, franco-suisse, Dominique Ernst s’en est allé à l’âge de 12 ans vivre à Monnetier, village situé sur les flancs sud-est du Salève, à 750 mètres d’altitude. Enfance libre et insouciante, en plein air. A l’école, les cours d’histoire l’ennuient, ce qu’il dit aujourd’hui regretter: «A l’époque je ne savais que je vivais là où le paléolithique est quasiment né. Des silex et des os sculptés de rennes ont été retrouvés. Il y avait un kilomètre de profondeur de glace entre le Salève et le Jura». Dès 1850, des érudits genevois ramènent de leur exploitation des carrières des vestiges datés de plus de quinze mille ans. «Ce sont les carriers qui les ont en fait découverts mais ils ont continué à attaquer la falaise et ont réduit en poussière beaucoup de trésors.» La fameuse carrière, «balafre du Salève», devrait être exploitée jusqu’en 2033. Mais ce qui intéresse le plus le chercheur, ce sont les hommes et les femmes qui de tout temps et par tous les temps, ont arpenté la montagne. En 1890, une réclame invitait les Parisiens à se rendre par train en dix heures sur le Salève. La ligne Paris-Monnetier déposait les dames et les messieurs à l’hôtel Bellevue aujourd’hui disparu. Dans son ouvrage, Dominique Ernst liste les célébrités qui y venaient en villégiature comme d’autres se rendaient à Ouistreham (dv: une commune française située dans le département du Calvados en région Normandie) ou Nice: Lamartine et Lord Byron qui auraient laissé leur empreinte (on cherche encore) sous forme de dédicace près de la Tour des Pitons; Victor Hugo qui s’insurgeait en 1839 contre les travaux qui (déjà) défiguraient Genève; Albert Cohen qui dans Mangeclous y hisse des personnages; Stendhal qui qualifiait le Salève de vilain rocher pelé à cause de l’exploitation des carrières. Des musiciens: Wagner qui y soigne un eczéma tenace, Verdi qui s’y marie avec une cantatrice. Des peintres: Courbet, Valloton, Ferdinand Holder dont le tableau Au Petit Salève a été acheté 424'800 francs suisses en 2002 lors d’une vente aux enchères à Zurich. Vinrent aussi Sarah Bernhardt, Lénine, François de Sales et le président américain Ulysses Grant qui en bon militaire jugea le site idéal pour bombarder Genève. Dominique Ernst aime avant tout à rencontrer les «anciens» car ils sont en possession d’histoires rares, transmises le plus souvent oralement. Comme celle de ce Haut-Savoyard devenu en 1814 un illustre rebouteux – tout Genève allait le voir – grâce à un officier autrichien blessé qu’il soigna et qui le remercia en lui transmettant son don de guérisseur. Comme aussi le docteur Henri-Albert Gosse, pharmacien genevois, qui vers 1800 voulait acheter une colline du Salève. L’Évêché de Turin déclina cette demande émanant de plus d’un protestant. Le docteur Gosse qui à Paris avait mis la main (de matière pour le moins douteuse) sur la momie de Saint-Benoît la proposa en échange. La proposition de troc fut acceptée et le bon docteur eut sa colline et une maison à Monnetier qu’occupa son fils André, lui aussi docteur.
Lieu de naissance de la varappe
Le Salève, paradis de la grimpe, Dominique ne peut occulter cette réalité. «De Saussure s’y entraîna avant de s’attaquer au Mont-Blanc et le mot varappe y a été la première fois prononcé après que de jeunes alpinistes aient échoué à vaincre une voie du secteur des Varappes», rappelle-t-il. Le Salève, empilement de faits divers, dramatiques, cocasses. Exemple: en 1857, deux paysans du haut d’Etrembières se détestent de longue date. L’un empoisonne de nuit les onze poules de l’autre, mais ce dernier, les voyant au petit matin mortes, les saigne, les plume et s’en va les vendre sur le marché de Genève. L’empoisonneur qui assiste à cela et craint pour la santé des acheteurs dénonce le projet de son voisin à la police. Les volailles sont saisies, examinées par un pharmacien qui identifie de l’arsenic. Le vendeur est jeté en prison. Le mystérieux dénonciateur est toujours recherché.
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Profil
1959 Naissance à Genève.
1974 La famille déménage à Monnetier, sur le Salève.
2006 Parution du premier livre: «Histoires et légendes au pays du Vuache».
2015 Parution de «Le Salève, des histoires et des hommes»

Source : http://www.letemps.ch/suisse/2016/04/18/dominique-ernst-secret-saleve

Le Chemin de Fer du Salève (1893-1935) (LG)

Premier chemin de fer à crémaillère électrique du monde. Surnommé “ Funiculaire du Salève ” malgré l’absence de câble de traction. Crémaillère Abt (un des quatre types des crémaillères les plus répandues dont l’inventaire était Roman Abt de Lucerne (1850-1933)). Une crémaillère est un rail denté au milieu des rails de roulement (écartement 1 m) et troisième rail électrifié (600 à 750 volts) le long de la voie (c.-à-d. pas d’une ligne aérienne). L’exclusion absolue de tout passage à niveau, imposée par la présence du rail conducteur électrique latéral à 20 centimètres au-dessus du sol, a nécessité des travaux importants pour la déviation des routes et chemins, ainsi que la construction d’un nombre considérable d’ouvrages d’art (24 ponts), servant de passages inférieurs ou supérieurs au chemin de fer. Ne pouvant prélever son énergie électrique sur le réseau public, alors inexistant, la Société Anonyme des Chemins de Fer du Salève (SACFS) fit construire un barrage sur l’Arve, à Arthaz, où une digue de 60 mètres de longueur permit d’obtenir une chute d’eau de 3 mètres, alimentant 2 turbines. Une ligne aérienne de 1700 mètres reliait l’usine à la gare centrale de Monnetier-Mairie. D’autre part un tunnel, long de 120 mètres, large de 4 mètres, pente de 13,5° ( = 24%), orientation 68°, fut construit sur la ligne Veyrier - Monnetier-Mairie. Danger d’électrocution : trois décès en 40 ans de fonctionnement sans compter les ânes, vaches, chèvres et chiens électrocutés. Douze automotrices de 10 tonnes à vide pour 40 places (32 places assises et 8 places debout) : longueur : 8,5 m, largeur : 2,1 m, hauteur : 3 m. Deux moteurs de 40 CV. Première ligne de 6 km ouverte en 1893 : Etrembières - Mornex - Monnetier-Mairie - Treize-Arbres. Seconde ligne de 3 km ouverte en 1894 : Veyrier - Monnetier-Mairie. Les trains (composés d’automotrices indépendantes) venus d’Etrembières et de Veyrier se rejoignaient à Monnetier-Mairie (650 mètres d’altitude) ; partis à la même heure d’en bas, ils ne formaient plus qu’un seul convoi jusqu’au terminus des Treize-Arbres à 1140 m d’altitude. Treize-Arbres avec Treize pour Très = trois en patois car 3 ormes disparus au début du XXème siècle. L’Hôtel-Buffet-Restaurant de la gare de Treize-Arbres était construit par la SACFS en 1893. A 22 heures le courant électrique fourni par l’usine d’Arthaz était coupé. Les employés de l’usine faisaient un signal pour avertir le personnel de l’hôtel de préparer les lampes à pétrole : une coupure brève, puis ils rallumaient un bref instant avant de recouper le courant jusqu’à 8 heures du matin. Vitesse maximale du petit train : 10 km/h, trajet aller : 1 heure. Coût aller-retour pour l’été 1914 : 1ère classe : 10 ff., 2ème classe : 7 ff. En 1932 l’ouverture du téléphérique, la construction des routes et le développement de la voiture individuelle entraînent la mort du train.
Pour en savoir plus sur le Chemin de Fer du Salève, trois sites internet :
http://geillon.pagesperso-orange.fr/trains/saleve/index.htm , le seul site consacré au Chemin de Fer du Salève : nombreuses photos et dessins, bruit de train à crémaillère système Abt,
http://www.la-salevienne.org/presseX.php?X=jg2012 Un article paru dans le DL du 16.7.2012 et le site de la Salévienne, une Société d’histoire locale (200 membres), éditrice du seul livre entièrement consacré au Chemin de Fer du Salève
http://www.monnetier-mornex-esserts.com/hist_funiculaire.php le site de la commune de Monnetier-Mornex-Esserts-Salève (LG).
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Article par Gérard Lepère, sept 2015, 55 pages - pdf
Article par Gérard Lepère, juillet 2015 - pdf
Un article paru dans le DL - pdf Dominique Ernst. Source : http://la-salevienne.org/presseX.php?X=qh2015
Un article paru dans le Messager - pdf Dominique Ernst. Source : http://la-salevienne.org/presseX.php?X=qf2015
Un article paru dans le DL du 2.8.2015 Gilbert Taroni
Un article paru dans le DL du 4.8.2013 Gilbert Taroni
Un article paru dans le DL du 28.7.2013 - pdf Gilbert Taroni
http://www.snotpg.ch/site/ch-fer-saleve/
Bibliothèque nationale de France : http://gallica.bnf.fr chercher « Salève ».
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65747675/f1.image.r=.langFR = Titre : Les chemins de fer électriques et à crémaillère du mont Salève (Haute-Savoie), près Genève : notice / par Ed. Lullin,... Auteur : Lullin, Ed. Éditeur : Orell (Zurich). Date d'édition : 1892. Sujet : Europe. Type : monographie imprimée. Langue : Français. Format : 32 p. : fig., pl., carte ; in-8. Format : application/pdf. Droits : domaine public. Identifiant : ark:/12148/bpt6k6539318r. Source : La Salévienne, 2013-153895. Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb308458798. Description : Appartient à l’ensemble documentaire : RhoneAlp1. Provenance : bnf.fr. Date de mise en ligne : 31/07/2013.
http://www.la-salevienne.org/memoires/Chemin_de_fer_du_Saleve_G_LEPERE-300-2015.pdf
http://www.la-salevienne.org/memoires/Chemin_de_fer_du_Saleve_par_LEPERE-217-2015.pdf
http://www.la-salevienne.org/CONF/2017-07-06Randonn%C3%A9eCFSal%C3%A8ve.pdf
https://www.amazon.fr/gp/product/B014G5RZKM?*Version*=1&*entries*=0
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PS: Larousse: funiculaire = Chemin de fer à traction par câble pour la desserte des voies à très forte pente... donc c n'est pas un funiculaire !!!
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http://www.quizz.biz/quizz-956831.html = Quiz sur le chemin de fer à crémaillère du Salève créé par saleve74 le 16 Juin 2016, validé par ferlie. Niveau moyen (57% de réussite). 20 questions - 13 joueurs = Petit quiz historique et technique sur le chemin de fer à crémaillère du mont Salève, situé près de Genève.
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Photos : 1 2 3 4 5 6 7 8=article DL 9 10
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The Chemin de fer du Salève (nicknamed Funiculaire du Salève in spite of the absence of any traction cable), was an electric rack railway that went up the Salève mountain in the French department of Haute-Savoie on the south-est side of Geneva. In the 1890s the inhabitants of Geneva enjoyed the view afforded from the Salève of the Jura, the Alps (including the Mont-Blanc) and part of lac Léman. It was a one hour walk up to les Treize Arbres. This was the heyday of local railways in France, and so it was that the Chemin de fer du Salève came into being in 1892. It continued operations until 1935. The Société anonyme des Chemins de fer du Salève (CFS), was founded on 11 September 1890 in Annemasse, and obtained the franchise for a local railway with two metre-guage rack lines. From Etrembières to Treize-Arbres: 5.8 km. From Veyrier to Monnetier-Mornex: 3.3 km. The total length of the railway was thus 9.1 km. On 14 April 1891 the CFS took over the franchise between Etrembières and les Treize-Arbres, from Messrs Alfred de Meuron and Hermann Cuénod, which they had initially obtained on 18 June 1888. The CFS then applied for the franchise between Veyrier and Monnetier-Mornex, which was approved on 9 December 1891. Map of CFS lines. The railway linked to two other railways at its lower termini : at Veyrier, to the PLM network, (Annemasse - Bellegarde line) and the Genève-Veyrier railway (Société du chemin de fer Genève - Veyrier), at Etrembières, to the Geneva tram network (Annemasse - Etrembières line). 12 10 ton 3-axle railcars built by SIG (Société Industrielle Suisse) at Neuhausen am Rheinfall and by the Compagnie de l'Industrie Electrique et Mécanique (CIEM) in Geneva, which later became SAAS. 6 2-axle goods wagons. Source : http://en.wikipedia.org/wiki/Chemin_de_fer_du_Sal%C3%A8ve

Voici 5 images du Chemin de Fer du Salève.


Une automotrice dans la neige en aval du tunnel du Pas de l'Echelle, dessin de Marc Tournnebize extrait de LEPERE Gérard, "Le chemin de fer à crémaillère du Salève" , Echos Salèviens n°4, La Salévienne, 1994.

Une automotrice en amont du tunnel du Pas de l'Echelle (côté nord). © Mairie de Veyrier

Affiches anciennes. © Bibliothèque Publique et Universitaire de Genève (BPU) :




Salève: le tunnel de l'ancien chemin de fer fermé par sécurité

Un article de la Tribune de Genève ( , Copyright TdG) du 19.5.2001 par Fabrice Breithaupt .

PRÉCAUTION Certains habitués de la montagne crient au terrorisme.

"Entrée interdite", "Danger", "Tir de mines". Ces quelques panneaux placés après le pont sur l'autoroute A 40 longeant le Salève, ainsi que les nouveaux grillages métalliques installés aux deux bouts du tunnel de l'ancien chemin de fer à crémaillère de la montagne, ont provoqué l'inquiétude de certains promeneurs genevois. Ainsi Douglas Read, qui se rend au Salève tous les samedis, et s'émeut d'une "prochaine disparition d'un nouveau pan du Salève". Et de s'emporter: "La destruction en Afghanistan par les extrémistes musulmans de statues séculaires de Bouddha a soulevé un tollé dans les médias. Au Salève, devant une indifférence générale et pour des raisons purement matérialistes, on dynamite la face d'une montagne vieille de trois cents millions d'années afin d'embellir la promenade de Saint-Antoine" (sic). Phénomène naturel Renseignements pris, la fermeture du tunnel est en fait une mesure de sécurité prise par les deux communes haut-savoyardes riveraines de Monnetier-Mornex et d'Etrembières. "Nous avons décidé d'interdire son accès aux piétons en raison des dangers que fait peser la voûte depuis quelques mois", explique Maurice Giacomini, le nouveau maire d'Etrembières, Municipalité propriétaire de l'ouvrage. "Celle-ci est en effet gorgée d'eau, qui s'infiltre petit à petit et mite le mortier réalisé à l'époque, laissant la roche se dénuder et des morceaux entiers tomber au sol."Un phénomène naturel, aux dires, en tout cas, des deux derniers exploitants français de carrières au Salève, les entreprises Descombes et Chavaz à Etrembières, qui se défendent d'emblée de tout lien entre leurs tirs de dynamite et les fissures par lesquelles l'eau s'engouffre: "Nos artificiers procèdent de façon précise et réfléchie et n'utilisent que les charges strictement nécessaires", indique Pierre Chavaz, cogérant de la Sàrl du même nom, dont une partie des carrières jouxte d'une centaine de mètres l'une des deux extrémités du tunnel. "Nous sommes prêts à participer, à notre niveau, au financement pour la restructuration de la voûte", ajoute-t-il. Des discussions en ce sens sont d'ailleurs en cours actuellement. La mesure d'interdiction, prise entre fin 2000 et début 2001, n'est donc pas prête d'être levée.

Voir extrait du registre des arrêtés du Maire de Monnetier-Mornex du 29 Avril 1996 concernant l'ancien tunnel du Pas de l'Echelle, FOLIO 150, Sous préfécture St-Julien-en-Genevois   photo

Le téléphérique du Salève (1932 à nos jours)

La gare de départ se situe sur le territoire de la commune d’Etrembières, la gare d’arrivée sur celle de Monnetier-Mornex. Dénivellation de 666 m, 1200 mètres de câble. Actuellement 60 personnes sont transportées en 3 minutes (au début 30 personnes en 6 minutes). La période glorieuse, entre 1932 et 1939 a vu jusqu’à 2500 personnes montées dans un dimanche (une attente d’une heure). Le seuil de rentabilité a passé de 30’000 personnes en 1939 à 200’000 personnes aujourd’hui. En 1970, la Ville d'Annemasse achète le Téléphérique du Salève. Peu de temps après, son exploitation est suspendue sur ordre des services de sécurité. Sa remise en état nécessitait douze millions de francs suisses. Cette somme a été réunie grâce à des fonds suisses (neuf millions) et français (trois millions) et la rénovation a commencé en juillet 1982. La remise en fonction a débuté en avril 1984. Sur le plan juridique, la société française du Téléphérique du Salève, filiale de la société suisse dont le Canton de Genève est le principal actionnaire, a signé avec la municipalité d'Annemasse, le 30 avril 1982, un bail emphytéotique dit "bail à construction" de quarante années expirant le 30 avril 2022. A l'issue de ce bail, les installations du téléphérique reviendront de plein droit à la Ville d'Annemasse, les droits d'exploitation restant de la compétence des communes de Monnetier-Mornex, pour la station supérieure, et d'Etrembières pour la station inférieure. L'exploitation était assurée par une société dépendant du groupe Edmond et Benjamin de Rothschild. La vente de terrains par la société française du Téléphérique du Salève à la Société du Tunnel du Mont-Blanc (STMB) a permis de réaliser une aire de repos inaugurée en avril 1998 avec accès au téléphérique. Elle permettait d'augmenter le nombre des passagers du téléphérique du Salève (80'000 personnes en 1999). Entre 1984 et 1993 il y avait une perte d’un tiers des passagers (MB). En 2007 il y avait 107’000 passages (= trajets = aller ou retour). La société française Veolia Environnement (http://www.veolia.fr) a repris l'exploitation du téléphérique du Salève depuis début 2008. Veolia est une compagnie privée française existante depuis 150 ans. Elle est le leader mondial des services à l'environnement. Présent sur les cinq continents (France 44%, Europe hors France 36%, Amérique du Nord 8%, Asie-Pacifique 7%, Reste du monde 5%) avec 270'000 salariés et un chiffre d'affaires de 30 milliards d'euros. Elle englobe quatre activités : la gestion de l'eau (34%), des déchets (28%), de l'énergie (21%) et des transports de voyageurs (17%) dont http://www.frossard.eu = une entreprise d'autocars implantée dans les 2 Savoie qui fait partie du réseau Veolia Transport depuis 1997 (260 salariés et un parc de 200 véhicules (à ne pas confondre avec la SAT, http://www.sat-autocars.com, 300 salariés et un parc de 240 véhicules)). Veolia percevra des allocations de 300'000 francs par année du GLCT (Groupement Local de Coopération Tansfrontalière, créé en mars 2006 pour élaborer des stratégies de sauvetage suite au déficit des installations du Salève) jusqu'en 2012. Une somme répartie à hauteur de 50% pour l'Etat de Genève et 50% pour les communes françaises limitrophes.

RATP remplace Veolia : RATP Dev a créé un groupement momentané d’entreprises (GME) dont elle est majoritaire (51%) aux côtés des Transports Publics Genevois (TPG, 47%) et de COMAG (2%). L'exploitation a débuté le 1er mai 2013 pour cinq ans et demi (jusqu'à fin 2018).

Pour combler le trou et équilibrer le budget la solution est le renforcement de l’attractivité du Salève en créant, entre autres, un Signal de Bougy sur le Salève, ou un zoo, ou les deux. Le Pré Vert du Signal de Bougy est un vaste parc de 110 hectares destiné aux familles, aux aînés, aux jeunes. Le parc offre une vaste zone de repos, une surface aux jeux d'enfants, une ferme avec de petits animaux, un parc à daims, un amphithéâtre pour les représentations, un jardin de Madame, un emplacement réservé aux pique-niqueurs, un terrain de sport, un minigolf, un parc aventure de 4 ha (équipé d'un baudrier, vous évolurez dans les arbres jusqu'à 22 mètres de haut en toute sécurité. 7 parcours de niveaux différents et 2 parcours Kids), un restaurant et un sentier " connaissance des arbres et des blocs erratiques ". La Fondation organise également des animations. http://www.signaldebougy.ch

http://www.remontees-mecaniques.net/forums/lofiversion/index.php/t1616.html
http://www.remontees-mecaniques.net/bdd/reportage-4498.html Un article de Laurent Berne, 10 rue des Rochers, 42230 Roche-la-Molière (France), décrivant de nombreux aspects techniques et propose une visite de secteurs non accessibles au public. http://laurentberne.online.fr
Nike-Kultur - avril 2011 http://www.nike-kultur.ch/fileadmin/user_upload/Bulletin/2011/04/PDF/NIKE_4_11_Saleve.pdf = Nationale Informationsstelle für Kulturgüter-Erhaltung, NIKE Bulletin 4|2011 : le téléphérique du Salève, par Paul Marti (avril 2011)
http://www.braillard.ch/fr/sauvegarde/sauvegarde/maison-ronde
http://www.la-salevienne.org/presse.php?Journal=&Annee=&Motcle=t%E9l%E9ph%E9rique La-salevienne.org : articles de presse

Voici 7 images du téléphérique du Salève.




Le téléphérique vue du sentier des bûcherons, Ch. Brand - Neydens (Hte Savoie), 1935

Affiche ancienne. © Bibliothèque Publique et Universitaire de Genève (BPU) :

Passé simple

Entre terre et ciel on s'envole en téléphérique

Le téléphérique du Salève est le thème des journées européennes du patrimoine 2004. Pour la première fois, le mercredi 24 août 1932, il escalade la sentinelle des Alpes pour offrir au visiteur un merveilleux paysage propre au vagabondage.

" Que j'aime mon Salève et sa cime rocheuse " écrivait Georges Favon. Recommandée à la fois pour son bon air et ses cures de santé, la montagne qui domine le Genevois, en plus d'attirer promeneurs et admirateurs, inspira poètes et prosateurs. Guidant aussi de nombreux chercheurs. On a pu suivre les ânes trottinant, emprunter le chemin de fer ou prendre le téléphérique.
Nous sommes en 1932, au coeur de l'été. Quand on regarde le Salève d'en bas, il a l'air sévère. C'est bien mal connaître le compère, complaisant, accueillant et charmant qui offre à qui sait bien le prendre, tous les plaisirs et les joies bucoliques alpestres. Chéri de la jeunesse de la plaine, il est le soleil, le temps des jeux et des bons moments. A deux pas des citadines, Annemasse et Genève dans la brume.

Un audacieux promoteur

En 1932, le Suisse Auguste Piccard s'élève en ballon à 1650 m d'altitude. La cote des exploits s'envole. Un planeur vient de traverser la Manche et un hydravion géant l'Atlantique. Maryse Bastié franchit les 37 km/h en avion. Le Graf Zeppelin rallie l'Amérique du Sud. Plus terre à terre, les voitures se font plus rapides. Au pied du Salève, Auguste Fournier que soutiennent 300 actionnaires s'est entouré d'ingénieurs et d'architectes d'avant garde pour lancer à l'assaut de la citadelle rocheuse un téléphérique. Une gare au Pas de l'Échelle voisine celle où ont rendez-vous le tram de Veyrier et le funiculaire.. A 1'100 mètres, l'autre station est une construction remarquable d'audace, oeuvre de l'architecte Maurice Braillard et aussi de F. Decrock, de G. Riondel. Un dénivelé de 660 m sépare les deux gares. Des câbles tendus supportent deux cabines en bois rouges et jaunes de 30 places chacune. Les trois câbles sont en même temps porteurs et tracteurs selon un système mis au point par l'ingénieur André Rebuffel. L'avantage, placer indifféremment la station motrice en haut ou en bas.

Le bonheur est dans le pré

Ce samedi 27 août 1932, c'est l'inauguration officielle en présence notamment de l'ancien député Etienne Antonelli, conseiller général et du maire d'Annemasse Claudius Montessuit pour couper le ruban. Il fait une chaleur étouffante dans la plaine. L'horaire est respecté avec précision. Après les discours les officiels embarquent. Huit minutes plus tard ils sont sur le " béquet " en béton de la station supérieure. A l'air libre pour humer un peu de fraîcheur des cimes. Tout de suite, c'est l'engouement du public. Pas seulement des estivants. C'est un rendez-vous dominical. En " chaussinettes " dans les spartiates, cheveux au vent, sourire aux lèvres, un pique-nique dans le panier. On a des rêves d'évasion plein la tête et une boîte à souvenirs en noir et blanc en bandoulière. Il n'est pas rare de faire la queue une heure durant avant d'accéder aux cabines. Certains jours, il y a jusqu'à 2500 candidats au voyage qui attendent cet instant de vertige silencieux vécu à quatre mètres seconde. S'il " margagne " en bas, là-haut un frais " bisolet " a vite fait de chasser les " nioles ". On complète le menu d'une tomme " séronnée " achetée au " bouèbe emmontagné " au printemps avec son troupeau. Le tout arrosé déjà d'une " topette " de frais bourru. Les jeunes années courent dans la montagne par les sentiers pleins d'oiseaux et de fleurs. Mais déjà le ciel s'assombrit, des nuages s'amoncellent. Pour tromper l'inquiétude, le sport a la faveur à la TSF (le tennis, la boxe, le tour de France, les jeux olympiques de Los Angeles) entre deux romances de Tino Rossi ou deux amours de Joséphine Baker. Comme le rail et le câble qui auraient pu s'entendre pour vivre ensemble des jours heureux. En effet, Auguste Fournier rêvait d'un " billet circulaire ", chemin de fer et téléphérique qui aurait permis au voyageur de monter à sa guise par un des deux moyens de transport et descendre par l'autre selon son envie. Une cohabitation harmonieuse, à deux, pour la conquête d'une montagne adorée.

Gilbert TARONI

Ferdinand Lassalle

Le début et la fin

Au Bois Carré, près du stand de tir de Veyrier, le 28 août 1864, Ferdinand Lassalle, président du premier grand parti socialiste d’Europe - l’Association générale allemande des ouvriers (Allgemeiner deutscher Arbeiterverein - ADAV) - fut blessé à mort. Il était juif, allemand, d’une famille aisée, portant un nom français, né à Breslau ( = Wroclaw) sur l’Oder, en Prusse orientale (aujourd’hui la Pologne), redoutable escrimeur. A quinze ans, fougueux adolescent, le jeune Lassalle avait de grands projets pour un monde plus juste. Il écrivit dans son journal : « Je voudrais m’élancer dans le monde et conquérir le bonheur... Je veux annoncer la liberté aux peuples, dussé-je en mourir. » ou encore « Quand on voit quelle immense geôle est l’Allemagne, comme les droits de l’homme y sont piétinés, comme treize tyrans y torturent des millions d’hommes, le coeur ne peut que se répandre en larmes sur la sottise de ces gens qui ne brisent pas leurs chaînes, alors qu’ils le pourraient si seulement ils en avaient la volonté. »

La comtesse de Hatzfeld

A l’âge de vingt ans, jeune avocat, il se rend à Paris pour quelques semaines. A cette occasion il francise son nom (Lassal devient Lassalle). A son retour à Berlin, en janvier 1846, il fit la connaissance de la comtesse de Hatzfeld, de vingt ans son aînée. Elle était abandonnée et dépouillée par son mari, qui était son cousin, immensément riche, qu’elle était forcée d’épouser vingt-quatre ans auparavant à l’âge de seize ans. Ils ont deux fils et une fille. Elle demande le divorce et engage Lassalle pour la défendre. En 1854, après neuf ans de combats juridiques, la comtesse obtint gain de cause et récupéra sa liberté et ses biens (300 000 thalers, l’équivalent de quinze millions des francs (français ou suisses ?) d’aujourd’hui). En reconnaissance elle fit accorder une rente viagère de 4000 thalers (l’équivalent de 200’000 des francs (français ou suisses ?) d’aujourd’hui) à son avocat et ami (en comparaison, 96% de la population de la Prusse d’alors avaient un revenu annuel de moins de 400 thalers). En novembre 1857 Lassalle publie son premier ouvrage important qui a un grand succès littéraire. Il s’installe à Berlin dans un appartement de luxe, servi par un domestique et est reçu dans la Société berlinoise des philosophes.

Sophie de Solutzew

En 1860, à l’âge de trente-cinq ans, souffrant de tuberculose du larynx, il faisait un séjour de santé aux Eaux d’Aix-la-Chapelle. Il y rencontre une jeune Russe, âgée de dix-neuf ans, Sophie de Solutzew (ou Sontseff), qui, accompagnée de son père, y séjourne également. Elle parle mal l’allemand, il ne parle pas le russe. Ils communiquent en français. Lors d’un voyage à Cologne qu’ils firent « en famille » (elle avec son père, lui avec la comtesse de Hatzfeld qu’il présente comme sa tante ou sa mère adoptive), il la demande en mariage. Elle quitte la station en lui promettant d’y réfléchir. Pour étayer sa demande il lui envoie une lettre manuscrite (en français) de quarante pages. Dans cette lettre Lassalle expose à la jeune fille le pour et le contre d’un mariage avec lui. Il se décrit comme un « tombeur de femmes ». Il se dit traiter la gent féminine avec respect (il n’a eu que deux fois une affaire physique avec de jeunes femmes célibataires, sinon toujours avec des femmes mariées). Il lui révèle ses revenus ainsi que la façon dont il les a obtenus. Il la met en garde qu’en l’épousant elle n’aura jamais la sécurité car il est engagé dans la lutte contre le pouvoir pour la cause du peuple et que sa vie sera toujours menacée. « En m’épousant », lui écrit-il, « vous construiriez votre maison sur un volcan ». « D’autre part je suis juif ». Après une deuxième rencontre à Berlin elle lui écrit : « J’ai tardé longtemps à vous donner cette réponse décisive parce que je voulais bien sonder mon coeur et parce que je voulais être sûre que mon affection pour vous ne tient que de l’admiration et de l’estime les plus sincères et les plus exaltés que vous ne pouvez pas inspirer à tous ceux qui vous connaissent. Je vous assure, Lassalle, que si je pouvais n’être guidée que par ma raison, je n’aurais pas hésité un seul instant à vous épouser, mais que puis-je faire de ce coeur indomptable et qui est pourtant le maître de ma vie et de toutes mes actions ?... » .

Hélène von Dönniges - la rencontre

Trois ans plus tard, au début de 1863, en pleine action politique (Lassalle est approché par les ouvriers de Leipzig pour devenir leur chef), quelques mois avant la fondation de l’ADAV [un parti structuré qui a pour but de rassembler les travailleurs pour conquérir le pouvoir politique. Est travailleur quiconque n’a d’autres ressources qu’un salaire en argent dépendant de son temps de travail. Est bourgeois quiconque tire son revenu de l’appropriation des produits du travail (que ce soit sous la forme de profits, intérêts ou de rentes)], à l’âge de trente-huit ans, Lassalle rencontre à Berlin, chez une connaissance commune, Hélène von Dönniges. C’est le coup de foudre. Âgée de vingt ans, fille du chargé d’affaires teutonnes (bavaroises) en Suisse, belle, des cheveux dorés, capricieuse, de mère juive, Hélène était fiancée à un étudiant de son âge d’une famille roumaine noble : Yanko de Racowitz. Le lendemain de la rencontre elle dit à Yanko : « Hier, j’ai rencontré un homme que je suivrais jusqu’au bout du monde, s’il me voulait à lui ». La famille d’Hélène s’oppose farouchement à cette liaison. Les hommes de la famille pensent que leurs carrières d’aristocrates seront interrompues par la venue d’un révolutionnaire au sein de leur famille. Sa grand-mère, chez laquelle elle habite, lui interdit tout contact avec Lassalle. Malgré cela il y a eu encore deux rencontres, dont une soirée avec Yanko, puis Hélène rentre à Genève. Son père abhorre (déteste, avoir qqun en horreur) Lassalle, « cet abominable personnage qui veut que les riches partagent avec les pauvres » . Auparavant Lassalle est condamné à douze mois de prison pour incitation politique à la haine et au mépris des institutions de l’État selon les articles 100 et 101 du Code pénal de la Prusse. Il fait appel et en juin 1864, à Düsseldorf, la cour d’appel réduit la peine à six mois de prison. Cette sentence n’est pas exécutée de suite mais le sera avant la fin de 1864. A la mi-juillet, après une année difficile à la présidence de l’ADAV, Lassalle, fatigué, ayant de graves problèmes de santé, épuisé et découragé, va se reposer à Lucerne, dans les montagnes suisses, à Righi-Kaltbad, au-dessus du lac des Quatre-Cantons. Le vingt-cinq juillet 1864 il a une visite surprise : Hélène. Accompagnée d’une amie, elle se trouvait en cure dans l’Oberland bernois, près de Berne, suite à des problèmes de santé. Elle apprit par indiscrétion l’endroit de la retraite de Lassalle et se rendit à Lucerne avec son amie ; (en ce temps on voyageait en chemin de fer, en bateau ou en voiture à cheval). On passa la journée ensemble. Lassalle propose de fuir en France, en Italie ou en Égypte pour se marier. Hélène, plus hésitante refuse (Elle avait l’habitude de dominer les hommes qui l’entouraient et Lassalle avait un fort caractère lui inspirant crainte de disputes à l’avenir). Elle va réfléchir. Le lendemain, en arrivant à Wabern, elle écrit à Lassalle pour lui signifier son accord. Elle pose pourtant deux conditions: essayer de convaincre au préalable ses parents du bien-fondé de ce mariage et faire vite car elle n’a pas beaucoup de force pour lutter contre sa famille. Hélène est fortement tourmentée par sa décision car elle va blesser son fiancé Yanko et combattre ses parents. Deux jours après, Lassalle part pour Berne. Ils passent quatre jours ensemble.

Lassalle, Hélène et sa famille à Genève

Le trois août ils se rendirent à Genève séparément. Il était entendu que Hélène, arrivant à 14h, ne préviendrait pas ses parents de la décision de se marier avec Lassalle. Mais ayant appris qu’en son absence sa jeune soeur s’est fiancée à un comte elle l’a fait. Les parents refusent catégoriquement ce mariage. Le père, hors de lui, enferme Hélène dans sa chambre. La servante lui ouvre la porte. Hélène court à la pension Bovet, à la rue du Mont-Blanc, l’hôtel où Lassalle est descendu en soirée. Lassalle est furieux contre Hélène qui n’a pas agi comme prévu. Hélène est vexée par l’attitude de Lassalle. C’est elle maintenant qui propose la fuite immédiate pour la France. Lassalle refuse. La servante arrive en courant : « Le père arrive avec la police, il faut prendre le premier train dans quinze minutes, j’ai commandé un fiacre qui nous attend dehors ». Lassalle demande à la servante de rentrer à la maison et de prévenir Madame Dönniges. Ils prennent le fiacre pour amener Hélène chez une amie de la famille Dönniges. Madame Dönniges et sa fille arrivent aussitôt. Madame Dönniges exige de récupérer sa fille. Hélène noue ses bras autour du cou de Lassalle. Lassalle, comme un grand seigneur, dénoue ce tendre collier, et ordonne à Hélène de partir avec sa mère. Tard dans la soirée il reçoit la visite du cousin d’Hélène accompagné du futur mari de sa soeur. Ils somment Lassalle de renoncer à Hélène et de quitter Genève faute de quoi il en sera expulsé. Lassalle regrette amèrement de ne pas avoir fui à l’étranger avec Hélène. Les deux personnes reviennent le lendemain et lui remettent une déclaration d’Hélène lui faisant savoir qu’elle a changé d’avis et qu’elle ne veut plus de lui. Lassalle, pensant que cette lettre était écrite sous la contrainte, engage des espions pour surveiller la maison où Hélène est séquestrée. Le père réclame la protection des autorités.

Doutes et rupture

Lassalle commence à douter de la force d’Hélène de pouvoir résister encore longtemps à la pression de sa famille et s’adresse à un avocat pour la « libérer » ( à vingt-et-un ans elle est majeure aussi bien à Genève qu’en Bavière et en Prusse). Il remue ciel et terre en sollicitant l’aide de plusieurs personnes importantes pour convaincre les parents d’Hélène de céder. Il écrit à Hélène : « ... Nulle puissance humaine ne peut t’arracher à moi, si tu restes ferme et fidèle. Je souffre mille morts à chaque instant. Et pourtant cela est impossible. Tu ne peux pas trahir un homme tel que moi, un homme qui t’aime si éperdument. Je souffre mille fois plus que Prométhée sur son rocher. Mais si tu commettais parjure à de si nombreux serments et à un tel amour, la nature humaine en serait déshonorée. Il faudrait douter de toute vérité, de toute fidélité. Tout serait mensonge en ce monde. » (Il a écrit plusieurs lettres à Hélène mais aucune n’est arrivée jusqu’à elle) . A un copain il écrit : « Je ne suis plus Lassalle, à peine suis-je l’ombre de moi-même. O damnation ! Je me sens perdu. Je hurle après Hélène comme une lionne à qui on a enlevé son petit. » . Cet acharnement de Lassalle s’explique par le fait qu’il pensait qu’Hélène tenait toujours à lui dans son for intérieur. Hélène, de son côté, déçue par le comportement de Lassalle à l’hôtel (il l’accuse brutalement de ne pas avoir suivi leur plan commun) et peut-être aussi effrayée par son autoritarisme, son caractère violent, ses exigences vis-à-vis de sa future épouse et sous la pression de sa famille n’a pas la force de lutter : Veut-elle de Lassalle ? Après avoir appris par ses espions que la famille Dönniges a quitté Genève et après avoir chargé un ami, le colonel Rüstow, de continuer la surveillance de la maison et d’essayer de contacter Hélène et de, subsidiairement, préparer son enlèvement, Lassalle quitte la ville le treize août au matin. Il arrive à Munich, capitale de la Bavière, le dix-huit août ayant en tête le dessein de convaincre le roi d’intervenir en sa faveur auprès du père d’Hélène. Il fait appel à Richard Wagner qui a l’oreille attentive du roi ainsi qu’au ministre des affaires étrangères. Il écrit, avec de noirs pressentiments, à la comtesse : « Ah ! Ce serait terrible de périr pour une indigne ! » . Entre-temps, après huit jours d’absence, la famille Dönniges rentre à Genève, où Yanko arrive également d’Heidelberg. M. Dönniges invite M. Rüstow chez lui et prie Hélène de les rejoindre. Celle-ci remet à M. Rüstow une lettre dans laquelle elle prend congé de Lassalle en écrivant que tout est terminé entre eux et qu’elle a décidé d’épouser Yanko. A la demande de Lassalle la comtesse de Hatzfeld arrive également à Genève pour essayer de contacter Hélène et ses parents. Elle envoie une missive à Hélène lui demandant de la rencontrer. Hélène refuse. Suit une lettre de menace à M. Dönniges de la part de M. Rüstow. Sur ces entrefaits Lassalle, et son avocat bavarois (qui a en sa possession une lettre du ministre des affaires étrangères de la Prusse), arrivent à Genève au soir du vingt-quatre août. Ils demandent à voir M. Dönniges, qui accepte. Leur entretien du vingt-cinq août se déroule mal et se termine d’une manière orageuse. Lassalle fait alors remettre par son avocat bavarois, accompagné de son ami Rüstow, une lettre à M. Dönniges par laquelle il exige du père l’autorisation de voir sa fille, dans sa maison, pendant quinze jours ou bien de discuter avec elle en présence de M. Rüstow pendant au maximum deux heures chez le notaire, puis elle déclarera sa volonté devant le notaire. Le père accepte la seconde partie de l’alternative à condition que sa fille l’agrée aussi. En présence des deux hommes de Lassalle il appelle Hélène qui refuse cette solution. Elle est d’accord toutefois d’écrire une lettre d’explication à Lassalle. Nous sommes le vingt-six août.

Le duel

Fou de rage et blessé dans son amour-propre et sa vanité, Lassalle, sans attendre la lettre promise d’Hélène, adresse deux lettres : l’une au père le provoquant en duel, et l’autre au fiancé par laquelle il lui annonce sa bénédiction pour son avenir avec Hélène et lui joint copie de la première lettre. (ndlr : toute réglementation du duel ayant été repoussée par les législateurs, l’initiative vient du comte de Châtauvillard qui, en 1836, publie un code du duel devenu dans toute l’Europe un texte de référence en la matière). L’ambassadeur se dérobe et fuit à Berne. Les frères d’Hélène étant trop jeunes, Yanko prend sur lui la défense de l’honneur de la famille. Conformément aux règles établies du duel, les deux représentants de Yanko : le cousin d’Hélène et le futur mari de sa soeur, rencontrent les deux représentants de Lassalle : le colonel Rüstow et le général Betethlen, pour décider de la suite des événements. [ndlr: le premier devoir des quatre témoins est d’oeuvrer pour une réconciliation en employant tous les moyens qui permettent de sauvegarder l’honneur de leurs mandataires. Si l’entente ne peut se faire, ils doivent déterminer qui est l’offensé (qui a le choix des armes)]. Voici la description du colonel. La partie adverse exige des excuses de la part de Lassalle et la remise des lettres de Mlle de Dönniges. Nous refusons. Cette dernière tentative d’éviter le duel échoue, le duel fut fixé au vingt-huit le matin. Nous optons pour le duel au pistolet à quinze pas (ndlr: une distance relativement courte) et trois temps. Suit une discussion concernant le type de pistolet : pistolets à canons rayés ou lisses. Nos adversaires exigèrent des pistolets rayés, nous, des pistolets lisses (ndlr: les pistolets lisses, démodés, étaient moins précis. Vers 1800 les rayures étaient droites puis en spirales (hélicoïdales) donnant à la balle un mouvement circulaire qui l’aide à garder la direction). Je retourne à l’hôtel et conseille à Lassalle de s’exercer au tir. Il refuse (ndlr: Lassalle était un bon tireur). Pendant ce temps Yanko (ndlr: qui n’a jamais touché un pistolet), a passé tout l’après-midi à tirer. Je me rends chez l’armurier pour chercher les pistolets et apprends que le ressort de l’un d’eux était cassé. Je loue une chambre à l’hôtel Victoria pour être à proximité de Lassalle. Je lui recommandais de ne pas viser trop longtemps, comme il en avait la mauvaise habitude. A minuit nous dormons. A 5h du matin je me rends chez l’armurier pour chercher les deux pistolets. Lassalle me remet son testament que je devais donner à la comtesse pour le déposer entre les mains des autorités de Genève. A 6h30 nous partîmes en voiture (fiacre) pour Carouge. A 7h nous sommes arrivés au point de rendez-vous. Une demi-heure après, la partie adverse arrive. Ils avaient avec eux le docteur Seiler, qui connaissait un endroit convenable. Ils passèrent devant ; nous suivîmes. Dans le voisinage de l’emplacement du duel nous descendîmes de voiture et marchâmes à travers bois jusqu’à l’endroit choisi. Je fus désigné par le sort pour charger le premier coup, et donner le commandement. Les adversaires furent alors placés à quinze pas l’un de l’autre, pendant que je chargeais. (ndlr: les armes étaient tirées au sort entre les adversaires. Les témoins jouant le rôle des modérateurs et juges ; ils sont les arbitres et responsables du combat. Il y avait deux types de duel au pistolet: « au commandement » et « à marche ». Dans le premier cas, dans l’attente du signal les combattants devaient tenir leur arme le bras allongé vers la terre, le long du corps, la crosse du pistolet touchant leur cuisse, ou bien le bras levé, la main tenant le pistolet appuyé contre la tête, le canon levé en l’air. Il était interdit de bouger avant le mot « feu ! » . Au mot « feu ! » ils tiraient sans avancer. Dans le second cas on place les adversaires à plus de quinze pas l’un de l’autre et au commandement ils ont la faculté de s’avancer avant de faire feu, jusqu’à une distance de quinze pas l’un de l’autre). Je devais compter jusqu’à trois de la façon suivante « un » , dix secondes après « deux » , dix secondes après « trois », puis ils pouvaient tirer. Cinq secondes après mon « un » Yanko tira. Lassalle, blessé au ventre, tirant une seconde plus tard, a raté son adversaire. J’ai regardé ma montre quand j’ai entendu quelqu’un demander « Êtes-vous blessé? » et Lassalle répondit : « Oui ». Nous conduisîmes le blessé vers un hangar où un pansement lui fut appliqué. Tandis que la partie adverse s’éloignait, nous menâmes Lassalle vers la voiture, et nous l’aidâmes à monter. Je fis prendre au cocher les routes sans pavés (le pavé, de pierres inégales, causait de fortes douleurs au blessé). Fin de la description du colonel.

Mort de Lassalle

Lassalle mourut trois jours plus tard à Genève, dans les bras de la comtesse et dans d’abominables souffrances, à l’âge de quarante ans. Le corps de Lassalle a été transporté à Breslau via Cologne. Il fut enterré dans le cimetière israélite de Breslau. Son épitaphe indique « ici repose Ferdinand Lassalle - penseur et combattant ». Un monument à sa mémoire (un bloc haut d’un mètre, informe et grisâtre) était érigé en 1891 par la section genevoise de l’Association générale allemande des ouvriers au golf de Bossey, près de l’Étang noir, à quelque distance du château de Crevin (voir photo) . Le choix de cet emplacement était probablement dû à la différence entre les pratiques des tribunaux français et suisses en ce qui concerne le duel. A l’époque, les lois des deux pays étaient les mêmes : le duel était un délit de droit commun. Dans les faits, s’il y a procès en France, le tribunal se contentait de vérifier que le duel était régulier (audition des témoins, vérification du procès-verbal) et acquittait les duellistes et les témoins. En Suisse on appliquait la loi. De nos jours le duel est assimilé par la loi à un assassinat s’il entraîne la mort ; sinon, à des coups et blessures volontaires. Aujourd’hui, un gros bloc erratique dit « La Pierre » se trouve à l’emplacement supposé du duel, près du chemin des Bûcherons à Veyrier (Suisse) (voir carte). Ce bloc a été déplacé de trois mètres en 2001 lors de la construction des villas dans la clairière.

Mariage et mort d’Hélène

Six mois après la tragique issue de ce duel la belle Hélène épouse Yanko qui est déjà très malade. Il meurt cinq mois plus tard de tuberculose. Elle épousa ensuite un grand acteur allemand, dont elle divorça au bout de cinq ans pour épouser un révolutionnaire russe. A la mort de celui-ci à Munich en 1911, Hélène se suicida en avalant du poison, presque cinquante ans après la mort de Ferdinand Lassalle.

L’action politique de Lassalle

Lassalle est l’un des pères du socialisme allemand. Les premiers mois de la révolution de 1848 en Europe (janvier en Italie, février à Paris, mars à Vienne et Berlin) Lassalle, âgé de vingt-trois ans, les passait en prison à cause des méthodes peu licites qu’il utilisait pour obtenir des preuves contre Edmund de Hatzfeld. En sortant de prison il oeuvrait pour la révolution à Düsseldorf, ce que lui a valu 6 mois supplémentaires de prison. La révolution de 1848 était une tentative de renverser l’ordre établi et, entre autres, la monarchie prussienne avec comme modèle la révolution française de 1789 qui a mis une fin brutale au règne de Louis 16. Mais elle a échoué. En 1848 Lassalle rencontra Karl Marx et Friedrich Engels, sept ans, respectivement cinq ans plus âgés que lui, coauteurs du Manifeste du parti communiste de 1847. Mais les théories des deux exilés d’un côté, Lassalle de l’autre, divergeaient : Lassalle souhaitait que l’État devienne social selon un cheminement démocratique (« Les chaînes qui chargent les travailleurs ne peuvent leur être enlevées que dans la paix... avec l’assistance sympathique des classes capitalistes. ») tandis que Marx et Engels optaient pour la révolution. Marx, dont le Capital (1867) est devenu la bible de la gauche, a éclipsé Lassalle mais la clarté de Lassalle facilitait la compréhension du sujet car le langage de Marx était plutôt obscur. Étant donné la répression qui a suivi en 1849 l’insurrection de 1848, Marx a été obligé de quitter l’Allemagne. Il se réfugie à Londres. Engels a fui vers le sud de l’Allemagne pour rejoindre le reste de l’armée révolutionnaire, puis à Manchester (Angleterre). Lassalle avait nourri l’illusion que le gouvernement de Bismarck (appelé à la tête du gouvernement en septembre 1862) interviendrait en faveur du socialisme. Développant la théorie malthusienne sur la surpopulation et s’appuyant sur Adam Smith et David Ricardo il énonça en mars 1863 la « loi d’airain des salaires » selon laquelle les coûts de production limitent au minimum vital les salaires des ouvriers. Cette théorie était basée sur la pression croissante des personnes sans terre ni capital sur le taux du salaire. Selon elle, les gens, de plus en plus nombreux, étaient d’accord d’accepter un salaire très bas plutôt que de mourir de faim. Si le capital augmente à cause de l’augmentation de la non-consommation c.-à-d. de l’épargne, l’augmentation subséquente du niveau de vie poussera les gens à se multiplier davantage d’où une augmentation de l’offre de travail. En ajoutant de plus en plus de la main-d’oeuvre à une quantité fixe de terre (ou de capital) chaque personne supplémentaire crée de moins en moins de richesse (la loi des rendements décroissants). D’autre part les machines font de plus en plus le travail à la place des hommes. Par conséquent le salaire correspond au minimum vital c.-à-d. au coût de subsistance. Le salaire ne peut non plus s’abaisser pendant longtemps au-dessous de ce qui est nécessaire à l’entretien de l’existence car en ce cas la misère amènerait une diminution du nombre des ouvriers causant la remontée du niveau des salaires. Lassalle revendiquait l’instauration du suffrage universel en Prusse (un homme égale une voix et non le système de trois classes où les riches de la classe « une » (150’000 personnes) ont plus de poids que les pauvres de la classe « trois » (2,7 millions de personnes) et une aide étatique à la création des coopératives de production (faute de mieux car son but ultime était l’abolition de la propriété privée des moyens de production comme le capital et la terre). Pendant que Marx et Engels écrivaient leurs théories à l’abri des lois anglaises à l’arrière des champs de batailles (mais en luttant avec la pauvreté et la misère) Lassalle était au front s’adressant à la classe ouvrière et se frottant à la police prussienne. A la mort de Lassalle l’ADAV comptait 5000 membres groupés surtout autour du Rhin [très peu à Berlin où la majorité de la gauche faisait partie du parti (bourgeois) progressiste]. Dix ans après sa mort, en 1875, dans un congrès à Gotha, l’ADAV fusionnera avec le parti marxiste pour donner naissance au SAPD, l’ancêtre du parti social-démocrate allemand actuel.

Bibliographie pour le chapitre sur Ferdinand Lassalle

BH - Bordeaux Henry : Amours du temps passé, Paris, Plon, 1923, Les amants de Genève, pages 209 à 290 (BPU:SA 6839)

DHS1 - Dayan-Herzbrun Sonia : Correspondance Marx - Lassalle 1848-1864, PUF, Paris, 1977, 460 pages (dont 35 pages de présentation) (BPU:Tf 2323)

DHS2 - Dayan-Herzbrun Sonia : L’invention du parti ouvrier, L’Harmattan, Paris, 1990, 200 pages (BPU:Th 7412)

FD - Footman David : Ferdinand Lassalle : Romantic Revolutionary, Greenwood Press, New York, 1947 et 1969, 250 pages (BPU:Tk 8201)

HH - Heubner Hermann : Ferdinand Lassalle : drame en 5 actes, Genève 1906, 85 pages (BPU:BTM 298)

SE - Seillière Ernest : Etudes sur Ferdinand Lassalle, fondateur du parti socialiste allemand, Plon, Paris, 1897, 400 pages (BPU: T 2136).

L'AGAS visite, le 30 janvier 2005, la stèle de F. Lassalle, qui se trouve au milieu du terrain de golf de Bossey, près du trou numéro 8 (accès possible car 10 cm de neige). De gauche à droite : Kamil, Sibylle, Charlotte et Ruth. Photo prise par Gérard.

© pages 210-211 Genève insolite et secrète, Christian Vellas, édition Jonglez. français
© page 192-193 Secret Geneva, Christian Vellas, édition Jonglez. English
un des 8 tableaux de la promenade dans le passé de Bossey (en face de la Mairie) relatant le château de Crevin et Lassalle Pas sur le site de la Mairie pour encourager la promenade.


© Salève, ses histoires, ses légendes , Dominique Ernst, page 179 : Ilya Repin : Le duel d'Eugène Onéguine et Vladimir Lensky (1899)
Article du Le Messager par Dominique Ernst - pdf =
Article du Le Messager par Dominique Ernst - pdf
photo C que Mark Twain (1835-1910) pense du duel. Mark Twain was many things: A great american novelist, a lecturer, a philosopher.  He was fascinated with technology and science, and loved talking about philosophy and the world around us. Maybe that is what makes his quotes so darn good.
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Duel genevois
Ferdinand Lassalle, fondateur de la social-démocratie allemande, meurt le 31 août 1864 à Genève des suites d’un duel qu’il a lui-même provoqué. Il est épris d’Hélène von Doenniges, fille d’un diplomate bavarois déjà fiancée au prince Yanko von Racowitza. Le père de la jeune fille refuse une mésalliance (mariage avec une personne de condition ou de fortune considérée comme inférieure) avec Lassalle, Juif socialiste à la réputation donjuanesque. Quant à Hélène, elle finit par se lasser des élans de cet amant acharné qui va jusqu’à proposer sa conversion au catholicisme à l’archevêque de Cologne. C’est donc en homme blessé dans son amour-propre que Lassalle convoque le père de la «misérable donzelle» sur le champ – quand bien même il écrivait à Marx six ans plus tôt que le duel n’était que le «fossile d’un stade dépassé de civilisation». C’est le fiancé d’Hélène qui relèvera le défi. Sûr de lui, Lassalle refuse conciliation et entraînement et meurt de la balle de son jeune et inexpérimenté rival. La pierre commémorant l’événement, dans la clairière de Crevin, au pied du Salève, est devenue un lieu de pèlerinage pour certains socialistes. Willy Brandt – alors président du Parti social-démocrate allemand – s’y rendit en 1982. Ironie du sort, elle est aujourd’hui intégrée à un terrain de golf privé.
Christine Mo Costabella
Réf.: Olivier Meuwly et Nicolas Gex [dir.], Duel et combat singulier en Suisse romande. De l’Antiquité au 20e siècle, Cabédita, 2012.
Source : http://www.echomagazine.ch/archives/11-a-la-une/301-le-duel

Autre
Article de Echo Magazine (l'hebdomadaire chrétien des familles) de 18 février 2016 - pdf Source : http://www.echomagazine.ch

Les Voûtes sont des roches saillantes et horizontales sur le petit Salève côté Genève. L’accès aux voûtes n’est plus par le château de l’Ermitage mais par derrière. A 15 m au-dessous des Voûtes s’ouvre une grotte: le Trou du Diable, 70m de profondeur. 

Historiens: Réné-Louis Piachaud, Pierre Bertrand, David Haller, Claude Weber, Louis Blondel. Noms communs à Monnetier: Descombes, Vidonne, Corajod, Ducimetière.

1822: Monnetier brûle et le dernier ours est tué au Salève (48 bâtiments détruits, il ne restait que l’église et 3 maisons).
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La Grotte des Faux-Monnayeurs

Au-dessus du sentier du pas-de-l'Echelle, un peu avant l'escalier conduisant au vallon de Monnetier, en dessous des voûtes des Chèvres (dites aussi Vire du Canapé, ou plus simplement le Canapé), se trouve une caverne qui abrita une fabrication de fausse monnaie, une bien curieuse histoire…

Le 5 avril 1801, des gens de Veyrier, entendant un bruit suspect dans la montagne, décident d'y monter en compagnie de leur maire, M. Portier. Arrivés près d'une grotte, ils distinguent le bruit de coups sourds frappés à intervalles réguliers. Ils se précipitent à l'intérieur et y découvrent un homme en train de battre monnaie ! Il s'agissait des batz de Berne portant sur une face l'écusson à l'ours et la légende "Moneta Reipub. Bernensis CR 4", tandis que, sur l'autre, apparaissait une croix entourée de la devise "Dominus Providebit" et le millésime 1793. On récolta là, nous dit Walter Zurbuchen ("Des Faux-Monnayeurs au travail dans une grotte du Salève", Tribune de Genève du 5.10.68), 792 pièces terminées ! L'individu, un nommé Pierre Poulin, originaire d'Yvorne, fut immédiatement arrêté, jugé à Genève, alors chef-lieu du département du Léman, et condamné à quinze ans de fers.

Les pièces frappées étaient en cuivre, alors que le batz de Berne devait contenir 229 millièmes d'argent. Il correspondait à peu près à la pièce genevoise de 6 sols (au cours d'aujourd'hui, la monnaie saisie dans la grotte représenterait une valeur approximative d'un millier de francs).

Les années passent. Près d'un siècle plus tard, en 1892, avait lieu la construction du chemin de fer électrique à crémaillère, maintenant disparu. Lors des travaux du percement du tunnel du Pas-de-l'Echelle, long de 110 mètres, on installa une forge dans la fameuse grotte. Or, le 11 août 1892, rappelle Walter Zurbuchen, les ouvriers découvrirent là une cachette contenant 1100 pièces de monnaie en excellent état ! Elles consistaient en deniers des évêques de Genève des 11e et 12e siècles, qui avaient dû être dissimulées à cet endroit vers l'an 1135 à peu près : c'était un véritable trésor dont la valeur de collection était inestimable. On a supposé qu'il s'agissait d'une caisse publique dérobée par un malfaiteur qui l'aurait enfuie dans cette caverne où elle a attendu plus de sept siècles et demi avant d'y être découverte…

Et maintenant cette histoire devient rocambolesque. Les ouvriers, persuadés qu'il s'agissait de fausse monnaie à cause de l'affaire Poulin, dispersèrent ces monnaies, les distribuant aux enfants et les jetant même ici ou là… Puis ces braves gens en échangèrent dans les cabarets : une poignée pour un verre d'absinthe !

Mais on s'aperçut rapidement de leur grande valeur et les "cours" passèrent en quelques jours, de 3 deniers pour dix centimes à 1 denier pour un franc, puis pour cinq et enfin pour vingt cinq francs ! On les rechercha alors partout avec ardeur, ce qui permit de reconstituer en partie le trésor initial. C'est alors que d'ingénieux aigrefins, voyant la demande augmenter et se souvenant de la Grotte des Faux-Monnayeurs, décidèrent d'en fabriquer… et c'est ainsi que des faux deniers ne tardèrent pas à circuler dans les mains des collectionneurs ! (PJJ)
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En 1852 Ernest Naville, théologien et philosophe genevois, achète le flanc est du Salève, côté Roches de Faverges (La Pile, Grange Gaby, Grange Passey). Il conclu un accord pour une participation de la Savoie dans la construction de la route Monnetier - Treize-Arbres. Malheureusement pour lui, la France en 1860 n’a pas respecté cet engagement et il dû supporter seul la totalité des frais (15’000 frs). En ces temps le sommet du Salève était déboisé à cause des mines de fer. E. Naville a effectué un reboisement intensif du sommet. Aujourd’hui, les 2 Granges appartiennent aux descendants de E. Naville, la Pile a été vendue. Grange Gaby a brûlé, pour une raison inconnue, un après-midi de janvier 1993. Sa restauration a commencé 10 ans après, en 2003, par l’architecte Michel de Senarclens dit Sarcleret, elle était achévée plus tard par les deux copropriétaires actuels de la ferme.
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Suit un article tiré du bulletin mensuel de la section genevoise du club alpin suisse d'avril 2010.

La nature est vraiment une merveille placée devant le regard de notre âme. La croissance d’un brin d’herbe, les démarches d’une fourmi, renferment pour un observateur attentif des prodiges de sagesse. Une goutte de rosée réfléchissant les rayons du matin, le jeu de la lumière entre les feuilles d’un arbre, renferment des trésors de poésie.

Ernest Naville

Ernest Naville à Grange Gaby, Salève

La prise de conscience écologique de notre environnement est un progrès récent et les hommes (tout au moins une partie d’entre eux) commencent seulement à comprendre que les océans et l’atmosphère ne sont pas des poubelles sans fond et qu’ils doivent prendre garde de ne pas détruire à jamais le monde qui nous entoure, ceci même si nous ne sommes pas responsables de tous les désagréments que nous rencontrons sur notre planète.

La destruction des forêts, par exemple, est déjà une réalité depuis fort longtemps. En l’an 1853, lorsqu’ Ernest Naville, éminent citoyen genevois, théologien, philosophe et poète, fait l’acquisition du domaine de Grange Gaby, à 1210 m d’altitude, sur le flanc méridional du Grand Salève, la montagne présente une calvitie avancée. Il faut absolument y remédier et le nouveau propriétaire, qui va recevoir jusqu’à la fin du siècle nombre de personnages parmi les plus illustres de la planète, y tient absolument. Durant la seconde moitié du 19e siècle, Grange-Gaby est devenu un centre intellectuel unique en son genre. D’autre part, de santé fragile, Ernest Naville a acquis ce domaine (en même temps que deux autres également sur le Salève) pour être au calme et bénéficier de la fraîcheur de l’air montagnard. Ne dit-on pas de Mornex, la localité la plus proche, qu’elle est le Nice de la Savoie.

Sitôt installé, le nouveau propriétaire fait immédiatement planter, avec l’aide de son fidèle aide-forestier François Cotton, des arbres, une forêt même: 4900 mélèzes, 1100 pins et 800 aroles. L’opération ne fut pas couronnée d’un franc succès et beaucoup de ces arbres périrent, tous les aroles en particulier. La sylviculture était encore une science en devenir. Toutefois, à ce propos, il est intéressant de remarquer que, en 1818 déjà, on trouve sous la plume d’un responsable du district forestier de l’Oberland bernois, K. A. Kasthofer, les prémices de la notion d’une gestion durable des forêts. Ailleurs en Europe, en France et en Allemagne en particulier, la pénurie de bois aux 18e et 19e siècles avait aussi amené les forestiers à devenir des pionniers en matière de gestion de l’énergie et des ressources naturelles.

Malgré les problèmes rencontrés, Ernest Naville ne renoncera pas et les archives conservées témoignent de l’acharnement qu’il a mis, durant les décennies suivantes, à faire planter des arbres par milliers, jusque dans le flanc nord abrupt du Salève. Cette persévérance a certainement eu pour effet de modifier heureusement l’aspect de la montagne et de contribuer à rendre son climat plus agréable.

Pour connaître les causes principales de la déforestation du Salève, nous pouvons aborder le problème par le biais de l’étymologie du mot Gaby qui pourrait avoir eu la signification de mine. Il existe en effet dans la séquence sédimentaire du Salève un niveau de grès ferrugineux (appelé Sidérolithique), datant de l’Eocène (début de l’ère Tertiaire) qui a été exploité déjà au temps des Celtes (1er millénaire avant JC). Albert Naville, un des fils d’Ernest, qui a publié une étude sur ce sujet n’exclut pas que les Phéniciens aient même précédé les Celtes et les Gallo-Romains. Du bois était aussi nécessaire pour la fabrication de la chaux vive, l’exploitation du calcaire remontant au Moyen Age. Il ne faut pas oublier non plus le Petit Age Glaciaire (16e au milieu du 19e siècle) dont les effets ont été dramatiques pour les populations pauvres qui n’avaient d’autre ressource pour se chauffer que l’abattage des arbres.

Pour terminer, mentionnons que la propriété de Grange Gaby appartient toujours aux descendants d’Ernest Naville. La mare qui se trouve à coté de la propriété aurait été utilisée par les Celtes pour le lavage du minerai de fer.

Sources:

Mayor Jean-Claude, 1988. Le Salève en mosaïque, dans le Grand Livre du Salève, Ed. Tribune de Genève.
Rebetez Martine, 2006. La Suisse se réchauffe, Coll. Le Savoir Suisse.
Weber Claude. Diverses parutions dans la revue SALEVES, bulletin de la Commune Monnetier-Mornex-Esserts.

Ronald Chessex (par Bruno Maurer). Voir : http://www.cas-geneve.ch/pdf/Bulletin-GE-2010-04.pdf
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Dans le « Guide de l’Ascensionniste » rédigé en 1893 par la section genevoise du CAS il est indiqué un temps de marche de 15 heures pour effectuer la montée du Môle, temps incluant l’aller-retour depuis Genève (en ce temps-là, on partait de Genève à pied pour gagner la base des montagnes). En 1920 il y avais à Genève 60 clubs de montagne. Vers 1930 des câbles électriques aériens montaient les bobsleighs (luges) et leurs occupants de Collonges via la Croisette aux Pitons. Depuis les Pitons les lugeurs empruntaient une piste de 3 km (pente 8%, largeur 5m) vers la Croisette, puis 5 km (pente de 12%, largeur de 3 m) vers le Coin, puis (qu’en cas de fort enneigement) 2 km (pente de 13%, largeur de 5m) vers Collonges. Entre 1930 et 1940 les routes carrossables de la crête : Cruseilles - La Croisette - Monnetier et la route Le Coin - La Croisette fut construites.

Les câbles au Salève - article du Le Messager du 21.6.2012 - pdf

Le golf de Bossey est construit en 1983. Le Salève offre beaucoup de possibilités de varappe. Le mot « varappe » vient de « var » qui signifie « sommet rocheux et aride » d’une racine pré-indoeuropéenne. Ce mot régional a passé dans la langue française.

Richard Wagner séjourne pendant 2 mois pour soigner son eczéma à Mornex en l’été de 1856 après avoir composé son chef d’oeuvre, la Walkyrie (les Walkyries étaient des divinités féminines de la mythologie germanique qui accueillaient au paradis les héros morts au combat). John Ruskin, peintre, critique d’art, sociologue et écrivain anglais, séjourne à Mornex en 1862-3. A propos de Mornex voici un passage du poète Gaudy-Le Fort, dont la belle demeure de commerçant enrichi est devenue la mairie d’Onex: « Amis, voilà Mornex! c’est là qu’on se repose, c’est là que chaque jour prend une teinte rose, c’est là que le génie admire et se recueille, qu’à l’album de sa vie on ajoute une feuille... » . Ce même personnage, de son vrai nom Jean-Amé Gaudy (1773-1850), disait que Mornex était « Nice en miniature, moins la mer, moins les oliviers et les Anglais... »  voir « Lieux d’excursions et de villégiature de HFA » dans « Amiel et son temps » dans http://www.amiel.org/atelier/vie/viedamiel.html ainsi que http://www.amiel.org/atelier/oeuvre/inedits/Balladallobroge.pdf . Stendhal, auteur français, de passage à Genève en 1830, voyant les dégâts causés par l’exploitation excessive des carrières, considérait le Salève comme un vilain rocher pelé qu’il aurait bien voulu faire sauter. Nikolaï Vassilievitch Gogol, écrivain russe (Le Revizor, Tarass Boulba, les Ames mortes) chasse au Salève en 1836. Le philosophe et écrivain suisse Jean-Jacques Rousseau, qui à l’âge de dix ans, en pension dans le village de Bossey découvrit son penchant pour la nature et… la fessée que l’épouse du curé lui assénait lorsqu’il désobéissait. Alphonse de Lamartine, poète français, se promène sur les flancs de la montagne. George Gordon Byron, lord, poète anglais, a laissé sa trace au Gd Piton (accompagné de Lamartine). Mary Shelley (veuve de Percy Bysshe Shelley) , née Mary Wollstonecraft Godwin (1797-1851) est une femme de lettres anglaise, romancière, nouvelliste, dramaturge, essayiste, biographe et auteure de récits de voyage. Elle est surtout connue pour son roman Frankenstein ou le Prométhée moderne. Camille Corot (1796-1875) et Gustave Courbet (1819-1877) fixent le Salève sur leurs toiles. Giuseppe Verdi, musicien italien, âgé de 45 ans, veuf depuis 19 ans, se marie le 29 août 1859 à l’église de Collonges sous Salève avec la cantatrice Giuseppina Strepponi après 12 ans de vie commune. En guise de témoins, ils ont pris leur cocher et le sonneur de cloche de l’église.

2 sites concernant Giuseppe Verdi : http://ring.mithec.com/side/verdi.html   et   http://fr.wikipedia.org/wiki/Giuseppe_Verdi , ainsi que http://www.collonges.net (Patrimoine et environnement, Patrimoine culturel et Giuseppe Verdi).
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Article 17.11.2011 - pdf
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Le drapeau savoyard tagué - ledauphine.com - Haute-Savoie - Samedi 19 août 2017
Dans le secteur de la Corraterie, en plein massif du Salève, le drapeau savoyard géant qui s’affiche sur une paroi rocheuse, vient d’être tagué en noir de quatre lettres, “ALBA”. Un exercice de style périlleux pour le ou les peintres amateurs, dans une zone abrupte et dangereuse. Un drapeau qui n’en est pas à sa première modification : dans les années 60 c’était un drapeau suisse, puis savoyard, avant l’arrivée d’une grande tache rouge parasite en 2013 et le retour du drapeau savoyard avec ses nouvelles couleurs en 2015.
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Quand le drapeau suisse s'affichait au Salève !

Dans les années 1960, c'est avec stupeur que les habitants de Collonges découvrent un matin un gigantesque drapeau suisse peint sur les falaises du Salève. L'affaire fit grand bruit, car déjà à l'époque, les Savoyards appréciaient moyennement que l'on appelle le Salève " la montagne des Genevois " et que ces derniers s'y considèrent un peu comme chez eux. Imaginez donc la stupeur des habitants de Collonges-sous-Salève et de la région qui découvrent un matin qu'un gigantesque drapeau suisse a été peint dans la nuit sur la grande plaque blanche de la Corraterie, cette barre rocheuse du sommet du Salève qui domine toute la plaine du Genevois. Pour arriver à leurs fins, les auteurs de cette forfaiture nocturne ont dû couvrir pendant des heures des dizaines de mètres carrés de rochers blancs avec de la peinture rouge. L'affaire fait un beau scandale et occupe toutes les conversations des gens de la région. Bientôt, le ton monte contre ces satanés Genevois qui, non contents de coloniser le Salève, marquent maintenant leur territoire ! Les gendarmes, dépêchés sur place, constatent que le site du forfait est difficile d'accès et que ses auteurs doivent être à la fois sportifs et bons connaisseurs du site. Cette constatation fait derechef des membres du club Alpin Suisse, omniprésents sur le massif, des suspects de premier ordre ! Pour corser le tout, la presse s'empare de l'affaire et fait monter la mayonnaise tant du côté suisse que du côté français. Effrayés par la tournure que prennent les évènements, les coupables de ce crime de " lèse-Salève " décident alors de se dénoncer. Ni suisses, ni français, les auteurs de ce barbouillage nationaliste n'étaient autres que trois étudiants américains qui, ayant terminé avec succès leurs études au séminaire adventiste du Coin (un hameau sur les hauteurs de Collonges), avaient décidés de fêter leur réussite en réalisant cette farce qu'ils pensaient bien innocente ! Sportifs et bien équipés, ils avaient donc peint pendant de longues heures ce gigantesque drapeau suisse sur cette célèbre plaque blanche de la Corraterie qui se voit à des kilomètres à la ronde. Et le plus beau dans cette histoire, c'est que ces braves jeunes gens qui venaient d'un pays aussi vaste que les Etats-Unis n'avaient pas imaginé une seule seconde durant leur séjour au Coin que cette montagne si proche de Genève pouvait être française ! On fit donc disparaître ce drapeau suisse qui fut néanmoins remplacé quelques années plus tard par un drapeau svoyard de plus petite taille, qui orne encore aujourd'hui ce flanc de montagne.

D'après Dominique Ernst "Legendes du Salève" septembre 2008.
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Article du Dauphiné Libéré du samedi 1er août 2009 page 14 (Copyright Dauphiné libéré)

Il y a 40 ans, un drapeau rouge à croix blanche était peint là haut sur la montagne…

La peinture du drapeau savoyard peint sur les parois du Salève commence à s’estomper. « J’espère que quelqu’un va bientôt monter le rafraîchir » plaisante Georges Sache. En temps que secrétaire général de Collonges sous Salève à la fin des années 1960, il est en première ligne le matin de la fin juin où la commune haut-savoyarde s’est réveillée un drapeau suisse sur la tête. « Quel foin ça avait fait. Déjà que les Genevois parlaient toujours de “leur” Salève, les gens du coin y ont vu une volonté de s’approprier cette montagne bien française…» À l’époque, la commune porte plainte. Le sous-préfet s’en mêle. Côté français, c’est le branle-bas de combat. Les journaux genevois, eux, prennent l’anecdote avec le sourire, même si le club alpin suisse est un temps pointé du doigt. À tort. Des étudiants américains ou canadiens du campus adventiste situé au lieu-dit Coin à Collonges, finissent par avouer être à l’origine de la farce. « Ils voulaient fêter la réussite de leurs examens et se seraient trompés de drapeau. » D’autres sources affirment que les jeunes étaient persuadés que le Salève était…en Suisse. « De toute façon, le drapeau n’a pas duré bien longtemps. Des gars du coin sont montés pour prolonger la croix jusqu’au bord, pour en faire un drapeau savoyard. » En une semaine, l’affaire est élucidée mais le dessin reste, deux fois plus grand que maintenant. Des générations d’enfants du Genevois ont ainsi grandi à l’ombre de la croix de Savoie, qui au fil des ans s’est transformée en grande tâche blanche. « Quand j’étais petit, je croyais que les Indiens nous envoyaient des signaux avec un drapeau blanc, confie un habitant de Présilly. C’était l’époque où on regardait des westerns le mardi soir…» Peu à peu, l’affaire tombe dans l’oubli. Jusqu’au jour de 1999 où l’histoire se répète. Un matin, le drapeau était à nouveau bien visible. Bien savoyard cette fois. À l’époque, la gendarmerie ouvre à nouveau une enquête. Dix ans plus tard, les archives sont déjà à Paris et donc presque inaccessibles. « On n’a jamais vraiment su qui était derrière ça » constate Georges Sache. D’après certaines rumeurs, une équipe de la ligue savoisienne serait descendue en rappel le long de la paroi pour repeindre le drapeau savoyard et, surtout, ajouter le mot “libre” en dessous. Une anecdote que personne n’a pu jusqu’ici confirmer. Juliette GALEAZZI . Sources : “Histoires et légendes au pays du Salève” de Dominique Ernst, 2008 et www.collonges-sous-saleve.fr .

REPÈRES

IDÉE DE BALADE : LA CORRATERIE Dénivelé : aucun. Temps : 2 heures. Départ de la route qui relie la Croisette au Téléphérique. Le sentier traverse horizontalement le Salève de la Croisette au haut de la Grande Gorge juste en dessous des pâturages du sommet. On y croise souvent des chamois mais si elle offre un panorama unique sur le Genevois et le Jura, la balade peut impressionner les personnes sujettes au vertige.

L’ANECDOTE

Se demander lequel du drapeau savoyard ou du drapeau suisse était là en premier revient à se demander si la poule a précédé l’oeuf ou le contraire. Rectangulaire à croix blanche touchant les bords, le drapeau savoyard reprendrait les armoiries des ducs de Savoie. La constitution fédérale arrêta en 1848 un drapeau carré rouge à croix blanche pour représenter la Suisse, mais ce symbole préexistait à ce choix. La Confédération est le seul pays au monde avec le Vatican à avoir un drapeau carré.

L’ÉVÉNEMENT

À l’occasion de la fête nationale suisse, l’union suisse du Genevois organise une réception à l’arrivée du Téléphérique, en présence du sous-préfet de Saint-Julien et du député Claude Birraux. Les inscriptions pour le repas sont closes mais un apéro sera offert après la partie officielle. Par son emplacement, le Salève peut être un bon emplacement pour observer les feux d’artifices qui seront tirés à Genève vers 23h. Le téléphérique fonctionnera plus tard que d’habitude.
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Guerre de drapeaux sur le Salève ? 10.07.2013 Photo La Côte
L'emblème de la Savoie peint sur le Salève (France) est recouvert depuis trois semaines par une énorme carré rouge. Cette "modification" n'est pas revendiquée. Mais pourrait être le signe d'une rivalité entre la Suisse et la Savoie. La Savoie a été attaquée. Tout du moins son drapeau peint sur le pan d'une falaise du massif français du Salève qui surplombe la région genevoise. Selon les informations relatées par le site francebleu.fr, l'emblème savoyard que l'on pouvait observer dans la région de Collonges-sous-Salève, notamment depuis la route qui va de Genève à Saint-Julien-en-Genevois, a cédé la place il y a environ trois semaines à une énorme tache rouge. L'auteur et les motifs de cette "modification" sont inconnus. Serait-ce le signe d'une petite "guerre" de drapeaux entre les voisins Suisses et Savoyards ? Allez savoir... Par arda
Source : http://www.lacote.ch/fr/regions/geneve/guerre-de-drapeaux-sur-le-saleve-2139-1200935
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Un article du DL du 3.7.2013 par Sabine Pellisson
COLLONGES-SOUS-SALEVE Le mystère de la tache rouge sur le drapeau savoyard reste entier
Un drapeau savoyard avait été peint sur la paroi du Salève. Avec les années, il s’est délavé mais depuis le 22 juin 2013, une mystérieuse tache rouge a fait son apparition…
Photo DL/Claire Lebertre
Ce n’est pas une montagne sacrée mais ça y ressemble. Quand il se passe quelque chose au Salève, les esprits se réveillent, les spéculations et les rumeurs enflent et les pinceaux s’aiguisent. Car on ne sait toujours pas pourquoi les parois du Salève servent de toile à ciel ouvert, pour les peintres amateurs de tout poil ! Qui a initié le projet ? Personne n’est au courant. Dernier épisode en date : une tache rouge en bas à gauche du drapeau savoyard, née dans la nuit du 21 au 22 juin 2013. Un carré de peinture assez grand pour être visible d’une bonne partie du Genevois français et suisse. Encore le coup d’étudiants américains basés au campus adventiste à Collonges ? La fresque d’un fanatique helvète qui souhaiterait s’approprier définitivement cette montagne aux Genevois en y apposant un drapeau suisse ? Des Savoyards qui voudraient redorer leur drapeau ? Ou simplement l’œuvre de petits plaisantins ? Le mystère reste entier… À la mairie de Collonges-sous-Salève et au syndicat mixte du Salève, on ne sait rien et on attend. « On ne bouge pas pour le moment. On ne repeint rien surtout s’il faut recommencer dans les heures qui suivent. On verra à l’automne, si plus rien ne bouge, on prendra une décision », explique le maire collongeois Pierre-Henri Thevenoz. Ainsi, repeindre en gris couleur rocher pourrait être envisagé à ce moment-là… Qui a initié le projet ? Personne n’est au courant. Hier, sur place, des marques bleues ont été aperçues au sol. Certains auraient même trouvé des pots de peinture… Un indice : cet exercice s’adresse surtout à un “peintre” averti et sportif, dans une zone mi-chemin, mi-escalade, très abrupte. En tout cas une chose est sûre, un drapeau savoyard rafraîchi oui. Mais si c’est un drapeau suisse qui prend place, l’affaire de la tache rouge ne s’arrêtera pas là ! Est-ce qu’on aurait l’idée d’aller peindre une croix de Savoie sur le mur des Réformateurs à Genève ? On se le demande !

Source : http://ledauphine.com/haute-savoie/2013/07/02/le-mystere-de-la-tache-rouge-sur-le-drapeau-savoyard-reste-entier
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Un article de la TdG du 04.07.2013 Par Marie Prieur
De la peinture rouge entache la croix savoyarde du Salève
Les peintres en herbe n’ont visiblement pas eu le temps d’achever leur œuvre. Là où trônait une peinture représentant la croix de Savoie, une tache rouge est apparue.
Image: Lucien Fortunati L’endroit est stratégique. Visible de Genève et du Genevois français, la tache rouge peinte sur le Salève, à la Corraterie, fait désormais figure d’énigme. Là où jadis trônait une peinture représentant la croix de Savoie (une croix blanche sur fond rouge), une tache rouge a pris place. C’était dans la nuit du 21 au 22 juin 2013, révèle Le Dauphiné Libéré. «Depuis, les appels téléphoniques se multiplient, commente Pierre Cusin, président du Syndicat mixte du Salève. Quand on touche à cette montagne, les habitants se sentent atteints dans leur âme.» Que s’est-il passé? Difficile de le savoir. Toujours est-il qu’au lendemain de la Fête de la musique, le Salève s’est réveillé entaché. «Sûrement des apprentis peintres qui ont voulu s’essayer à la peinture rouge», avance, sans se mouiller, Pierre Cusin. Retrouvez l'intégralité de l'article dans nos éditions payantes de vendredi.
Image: Lucien Fortunati (TDG)
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Un article de France Bleu du 09.07.2013 par Christophe Tourné
Le drapeau des Savoie repeint en rouge sur le mont Salève
La "guerre" des drapeaux est elle relancée entre la France et la Suisse ? C'est une histoire qui fait un peu " tâche " dans le massif du Salève. Si vous randonnez dans le secteur ou si vous circulez entre Genève et Saint Julien en Genevois, vous avez sans doute déjà remarqué cette peinture du secteur de la Corraterie. On pouvait jusqu'à présent y admirer l'emblème des Savoie sur la falaise ! Avec les années, le dessin s'était certes un peu délavé. Les couleurs ont perdu de leur éclat. Mais il y a 3 semaines, une mystérieuse tâche rouge à fait son apparition en lieu et place du drapeau. Personne ne sait qui a peint un énorme carré rouge. Français et suisses se disputent le lieu pour y afficher leur blason !! Le Salève est devenu une véritable " vitrine " pour y placarder son empreinte.
Source : http://www.francebleu.fr/faits-divers/le-drapeau-des-savoie-repeint-en-rouge-sur-le-mont-saleve-707318
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Le Salève peinturluré - un article du GHI du 10 juillet 2013 par JFt
Photo trou tine et drapeau
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La tache rouge a laissé la place à un vrai drapeau savoyard
ledauphine.com Haute-Savoie Vendredi 15 mai 2015 LE SALEVE
Tags : Archamps, Haute-Savoie, Environnement, Insolite.
Tout commence à la fin des années 1960… À cette époque, au niveau de la Corraterie dans le Salève, un drapeau suisse avait été peint en une nuit par des étudiants du campus adventiste de Collonges-sous-Salève. Un peu plus tard, des activistes savoyards peignaient une croix de Savoie à la place. Nouvel épisode en 2013 quand, sur cette surface délavée avec le temps, est apparue une tache rouge. Le début d’un rafraîchissement du drapeau savoyard ? Nul ne l’a su. Épilogue de la tache rouge ? Depuis peu, un drapeau savoyard entier est à nouveau visible quand on lève les yeux vers le Salève. Un exercice de style périlleux pour le ou les peintres amateurs, dans une zone abrupte et dangereuse.
commentaire = Drapeau ou Bannière = liberty74170
les drapeaux sont des créations récentes 200 / 300 ans, les bannières ils en existent que 3 dans le monde Union jack, la Suisse, la Savoie , la différence entre une bannière et un drapeau est dans sa forme, le drapeau est rectangulaire et la bannière est carré, celui de la Savoie date de la dernière croisade en 1272.
foto
Source : http://www.ledauphine.com/haute-savoie/2015/05/14/tout-commence-a-la-fin-des-annees-1960-a-cette-epoque-au-niveau-de-la-corraterie-dans-le-saleve
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Le « Bois Salève » au Pas de l’Echelle : jadis1 jadis2 jadis3 jadis4 et aujourd'hui.
http://www.la-salevienne.org/CPA-max.php?Indcart=770 et le site de l'Association des anciens de Bois Salève :
http://www.bois-saleve.com/ . Une maison d'accueil qui recevait et éduquait les enfants des familles défaillantes des cheminots du Sud-est de la France : "les orphelins du rail".
Article par Renée Vuarnet - pdf
article DL du 16.8.2015
http://www.la-memoire-de-veyrier.ch/349211508 = dossier relatif à l’Hôpital néo-zélandais d’Etrembières.
Histoire du Bois Salève - doc
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1860 - Savoie – France : mariage d’amour ou de raison ?

Voici donc 150 ans que la Savoie est française, 150 ans que deux peuples ont lié leurs sorts, 150 ans de destin commun avec les joies et les peines qu’ils ont partagées. Avec le recul et notre vécu aux uns et aux autres, nous pouvons regarder l’Histoire et mesurer le chemin parcouru. C’est aussi le moment de voir ce que chaque peuple apportait et ce qu’il recevait. Cette annexion ne fut pas le fruit du hasard, mais elle ne fut pas souhaitée de la même manière selon qu’on était français ou savoyard. Je vous propose de survoler l’histoire avec ses moments les plus marquants en observant la situation de nos ancêtres lorsque vint l’heure des choix.

Un petit pays indépendant et francophone

Erigée en Comté par l’Empereur du Saint Empire romain germanique au cours du 11ème siècle, la Savoie dirigée par la famille des Blanches-Mains devient le portier des Alpes. Les successeurs d’Humbert sauront jouer de cette situation pour consolider leur indépendance. Selon les époques et les besoins, leur politique oscillera entre l’Empire et la France, n’hésitant pas à rompre ou à rétablir les alliances le plus souvent à leur profit et jouant avec les mariages pour agrandir leur territoire. En 1416, le Comte Amédée 8 est fait duc par l’empereur Sigismond lui-même. Pour accéder à la couronne royale, il faut la bénédiction de l’Empereur ou du Pape. Désormais, la Maison de Savoie ira aussi courtiser le Saint-Père. Nos ducs continuent leur politique d’expansion en jouant encore et toujours de leurs alliances et de leurs ruptures, de telle sorte qu’ils acquièrent une réputation d’infidélité politique qui fera écrire à Victor Hugo dans son Ruy Blas (III, 2):
« Rome vous trompe ; il ne faut risquer qu’à demi
Une armée en Piémont quoique pays ami ;
La Savoie et son Duc sont pleins de précipices. »
Ayant conquis le Piémont, les ducs transportent leur capitale à Turin en 1562, mais cela ne leur vaut pas l’onction pontificale. Cette couronne royale, la Maison de Savoie va la gagner au 18ème siècle avec Victor-Amédée 2 qui obtient la Sardaigne en échange du Royaume de Naples et de Sicile (traités d’Utrecht et de Londres). Peu lui importait au fond le territoire, pourvu qu’il reçût une couronne. En échange, c’est peut-être dès ce moment que la Maison de Savoie commença d’oublier ses racines, même si elle conserva et conserve toujours sa nécropole de Hautecombe.
Dès le 13ème siècle, la langue française prend pied en Savoie et au 15ème elle devient la langue officielle pour les actes publics alors qu’il faudra attendre 1539 et l’ordonnance royale de Villers-Cotterêts signée par François 1er pour que cette langue devienne celle de la France ! Lorsque Richelieu décidera de créer l’Académie française, il prendra pour modèle l’Académie florimontane et choisira de confier la grammaire au savoyard Claude de Vaugelas qui a bien mérité sa rue en ville d’Annecy. Molière le cite dans ses « Femmes savantes » (II, 7)
« Une pauvre servante au moins m’était restée,
/Qui, de ce mauvais air n’était point infectée,
Et voilà qu’on la chasse avec un grand fracas
/A cause qu’elle manque à parler Vaugelas ! »

Une Italie émiettée et le retour des nationalismes

Au moment des révolutions de 1848, l’Italie, tout comme l’Allemagne, n’est pas une nation. Celle-ci est alors divisée en 7 états : le Royaume de Piémont-Sardaigne entre les mains de la Maison de Savoie, le Royaume de Lombardie-Vénétie entre les mains des Habsbourg, les duchés de Parme, Modène et Toscane (Habsbourg), les Etats pontificaux (la Papauté) et le Royaume de Naples entre les mains de la Maison de Bourbon. Un fort sentiment d’appartenance nationale se fait alors jour en Italie (« Italia farà da sé » «L’Italie se fera elle-même »). Ce mouvement prend le nom de «Risorgimento » (renaissance). Victor Emmanuel 2 se verrait bien en prendre la tête. Des héros se lèvent : Garibaldi et Massini, mais aussi Giuseppe Verdi, illustre compositeur et député au parlement de Turin. Son nom deviendra vite le sigle de ralliement (V.E.R.D.I. : Vittorio Emmanuele Re d’Italia, Victor-Emmanuel, Roi d’Italie) et le célèbre « Va pensiero » de Nabucco, souvent connu sous le nom de « chœur des esclaves » devient le chant des partisans de l’unité italienne. Il faut donc bouter l’autrichien hors d’Italie. Et, justement, la Maison de Habsbourg commence son déclin tandis que la Prusse devient la puissance montante. Louis Napoléon Bonaparte en exil a noué des liens avec les Carbonari, l’un des principaux mouvements du Risorgimento et il a promis que, s’il monte sur le trône de France, il aidera le Royaume de Piémont-Sardaigne à chasser l’Autriche-Hongrie. Devenu empereur des Français, il oublie promptement ses engagements. Le 14 janvier 1858, une machine infernale explosant au passage du cortège impérial lui rappelle sa promesse. Le 21 juillet, alors qu’il « prend les eaux » à Plombières (Vosges), il rencontre secrètement le Comte Camille de Cavour, Premier ministre de Victor Emmanuel et échange la cession de la Savoie et du Comté de Nice contre une aide très forte de la France. L’Autriche est battue à Magenta et Solferino (juin 1859), mais Napoléon 3 rompt le pacte et se retire d’Italie, la Prusse menaçant d’aider l’Autriche. En échange, il renonce à la Savoie. L’opinion française s’émeut : cette guerre n’a en rien servi la France. Cavour, fou de rage, a démissionné. En mars 1860, il reprend les tractations et Napoléon 3 échange la Savoie et Nice contre son accord à l’annexion des 3 Duchés au Royaume d’Italie naissant. L’unité italienne est presque complète, celle-ci ayant reçu également Naples et la Sicile, mais la Vénétie et le Tyrol italien restent autrichiens. La Vénétie fut cédée en 1866 après la défaite des autrichiens face à la Prusse à Sadowa (en Bohème). Quant au Tyrol italien, il fut acquis par le Traité du Trianon qui régla le démantèlement de l’Empire austro-hongrois en janvier 1919.

La Savoie a pour la France les yeux de Chimène

Alors que la révolution de 1848 rendait la France suspecte aux élites savoyardes, la stabilité apparente de l’Empire et la politique laïque de Cavour renversèrent la tendance. C’est aussi la France qui avait édicté le grand principe démocratique du libre droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, base de toutes les revendications nationalistes. Cependant, l’entrée de la Savoie dans le giron français inquiétait les provinces du nord (Chablais, Faucigny et le nord du Genevois) qui commerçaient librement avec Genève. Nos ancêtres craignaient le centralisme français. Un mouvement pro genevois se fit jour chez nous : « Si Genève est française, il faut être français, si Genève est suisse, il faut être suisse, si Genève est cosaque, il faut être cosaque. »
Genève tenait aux liens commerciaux privilégiés, mais la Genève protestante voyait d’un mauvais œil la création d’un nouveau canton catholique dans la Confédération helvétique. Les blessures de la guerre du Sonderbund opposant les cantons catholiques aux cantons protestants (1845 – 1847) n’étaient pas encore cicatrisées. La solution fut trouvée par la création des zones franches. Finalement, le traité de Turin fut signé et après que Victor-Emmanuel eut délié ses sujets savoyards et niçois de leur serment de fidélité, le peuple fut appelé à se prononcer. Le «oui» l’emporta sans appel:130.533 OUI contre 235 NON. (Il semble aux historiens modernes qu’une fraude ridicule, parce que le « OUI » était de toute façon très majoritaire, ait été introduite dans les urnes ou dans le comptage des bulletins.)

Après l’annexion, le chemin de fer Victor-Emmanuel

La Compagnie du Victor-Emmanuel avait entrepris la construction de la ligne de Culoz à Turin par les vallées de la Maurienne et de la Doire Ripaire. Celle-ci devait franchir la crête des Alpes en souterrain, sous la Pointe du Fréjus. Au moment de l’annexion, le percement était commencé depuis 3 ans, mais l’ingénieur en chef, Germain Sommeiller, né à St Jeoire, craignant un abandon par la France, prit la nationalité italienne. Le tunnel fut inauguré du 17 au 19 septembre 1871 à Modane. Germain Sommeiller avait mis au point des perforatrices pneumatiques qui firent grandement accélérer les travaux. Au moment où les équipes françaises et italiennes se rejoignirent au milieu du tunnel, l’écart d’entre axe était inférieur à 1m, ce qui représentait un exploit pour l’époque. Le buste de Germain Sommeiller se trouve en gare de Modane (quai numéro 1) sur une stèle sur laquelle est gravé ce vers du poète latin Virgile « Perrupit Acheronta herculeus labor » (un travail d’Hercule a forcé la porte des Enfers).

La Savoie dans la France

Pour la France impériale et ses élites parisiennes, les Savoyards, connus par leurs ramoneurs, étaient des nouveaux compatriotes, forcément ignares et qu’il allait falloir éduquer. Une mission fut chargée d’évaluer les besoins, notamment en instituteurs, car ils devaient en avoir grandement besoin! A leur retour les fonctionnaires impériaux annoncèrent que les Savoyards n’avaient pas de besoins en ce domaine : « ils en ont déjà suffisamment ». Le niveau moyen d’instruction des Savoyards était depuis fort longtemps supérieur à celui des Français. Lors du voyage officiel du couple impérial en Savoie, un baron d’Empire visitant la « nouvelle province » rencontra un jour un berger en alpage. Après un moment d’entretien, le baron lui fit cette réflexion : « vous êtes extraordinaires, vous, les Savoyards ». Pourquoi demanda le pâtre ? « Cela fait seulement 2 ans que vous êtes français et vous parlez notre langue aussi bien que nous. Comment faisiez-vous avant ? ». Le berger répondit : « Avant, Monsieur ? Oh, c’est bien simple, nous ne parlions pas. » Le baron, dépité, quitta l’alpage.
Comme nous le savons, la Savoie fut coupée en 2 départements respectant approximativement les limites diocésaines : les évêchés de Maurienne et de Tarentaise furent regroupés en un archevêché à Chambéry, de telle sorte que l’archevêque de Chambéry est évêque de Maurienne et Tarentaise, mais le val d’Arly et l’Albanais furent réunis au département de la Savoie. Comme à son habitude, le pouvoir central français ne respecta pas ses promesses : les forts de l’Esseillon, en amont de Modane ne furent pas détruits et les zones franches furent plusieurs fois modifiées et rendues caduques, ce qui donna du grain à moudre aux indépendantistes. Les Savoyards désiraient être français parce que leur culture était française, parce qu’ils ne voulaient pas de l’aventure italienne, parce qu’il leur semblait logique de regarder du côté où coulent leurs eaux et parce que la France incarnait pour eux la liberté et l’ordre. Il faut reconnaître que pour les Français de 1860, la Savoie était surtout un pays de montagnes effrayantes, peuplé de pauvres gens, qui leur était donné comme récompense d’une guerre gagnée et comme garantie d’une frontière plus facile à défendre contre la jeune Italie. Il y avait donc plus d’amour en Savoie et plus de raison en France pour ce mariage. Ces 150 ans de vie commune ont vu trois guerres. La Savoie y a payé un lourd tribu. Je demeure toujours ému à la lecture des morts au Monument et j’imagine les pleurs des mères, des épouses, des fiancées et des enfants apprenant les tristes nouvelles. Les maquis savoyards me rappellent le sens du devoir de ces montagnards qui ont choisi de vivre libres. Aujourd’hui, les Savoyards se sentent bien français et les Français aiment cette province attachante au caractère si fort.

E.T. qui aime passionnément la Savoie.

Sources bibliographiques :
Savoie (Jacques Lovie, Arthaud 1973)
Histoire de l’annexion de la Savoie à la France (Paul Guichonnet, La Fontaine de Siloé, 2003)

Source : http://www.lamuraz.com/files/pdf/42.pdf - La Muraz juin 2010
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Monnetier-Mornex a accueilli de nombreux hôtes illustres ; Voir :
http://www.monnetier-mornex-esserts.com/admin/fichiers/doc/sal49.pdf (page 9)
http://www.monnetier-mornex-esserts.com/admin/fichiers/doc/sal50.pdf (page 11)
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Bibliographie

BJJ - Boimond Jean-Jacques : Le Salève, images et anecdotes, 223 p., Imprimerie Marendaz, 1987.

BH - Bordeaux Henry : Amours du temps passé, Paris, Plon, 1923, les amants de Genève,pages 209 à 290.

C - Collectif : Le Grand Livre du Salève, 272 pages, Tribune Édition, Genève, 1988.

CAS - Club Alpin Suisse - section genevoise, Le Salève: description scientifique et pitoresque, Kündig (Georg), 1899, 448 pages, Réimpression: Slatkine, 1979.

CG - Chevallier Georgette : Quelques images litteraires du Salève, Échos Saléviens n°9, 40 pages, 2000 [25.- FS]

CJ  - Casari Jacqueline : Promenades dans l’histoire du Salève, Ed. de l’Emeraude, Genève, 1988.

DD - Decrouez Danielle et Charollais Jean : De Genève au Mont-Blanc - les roches racontent.

ED - Ernst Dominique : Legendes du Salève, septembre 2008 .

LG - Lepère Gérard : Le chemin de fer à crémaillère du Salève, La Salévienne, Échos Saléviens n°4, 128 pages, 80 illustrations, 1994 [25.- FS, épuisé, une réimpression avec beaucoup de nouveau matériel est prévu en 2004 ou 2005]

MB - Manzoni Béatrice: Le téléphérique du Salève, Échos Saléviens n°10, 40 pages, 2001[25.- FS]

MJC1 - Mayor Jean-Claude: Le Salève à la Belle Époque, 104 p., Slatkine, Genève, 1996. [20.- FS]

MJC2 - Mayor J-C: Légendes et Visages du Salève, 200 p., Slatkine, Genève, 1997. [27.- FS]

PG - Primatesta Georges : Paysages genevois, Delachaux et Niestlé, Neuchatel, Paris, 1984.

PJJ - Pittard Jean-Jacques , Le Salève souterrain, Tribune Editions, 1979, pages 46-48

PR - Piachaud René-Louis: Le Salève, Albert Ciana, Genève, 1924, Réimpression: Slatkine, 1991.

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Affiches anciennes. © Bibliothèque Publique et Universitaire de Genève (BPU) et © Dominique Frascarolo:


Les promenades au Salève avant 1932. Avant la mise en service du téléphérique le 7 août 1932 et la construction, la même année, d'une route qui permettait aux automobiles d'atteindre le sommet de la montagne, les touristes et les promeneurs allaient au Salève à pied, à dos d'âne, en calèche tirée par des chevaux ou dès 1892 avec le funiculaire du Salève, le train électrique à crémaillère.


La croix (construit en 1874 en granite) au restaurant de la Croix, au bord de la route des Crêtes, à 890 mètres d'altitude, avant la construction de la D41 et du restaurant . © D. Frascarolo












1-1-E - La mise en valeur du massif : une histoire ancienne

Directive de protection et de mise en valeur des paysages du Salève
Rapport de présentation - Décembre 2000

Un paysage qui remonte au paléolithique

L'occupation humaine du pied du Salève remonte aux environs de 12’000 avant J.C. avec I'installation de chasseurs de rennes magdaléniens, vers le Pas de I'échelle.

Il y a 15'000 ans, juste après le retrait des glaciers, l’Homo sapiens, l’homme moderne, a trouvé refuge dans les cavités rocheuses du Salève et du Vuache. Ces hommes de la fin du Paléolithique appelés Magdaléniens étaient des chasseurs-cueilleurs qui commençaient à pratiquer la gravure et à fabriquer des outils. Ils chassaient le gibier comme le Renne ou l’Elan. Voici une reconstitution du campement de Veyrier-Etrembières des Magdaléniens.

C’est à cette période aussi que commence à se former un « paysage » proche de celui que l’on connaît aujourd'hui. Le Salève est dégagé des glaces et la disparition des pressions exercées contre les parois du massif entraîne un gigantesque éboulement dans la région du Pas de I'échelle (vers 12’400-12’000). Une forêt naissante dominée par le bouleau laisse place à une vaste forêt de pins dans la plaine et jusqu'à 1’400 m. Dès 10’000, un climat proche de I'actuel s'installe et les premières espèces a feuilles caduques apparaissent.

Des traces encore très prégnantes de la présence gauloise

Après cette première occupation humaine, la mise en valeur du Salève a pris des formes diverses.

La toponymie a gardé les traces de i'idiome indo-européen des agriculteurs du néolithique, comme sal (Salève) signifiant pente à éboulis, ou var (Varappe) : sommet rocheux et aride.

Les celtes et les gaulois Allobroges vont trouver au Salève un lieu d'excellence pour développer leur production métallurgique du fait de la présence de dépôts sidérolithiques. Cette production a laissé des traces dans le paysage, notamment sur le sommet du Salève : trous superficiels réguliers correspondant aux lieux d'extraction, comme I'étang de Faverges.

C’est de cette période que date vraisemblablement la déforestation du haut du Salève afin d'alimenter les fonderies en combustible.

Un site remarquable de « camps celtique » est présent au Petit Salève : « le camp des Allobroges » datant probablement du second âge du fer (Ve siècle à 120 avant J.C.).

La toponymie est marquée par des noms aux origines celtiques :
- les Usses, de ussa : le sillon, la vallée
- les nants, de nantos: petite vallée, ravin
- le Mont Sion, de sedunum : la hauteur fortifiée
- Vovray, de vabra : I'endroit humide
- Mornex, de mar(d)(c)nex : la grande colline
- Neydens, de nec, ner : colline
- le Sappey, de sappus, sappinetum : lieu planté de sapins

Les tracés viaires de la période romaine et du Moyen Age

Dès la période romaine la région est marquée par l'influence de Genève (Genava, chef lieu d'une civitas). La voie principale reliant Genève à Annecy («Boutae» : petite ville à I'époque) longe I'ouest du massif selon un tracé proche de celui de la route nationale actuelle. Une autre route «iter antiquum» passait par Cruseilles et de là s'élevait et longeait la crête du Salève sur toute sa longueur pour rejoindre le pont d'Etrembières. Ce tracé était sans doute lié à l'obstacle que représentaient les forêts des versants et au rôle stratégique de cette route. Des traces de cette ancienne voie sont encore perceptibles (traces du passage des essieux sur la roche) en plusieurs endroits.

Au Moyen Age, l'installation de moines à Monnetier (vers 1150) et Pomier (vers 1170) va être à i'origine de défrichements et d'ouverture de clairières en forêt pour une mise en valeur agricole.

Les Chartreux vont aménager la route franchissant le Mont Sion de Cruseilles au Chable. C’est de cette époque également que date I'aménagement d'un des premiers accès au massif : I'escalier taillé dans la roche qui permet d'accéder à Monnetier et qui est à I'origine du nom « Pas de I'Echelle ».

L'engouement du XIXe siècle, I'histoire des modes d'accès au sommet

Mais la véritable mise en valeur du Salève date du XIXe siècle avec I'apparition du tourisme montagnard.

C’est à cette époque que va naître le rite genevois de la montée au Salève, à I'origine à pieds ou en âne, puis à partir de 1892 en train à crémaillère. Cette mise en valeur est d'ailleurs avant tout marquée par I'histoire de I'aménagement des accès au sommet:

1854 Aménagement du sentier de la Grande Gorge par le club alpin Suisse au départ de Collonges.
1875 Apparition du terme de « varappe » lié aux exploits de certains (les « varappeurs ») pour accéder par la falaise au-dessus d'Archamps.
1892 Mise en service du train à crémaillère.
1925 Ouverture de la route des crêtes.
1932 Inauguration du téléphérique.
1935-36, Construction de la route Monnetier - la Croisette.

Les constructions remarquables

Le Salève, par sa position d'observatoire au-dessus de la plaine genevoise et la barrière physique qu'il constitue, est un lieu stratégique. II n'a pourtant jamais servi de frontière entre Etats, et le projet de fortification que la France songe y édifier en 1883-1884 ne verra jamais le jour.

Cependant, au cours des siècles, des châteaux et « maisons fortes » (résidences de seigneurs qui se protégeaient ou, aux époques plus récentes, demeures d'agrément profitant de vues exceptionnelles) ont été bâtis sur ses pentes ; certains ont disparu :

- Château des comtes de Genève à Mornex,
- Château d'Etrembières,
- Château des Avenières,
- Château de I'Ermitage (Monnetier)
- Château de Crevin édifié vers 1700.

Par ailleurs quelques fermes importantes ont été construites au 18e comme celle de Mikerne.

L'histoire d'une montagne en quelques épisodes

d’après Monsieur Bernard Crettaz, ancien conservateur du Musée d'ethnographie de Genève

• L'homme de la préhistoire s'installe dans ce site tout-à-fait étonnant qui lui sert d'abri naturel, avec une géologie, une hydrographie, une flore et une faune adaptée. C'est toute la préhistoire et l'histoire du bassin genevois qui est définie ici.
• Au Moyen-âge, les moines chartreux de Pomier indiquent comment le Salève a servi de lieu de spiritualité, de centre de culture et d'élevage et de passage pour le col du Mont-de-Sion. La fin de l'abbaye de Pomier résume l'écho de la Révolution française dès 1793.
• Villages, communautés et châteaux s'épanouissent au pied du Salève. Ainsi sont exprimés ici tous les liens de Genève et de la Savoie, du protestantisme et du catholicisme.
• Histoire et sociologie du col du Mont-de-Sion et de son importance.
• Dès sa jeunesse, Horace-Bénédict de Saussure parcourt le Salève et il écrit: "je me rappelle encore le saisissement que j'éprouvai la première fois que mes mains touchèrent le rocher du Salève et que mes yeux jouirent de ses points de vue". C'est de Genève et de « sa » montagne-laboratoire que va naître la conquête du Mont-Blanc.
• En 1815, à la Restauration, des savants suisses fondent dans le temple de la Nature du Mont-Gosse, au-dessus de Mornex, la Société helvétique des Sciences naturelles. Dans ce temple sont dressées les statues des pères fondateurs de la montagne et de la nature: Linné, de Haller, Rousseau, de Saussure, Bonnet. Le Salève devient une sorte de berceau des sciences de la nature.
• Des villages-stations de moyenne montagne se développent. Ainsi Monnetier et Mornex où, dans le Pavillon des Glycines, en 1856, Wagner se retire pour se reposer après avoir composé la Walkyrie. Des célébrités viennent en ces lieux par ailleurs chantés par les écrivains et les peintres. La médecine de moyenne montagne s'épanouit.
• A la fin du 19ème siècle s'exprime la folie des trains de montagne. Dès 1875, un ingénieur genevois, Du Roveray, demande une concession au Conseil général de la Haute-Savoie. Il est suivi par les ingénieurs de Meuron et Cuénod. La concession est accordée en 1887. En 1892, l'inauguration du premier chemin de fer de montagne 100% électrique est une première mondiale. Ce sera un succès jusqu'au téléphérique en 1932.
• Dès les débuts de l'aventure citadine vers la haute-montagne, le Salève a été la grande école de varappe qui a fait des grimpeurs genevois parmi les alpinistes de premier ordre: Roch, Lambert, Vaucher et des femmes célèbres: Loulou Boulaz et Yvette Vaucher. Au Salève on a expérimenté sans cesse de nouveau matériel de montagne, comme la fameuse chaussure Tricouni du Genevois Félix-Valentin Genecand - pdf.
• Dès 1920, les Boueux, et Georges Amoudruz à leur tête, prospectent systématiquement les grottes du Salève qui sont multiples. Les Boueux découvrent les richesses du monde souterrain. Et Amoudruz, à partir des innombrables légendes recueillies ici, commencent à faire de l'ethnographie. D'une certaine façon, la fameuse Collection Amoudruz part du Salève.
• De tout temps on est monté sur le Salève pour voir, pour la beauté du panorama, mais aussi pour s'envoler. De Deluz à Lachat, on a expérimenté tant d'appareils pour ces "merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines". Vol delta et parapente développent toutes les possibilités du terrain de jeu que représente le Salève.
• Dernière arrivée au sommet du Salève, la civilisation du pique-nique multi-ethnique s'épanouit, faisant durant les mois d'été du Salève une sorte de grand lieu de métissage des cultures.
• Genève a donc colonisé cette montagne de France, mais qui témoigne tristement de l'échec d'une vraie politique transfrontalière. Au moment de l'après Rio, le Salève et ses plaies, et ses invasions, crient au scandale. Mais le Salève de tous, le vrai Salève populaire parmi les montagnes les plus populaires, voit venir le salut.
• Entrent en scène au dernier tableau les chevaliers de l'AGEDRI proliférant des menaces graves face aux politiques récalcitrants. Ils portent l'étendard de l'an 3000.

Dictionnaire historique de la Suisse
Le Salève - en français : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F7149.php
Montagne située en Haute-Savoie (F), à la frontière franco-suisse, dominant Genève. Dite la "montagne des Genevois", elle culmine à 1379 m et offre un panorama remarquable aussi bien du côté suisse (campagne genevoise, Léman, Jura) que français (avant-pays savoyard, chaîne des Aravis et Mont-Blanc). Le versant genevois présente des pentes rocheuses quasi verticales, alors que le versant savoyard descend en pente douce. IVe s. monte Seleuco, 1209 Mons Salevus.

Plusieurs grottes ou gisements désignés sous le terme de "station de Veyrier", en réalité sur le territoire de la commune d'Etrembières, au pied du Salève, ont livré des ossements et des outils (silex) du Magdalénien. L'exploitation du fer sur le Salève pourrait avoir commencé à l'âge du Fer déjà; elle est attestée avec certitude aux Ve-VIe s. et aux XIIe-XIIIe s. Des débris de charbon de bois et des résidus métallurgiques ont été retrouvés dans de simples excavations faites à partir de la surface du sol, dont les principales s'alignent sur la partie sommitale aux lieux-dits Les Treize Arbres, Grange-Gaby (acheté avec Grange-Passet en 1853 par Ernest Naville), Faverges, Les Crêts et Le Pommier. L'activité sidérurgique est à l'origine de minuscules étangs (anciens trous à minerais) et probablement de la déforestation des lieux. Dès 1830, on exploita les carrières, qui finirent par entailler la montagne jusqu'à mi-pente. Cette exploitation fait l'objet d'une restriction planifiée par le Ministère français de l'environnement. Une politique conservatoire des alpages a été en outre mise en place.

Dès le XVIIIe s., le Salève fut exploré et étudié par de nombreux naturalistes genevois, comme Horace Bénédict de Saussure (1779). En 1815, la Société helvétique des sciences naturelles fut fondée à Mornex, à l'est du Petit-Salève, par Henri-Albert Gosse et d'autres savants. De 1892 à 1937, un chemin de fer à crémaillère ralliait Veyrier aux Treize Arbres (1067 m d'altitude), contournant le Salève par Etrembières, Mornex et Monnetier (tous en Haute-Savoie). Un téléphérique le remplaça en 1932 (exploitation interrompue de 1975 à 1983); ses deux stations furent édifiées par Maurice Braillard. En 1936, on construisit la route de Monnetier-La Croisette. Le tourisme, contrairement à l'excursionnisme, n'a jamais vraiment pris au Salève., même si Mornex fut une station de cure réputée. En 1933, on comptait quinze hôtels et 247 chambres à Collonges-sous-Salève. Les nombreuses grottes, gouffres, rivières souterraines du Salève en font un terrain propice à la spéléologie. On y pratique divers sports, comme l'alpinisme et la varappe (dès 1870), la randonnée (dès la fin du XIXe s.) ou les sports éoliens (dès 1972).

Bibliographie
– A. Charpin et al., Le Grand Livre du Salève, 1988
– J.-C. Mayor, Légendes et visages du Salève, 1997
– A. Mélo, « Le district sidérurgique du Salève (Haute-Savoie, France)», in Minaria Helvetica, 21a, 2001, 65-69
– B. Lévy et al., Le tourisme à Genève, 2002
Auteur(e): Bertrand Lévy
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Le Salève - en allemand : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/d/D7149.php
Bergrücken in Hochsavoyen an der franz.-schweiz. Grenze, der sich hinter der Stadt Genf erhebt. Der Hausberg der Genfer ist 1379 m hoch und bietet einen beeindruckenden Rundblick über schweiz. und franz. Gebiet (Kt. Genf, Genfersee, Jura bzw. savoy. Vorderland, Araviskette und Mont-Blanc). Die Genfer Seite des S. ist steil und felsig, die savoyische sanft abfallend. Im 4. Jh. monte Seleuco, 1209 Mons Salevus.

In mehreren Höhlen und Unterständen, die als Freilandstation Veyrier bekannt sind, jedoch auf dem Gemeindegebiet von Etrembières liegen, wurden Knochen und Werkzeuge aus Silex der Magdalénienkultur gefunden. Die Eisengewinnung auf dem Salève begann vielleicht schon in der Eisenzeit; sie ist mit Sicherheit im 5.-6. und 12.-13 Jh. bezeugt. Bei einfachen Grabungen traten direkt unter der Oberfläche v.a. auf dem Bergrücken bei Les Treize Arbres, Grange-Gaby (1853 von Ernest Naville gekauft, ebenso wie Grange-Passet), Faverges, Les Crêts und Le Pommier Holzkohlestücke und Rückstände aus der Metallverarbeitung zutage. Aufgrund der Eisenproduktion sind aus ehem. Erzgruben kleinste Sümpfe entstanden und die betroffenen Gebiete wurden entwaldet. Seit 1830 werden Steinbrüche ausgebeutet, wobei das Material bis zur Mitte des Abhangs abgetragen wurde. Das franz. Umweltministerium plant nun, diesen Abbau einzuschränken. Ausserdem wurden Massnahmen zum Schutz der Alpweiden ergriffen.

Vom 18. Jh. an wurde der Salève von zahlreichen Genfer Naturforschern erforscht und studiert, etwa 1779 von Horace Bénédict de Saussure. 1815 gründeten Henri-Albert Gosse und andere Gelehrte in Mornex, im Osten des Kleinen Salève, die Schweiz. Naturforschende Gesellschaft. Von 1892 bis 1937 verband eine Zahnradbahn Veyrier mit den Treize Arbres (1067 m), sie führte über Etrembières, Mornex und Monnetier (alle in Hochsavoyen). 1932 wurde sie durch eine Seilbahn ersetzt, die 1975-83 nicht in Betrieb war; Maurice Braillard errichtete die Berg- und die Talstation. 1936 wurde die Strasse Monnetier-La Croisette erbaut. Obwohl der Salève ein Ausflugsberg war bzw. ist und Mornex ein bekannter Kurort war, fasste der Tourismus nie wirklich Fuss. 1933 verfügte Collonges-sous-Salève über fünfzehn Hotels mit 247 Zimmer. Die zahlreichen Grotten, Höhlen und unterird. Flüsse des Salève ziehen viele Höhlenforscher an. Bergsteiger, Kletterer (seit 1870), Wanderer (seit dem Ende des 19. Jh.) und Windsportler (seit 1972) suchen am Salève Erholung.

Literatur
– A. Charpin et al., Le Grand Livre du Salève, 1988
– J.-C. Mayour, Légendes et visages du Salève, 1997
– A. Mélo, «Le district sidérurgique du Salève (Haute-Savoie, France)», in Minaria Helvetica 21a, 2001, 65-69
– B. Lévy et al., Le tourisme à Genève, 2002
Autorin/Autor: Bertrand Lévy / PTO
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Le Salève - en italien : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/i/I7149.php
Montagna dell'Alta Savoia (F), situata alla frontiera franco-sviz., che si erge dietro la città di Ginevra; (IV sec.: monte Seleuco; 1209: Mons Salevus). Chiamata "la montagna dei Ginevrini", culmina a 1379 m e offre un panorama notevole sia sul versante sviz. (campagna ginevrina, lago di Ginevra, Giura) sia su quello franc. (area pedemontana savoiarda, catena degli Aravis e Monte Bianco). Il versante ginevrino presenta pendii rocciosi quasi verticali, mentre quello savoiardo digrada dolcemente.

Numerose grotte o giacimenti conosciuti come "stazione di Veyrier", in realtà sul territorio del com. di Entrembières, ai piedi del Salève, hanno restituito resti ossei e utensili (selci) del Magdaleniano. L'estrazione del ferro sul Salève, forse già avviata nell'età del Ferro, è attestata con certezza nel V-VI e nel XII-XII sec. In occasioni di semplici scavi, appena sotto la superficie del suolo, vennero rinveuti frammenti di carbone di legna e residui della lavorazione del metallo in particolare sulla sommità del monte in località Les Treize Arbres, Grange-Gaby (acquistata nel 1853 da Ernest Naville insieme a Grange-Passet), Faverges, Les Crêts e Le Pommier. L'attività siderurgica è all'origine dei minuscoli stagni (antiche buche per l'estrazione di minerali) e probabilmente anche della deforestazione dei luoghi toccati. Lo sfruttamento delle cave, iniziato nel 1830, ha intagliato la montagna fino a metà pendio; il Ministero franc. dell'ambiente ha in progetto una limitazione di tale attività. Sono inoltre state adottate misure politiche per la conservazione degli alpeggi.

Dal XVIII sec. il Salève venne esplorato e studiato da numerosi naturalisti ginevrini, tra cui Horace Bénédict de Saussure (1779). Nel 1815 Henri-Albert Gosse e altri eruditi fondarono la Soc. elvetica di scienze naturali a Mornex, a est del Petit-Salève. Dal 1892 al 1937 una ferrovia a cremagliera collegò Veyrier ai Treize Arbres (1067 m di altitudine) girando attorno al Salève e passando per Etrembières, Mornex e Monnetier (tutte località dell'Alta Savoia). Quest'ultima venne sostituita nel 1932 da una funivia (esercizio sospeso dal 1975 al 1983), le cui due stazioni furono realizzate da Maurice Braillard. La strada Monnettier-La Croisette fu costruita nel 1936. Diversamente dall'escursionismo, il turismo non si è mai veramente sviluppato sul Salève, anche se Mornex fu un rinomato luogo di cura. Nel 1933 Collonges-sous-Salève contava 15 alberghi e 247 camere. L'abbondanza di grotte, voragini e fiumi sotterranei fanno del Salève un territorio propizio alla speleologia. Vi si praticano inoltre numerosi sport, come l'alpinismo, l'arrampicata (dal 1870), l'escursionismo (dalla fine del XIX sec.) o gli sport dell'aria (dal 1972).

Bibliografia
– AA.VV., Le Grand Livre du Salève, 1988
– J.-C. Mayor, Légendes et visages du Salève, 1997
– A. Mélo, «Le district sidérurgique du Salève (Haute-Savoie, France)», in Minaria Helvetica, 21a, 2001, 65-69
– AA.VV., Le tourisme à Genève, 2002
Autrice/Autore: Betrand Lévy / luc
Un peu d'histoire "lémanique"

Histoire de la rade de Genève du glacier aux lacustres: 20 millénaires de l'histoire de Genève. durée vidéo: 8 minutes.

Tour à tour entièrement romaines, puis successivement soumises aux Burgondes (443), puis aux Mérovingiens (546-741), aux Carolingiens (751-888), aux royaumes de Provence et de Bourgogne (888-1032), puis savoyardes au Moyen Age, les deux rives du Léman ont constitué pendant des siècles une même entité. Cette unité lémanique se brise à l'avènement des Temps modernes. Le passage de Genève au protestantisme en 1536, puis l'intervention bernoise au secours des huguenots déchirent l'entité lémanique et créent des disjonctions qui se sont perpétuées jusqu'à nos jours. En 1559, le duc de Savoie, Emmanuel-Philibert, le grand homme de guerre au service de Charles Quint, recouvre ses domaines. Les terres occupées par Berne lui sont restituées en 1567, à l'exception du pays de Vaud. Charles-Emmanuel 1er; nouveau duc, allié à l'Espagne, tente de conquérir la rebelle cité de Calvin. La guerre ravage les parages de Genève et le bas Chablais, en 1589 et 1590. Ces luttes se terminent après l'intervention du roi de France, Henri IV, au secours des protestants, par le traité de Lyon en 1601. Le duc cède à la France, la Bresse, le Bugey, le Valromey, et le pays de Gex. Au lendemain de la tentative manquée de "l'Escalade" contre la " Rome protestante ", le traité de Saint-Julien, en 1603, reconnaît l'indépendance de la République réformée. Le Léman est désormais divisé en son milieu par une frontière qui, en dépit de la persistance des genres de vie semblables sur les deux rives, est devenue une ligne séparante pour les institutions, les religions et les mentalités. L'invasion de la Savoie par les " sans-culottes " de la révolution française en 1792, replace, pour moins de deux décennies, le lac dans l'orbite de la France. De 1798 à 1814, l'ex-République de Genève, le Chablais, le Faucigny, le pays de Gex, forment le département du Léman, dont Genève est la préfecture. Après Waterloo, la Restauration de 1815 dessine, au congrès de Vienne, les traits de la configuration politique actuelle, parachevée par le traité de Turin de 1816 entre Genève et la Sardaigne. La Savoie est rendue à son ancienne dynastie et redevient duché du royaume de Sardaigne. La République de Genève forme un canton de la Confédération. Des zones douanières franches sont instituées pour donner au canton un arrière-pays économique en Savoie et dans le Pays de Gex. Une autre petite zone sera créée en 1829 autour de Saint-Gingolph. La Savoie nord est assujettie à une neutralisation, comme si elle eût fait partie de la Suisse, et à un droit d'occupation par les milices fédérales. En 1860, lorsque le statut de la Savoie est remis en question et que sa cession à la France est prévue en contrepartie du concours de Napoléon III à l'unification de l'Italie, un courant pro-helvétique se manifeste pour la réunion des provinces septentrionales à la Suisse. Cette menace de démembrement est conjurée par l'octroi de la grande zone franche, couvrant les deux tiers du département de la Haute-Savoie. Au lendemain de la première guerre mondiale, le traité de Versailles abolit les clauses de neutralisation et d'occupation militaires. La France supprime les zones franches en 1923, mais au terme d'un long procès devant la cour de justice internationale de La Haye, elle est condamnée à rétablir, en 1934, " les petites zones " de 1815. Actuellement si les postes de contrôle ont été supprimés vers 1968, les résidents à l'intérieur de ces zones peuvent encore bénéficier des avantages qui s'y rattachent. Les voitures immatriculées TT1 Q pour l'Ain et TT1 W pour la Haute-Savoie, achetées sans frais de douane, sont l'exemple le plus visible de cette particularité. C'est désormais à l'intérieur de deux Etats nationaux que les pays du Léman vivent en paix.

Texte extrait de Nature et histoire du Léman de Paul Guichonnet, éditions Cabédita 1994, élaboré par le Comité départemental de la randonnée pédestre de la Haute-Savoie - Codérando 74.

Miettes d’histoire : Pourquoi le Salève n’est pas genevois
Le 15 avril 1798, sous le Consulat de Bonaparte, Genève, par les actives manœuvres du résident de France, Félix Desportes, devint le chef-lieu du département français du Léman. Mais sous l’Empire, des citoyens préparaient le retour à l’indépendance.

Le 30 décembre 1813, Genève était libérée de la tutelle étrangère et voyait arriver les premières troupes des Alliés, des Autrichiens. Ne voulant toutefois pas être considérée comme un territoire conquis et pour parler en Etat libre avec les vainqueurs de Napoléon, elle restaura son indépendance le 1er janvier 1814.

Les puissances alliées tenaient d’ailleurs à ce que Genève devînt canton suisse et, dès le 20 mai, les députés de notre ville avaient officiellement assuré la Diète que la République désirait faire partie de la Confédération. Le gouvernement provisoire avait donc demandé d’anticiper sur les événements et d’envoyer une garnison fédérale comme premier gage de l’union future. Le 1er juin 1814, au Port Noir, au milieu de la joie générale, des contingents suisses débarquèrent. C’était alors aux négociateurs de jouer, la Confédération ne voulant pas d’un canton qui n’eût pas de frontières avec elle, formé qu’il était de terres enclavées dans la France et dans la Savoie, alors possession du royaume de Sardaigne.

L’indépendance de Genève avait été reconnue par les Alliés, mais il importait d’obtenir ce désenclavement : une question délicate qui allait attirer sur la petite république l’attention des diplomates du Congrès de Vienne. Elle y envoya le meilleur négociateur qu’elle eût, Charles Pictet de Rochemont, accompagné de d’Ivernois et de Eynard-Lullin. Il fallait que la France acceptât notamment de se séparer de Versoix, dont elle avait voulu faire, sous Louis XV, une rivale de Genève. Heureusement, l’Angleterre et la Russie aidèrent à réaliser cette session du côté du Jura. Quant aux terres à obtenir de la Sardaigne, les actes diplomatiques furent signés le 29 mars 1815. Aux termes de l’article 1 du protocole, le roi Victor-Emmanuel mettait à la disposition des puissances alliées, pour être réunies à Genève, « la partie de la Savoie qui se trouve entre la rivière d’Arve, le Rhône, les limites de la partie de la Savoie occupée par la France, et la montagne de Salève jusqu’à Veirier inclusivement, plus celle qui se trouve comprise entre la grande route dite du Simplon, le lac de Genève et le territoire actuel du canton de Genève… sauf à déterminer plus précisément la limite par des commissaires respectifs, surtout pour tout ce qui concerne la délimitation en dessus de Veirier et sur la montagne de Salève ». Ainsi se trouvaient réunies les conditions désirées pour l’admission de Genève dans la Confédération, ce qui fut fait le 19 mai.

Puis les discussions pour la fixation exacte de la frontière dans la région du Salève furent engagées. Le texte primitif proposé par la Sardaigne portait « et la montagne de Salève », d’Ivernois le modifie alors et écrivit « sur la montagne de Salève », espérant que cette supercherie ne serait pas remarquée. Mais il n’en fut rien. Cette minime substitution de mot pouvait procurer de grands avantages à Genève : si la crête du Salève était la frontière, la montagne devenait genevoise de même que la route passant à son pied. Mais Montiglio, le négociateur sarde « vit la fumée ». Il alla « parcourir toute la montagne de Salève depuis le point où le chemin d’Annecy à Genève entre sur le territoire cédé jusqu’à Viry ». Il forma ainsi son jugement : « il est certain que le mont de Salève n’est point à pic ainsi que le disent MM. les Genevois, c’est-à-dire qu’il ne l’est point jusqu’à sa base ; il ne l’est que pour la moitié, les deux tiers ou les trois quarts suivant les endroits. Lorsqu’il s’étend par un talus plus ou moins raide dans la plaine cédée, faudra-t-il abandonner toute cette pente sur laquelle il se trouve même des communes ou des portions de communes ? Je suis bien loin de le penser… Si je pouvais parvenir… à maintenir notre territoire jusqu’au pied et sur les saillies de la montagne du Salève (puisque la base appartient aussi à la montagne que le sommet) je crois que ces Messieurs rabattraient un peu de la joie immodérée qu’ils éprouvent de cette gratuite spoliation ».

Au cours de la Conférence, les Sardes n’avaient pas lâché une seule de leurs exigences. Ils soutenaient que « sur » ne signifiait ni « au-dessus » ni « sur la cime », mais plutôt « sur la première petite élévation où commencent les racines de la montagne ». « Sur la montagne », avaient finalement relevé les commissaires genevois, ne pouvait en aucun cas signifier « sous la montagne », ce à quoi Montiglio, aurait répliqué : « Je ne vais point jusqu’à avancer que votre thèse ne puisse se soutenir, mais je soutiens de mon côté que « sur la montagne » ne signifie pas expressément « au-dessus de la montagne » et quand je mets mon habit sur moi, je le mets sur mon corps et non sur ma tête ».

Finalement, le Traité de Turin, signé le 16 mars 1816, fixa avec un grand luxe de détails la frontière telle que nous la connaissons aujourd’hui. Voilà pourquoi nous n’eûmes pas droit à la moindre petite parcelle de ce Salève où tant de Genevois varappent, pique-niquent et passent leurs dimanches !

Journal « Construire » 1979 (Copyright) Jean Dupain

Etrembières et Veyrier : 2 "villages" au destin commun... Un article de Steve Blanc dans la page 12 du Le Messager- Genevois de jeudi 22 avril 2010 en vue de la manifestation "Veyrier Etrembières sans frontières" (30 avril au 14 mai 2010).

La sidérurgie au Salève et la fabrication du verre dans la région.
Des fours catalans au sommet du Salève: la sidérurgie aux portes de Genève. Author = Sesiano Jean - pdf Published in Nature et Patrimoine en Pays de Savoie. 2017, vol. 52, p. 19-22. Abstract : Des scories des anciennes exploitations de fer au sommet du Salève ont été analysées et les résultats comparés aux analyses de scories trouvées en Valais et en Provence. Toutes présentent encore de forts contenus en fer, ce qui traduit des méthodes d'extraction deficientes.
Mélo Alain, Le district sidérurgique du Salève - 2001 - pdf Schweizerische Gesellschaft für historische Bergbauforschung = Société Suisse de recherche historique d’exploitation des mines
http://www.sghb.ch/wp-content/uploads/2012/12/Minaria_Helvetica_Nr_21a_2001.pdf

Les Chartreux et la sidérurgie aux 12e et 13e siècles. Le cas de la chartreuse de Pomier au pied du Salève (Haute-Savoie) 2008 Alain Mélo Extrait de : "Le travail au Moyen Âge (édition électronique)" sous la direction de Henri Bresc ; 127e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Nancy, 2002

Si la thèse d'Auguste Bouchayer ne peut plus être admise actuellement, la question de l'implication des Chartreux dans la sidérurgie médiévale reste posée et bien peu documentée. Des recherches archéologiques et historiques, conduites sur le massif du Salève, chaînon calcaire de l'avant-pays savoyard situé entre Annecy et Genève, apportent un nouvel éclairage sur cette question. Les coïncidences topographiques et chronologiques entre la fondation de la chartreuse de Pomier (Présilly, Haute-Savoie) et la remise en exploitation des ressources minières du massif supposent que les moines réduisirent le minerai entre 1170 et 1225 environ. L'apport des textes réglementant la vie spirituelle et matérielle des Chartreux - les Consuetudines, rédigées par Guigues vers 1127, ou les Statuta antiqua, collationnés par Riffier en 1259 - est capital pour comprendre la place de l'économie dans les chartreuses et son évolution au cours du 12e siècle. La production d'une chartreuse fut encore longtemps subordonnée au travail spirituel, mais il semble qu'après 1150, les frères laïcs ou « convers » s'impliquèrent davantage dans l'essor économique, notamment pour asseoir le pouvoir politique de leurs communautés. Dans ce contexte, mais jamais systématiquement pour ces époques-là du moins, ils purent alors entreprendre la fabrication du fer, comme sur le Salève, au-dessus de la chartreuse de Pomier.

Source : http://cths.fr/ed/edition.php?id=4689 Voir article
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Par ce frais samedi 15 septembre 2012, nous nous joignons à un groupe de randonneurs venus du Haut-Doubs. Ces passionnés œuvrent à la protection et à la mise en valeur du patrimoine minier de leur région. Pour leur course annuelle, ils ont choisi de visiter les anciens sites d'exploitation des minerais de fer et de silice dans la région des Convers. Au parking du Plan (1'330m), un café-croissant est offert aux participants avant le départ pour la visite guidée. Les explications d'Alain Mélo, archéologue, nous ramène de -56 à -35 millions d'années quand le Jura et le Salève se soulèvent. Transportés par les glaciers et les cours d'eau, les produits d'érosion des Alpes (molasse, grès, sable) se déposent dans les fissures et cavités du relief calcaire du Salève. Les gisements de fer vont remplir ces failles. On ne peut exclure des sites d'exploitations à l'époque romaine ou même à l'âge du Fer (L'âge du fer débute vers 1100 av. J.-C. dans le monde méditerranéen et vers 800 av. J.-C. dans le nord de l'Europe ; La métallurgie du fer nécessite une température plus élevée que celle du bronze et donc la connaissance technique d'un four portant à une température de 1’500 ° C) sur ce massif. Toutefois, l'exploitation prouvée par les chercheurs date des 5e et 6e siècles alors sous domination Burgonde. Pour une cause inconnue, l'exploitation des mines cesse dès la fin du 6e siècle pour reprendre aux 12 e et 13 e siècles. Certains supposent que ce sont les frères Convers, les laïcs soumis à la Chartreuse de Pomier, qui relancèrent la production artisanale du fer. D'autres se demandent comment, dans ce désert boisé (Pomier viendrait d'un mot latin signifiant "endroit isolé"), les Chartreux pouvaient développer une telle activité. Pour valoriser les terres de la Chartreuse, les frères Convers élevaient des moutons. Le bénéfice de l'élevage, viande et fromage, permettait d'acheter l'indispensable à la vie de la communauté. Nous emboîtons le pas à M. Mélo, dépassons le chalet du Plan puis traversons, à l'extrémité du pâturage, une large haie boisée. Sur l'autre versant, adossé à la haie, les ruines d’un chalet datant du 18e siècle. Dès les 15e et 16e siècles, confirme Alain Mélo, des familles de la bourgeoisie investissent dans l'agriculture de montagne. Des chalets fleurissent un peu partout sur les alpages. On y fabrique des fromages à pâtes pressées cuites pour être vendus sur les marchés ou exportés en direction de Lyon notamment. Des ruines, on distingue facilement trois parties : l'étable, la fromagerie et l'habitat. Cette exploitation était celle d'une famille de la région, les Berrod. Les propriétaires fonciers agrandissent leur propriété. Dès lors, une seule ferme de montagne suffira pour l'ensemble d'un domaine. Les conséquences de ce remaniement foncier, dès le 18e siècle, sont l'abandon d'un grand nombre de chalets devenus inutiles. Ici, des amas de scories attestent de la présence d'ateliers artisanaux où le métal était produit dans des bas-fourneaux. Pour le charbon, on utilise le bois de la forêt proche, le hêtre essentiellement. Nous ramassons et constatons que ces grains sont encore lourds, de forte densité. La perte du fer était donc importante. Un peu plus bas, des monticules de scories parfois importants ont modelé le paysage. Ces exploitations plus tardives, 12e siècle, utilisaient toujours les bas-fourneaux mais, grâce à l'utilisation de soufflets manuels la température était de 200° supérieure à celle des premiers bas-fourneaux. Ce procédé permettait une meilleure extraction, les pertes du précieux métal étaient donc moins importantes. En effet, les grains que nous soupesons sont plus légers que ceux trouvés plus haut. De beaux cailloux noirs et vitreux. Ce fossé, tantôt vide, tantôt débordant, est bien connu des randonneurs qui de l'alpage de la Thuile se rendent à l'alpage des Convers, et vice et versa. Ce fossé n'est pas un cours d'eau naturel, mais un ancien gisement creusé par l'homme pour en extraire le précieux minerai.

Source : http://jusdepommepourseniors.blogspot.ch/
Un article du Le Messager du 5.6.2014 par Dominique Ernst - pdf
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Comment on fabrique le fer?
Gérard Gremaud, professeur honoraire EPFL, répond à la question de Marie, 7 ans.
Le fer est le métal le plus courant dans la vie quotidienne. On ne le trouve pas sous forme pure dans la nature, mais seulement comme minerai d’oxydes de fer. Pour extraire le fer du minerai, on utilise du carbone qui se combine avec l’oxygène du minerai en fusion, à plus de 1500 °C, dans des «hauts fourneaux». La métallurgie du fer remonte au 3e millénaire avant notre ère au Proche-Orient, puis arrive dans nos régions au début du 1er millénaire avant J.-C. Pour extraire le fer, on utilisait alors le carbone du charbon de bois, ce qui fournissait du fer d’assez mauvaise qualité. A partir du XVIe siècle, on remplace le charbon de bois par du coke (houille distillée très pure), qui permet de produire en quantité du fer de meilleure qualité. C’est au XIXe siècle que se développe la métallurgie actuelle du fer. Au minerai et au coke, on ajoute dans les hauts fourneaux un «fondant» qui élimine les autres impuretés que l’oxygène. On obtient ainsi une fonte de très bonne qualité. La fonte est du fer contenant 2% à 4% de carbone, ce qui la rend très cassante. A partir de la fonte, on obtient alors des aciers doux en brûlant le carbone résiduel par divers procédés. On peut ensuite obtenir des aciers durs avec des propriétés particulières en ajoutant des éléments d’alliage au fer, par exemple du chrome et du nickel dans le cas des aciers inoxydables, appelés «inox». Aujourd’hui, la production d’aciers courants s’obtient surtout par recyclage de la «ferraille».
Source : https://www.migrosmagazine.ch/au-quotidien/le-coin-des-enfants/article/comment-on-fabrique-le-fer
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https://sketchfab.com/models/74ca0c069ea84ce58cd873e111f2d4c6 = Tranchée de fouille sur un atelier métallurgique médiéval au Salève (2014). RO S. Perret Prise de vues A. JDG Modélisation 3D A. Laurent. Use Sketchfab to publish, share and embed interactive 3D files. Discover and download thousands of 3D models from games, cultural heritage, ...
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Une manufacture de verre à Thorens. On y transforme la silice pour en faire du verre.

Thorens (Haute-Savoie) De 1750 à 1861, une manufacture de verre créée par le marquis de Sales, fonctionna dans la « vallée d'Usillon » qui offrait une partie des ressources nécessaires à cette industrie (eau, bois), le sable glacière provenant de Villy-le-Bouveret et du Salève . Les pièces étaient le plus souvent marquées d'un « T » symbole de la verrerie de Thorens. Les seules traces de cette activité sont le lieu-dit « La Verrerie » et la maison des directeurs de la manufacture devenue « colonie Cæcilia ».
La verrerie de Thorens produisit du verre durant un peu plus d’un siècle, des années 1750 aux années 1860. Fondée par le Marquis Paul François de Sales, elle reçut du roi de Sardaigne, Victor-Amédée III, en 1775 le titre de « Manufacture Royale », un titre qu’elle conservera jusqu’en 1825, soit pendant exactement cinquante ans. « Par convention avec la manufacture du Borgo Po à Turin, Thorens obtient le monopole de la vente de ses cristaux en Piémont et le droit de les exporter au-delà des Alpes sans avoir à s’affranchir de taxes trop lourdes. Forte de ce précieux soutien du gouvernement sarde, la verrerie s’agrandit et Usillon devient un véritable complexe industriel d’où sort une quantité considérable d’articles (environ 800 modèles différents en 1770), embauchant de 300 à 500 personnes selon les saisons….. ».
Par lettres patentes du 17 janvier 1755, le marquis Paul-François de Sales est autorisé à construire une verrerie sur ses terres de Thorens. Il y engage Pierre Schmid, son fils Jacques et Melchior Meyer, maîtres verriers, qui participent, avec les marchands Pierre-Joseph Dechasal et Joseph Roche, à la fondation de cette verrerie, au bord de la Fillière, près du hameau d’Usillon, à quelque 5 km à vol d’oiseau de Disonche. Alexis et Joseph se font éjecter de celle-ci par Pierre Joseph Dechasal et vont à Pont-du-Trient, sur le territoire de Martigny, en Valais. Jacques, leur frère, les rejoindra en Valais vers 1766, avant de revenir en 1780 à la verrerie. En 1770, Thorens comptait 300 ouvriers, et, en haute saison, jusqu’à 500, dont 150 germanophones. Entre avril 1788 et septembre 1790, c'est-à-dire en 30 mois, on y a fabriqué 2'933’227 verres blancs, 114’077 verres à vitre et 507’873 bouteilles. En 1793, plus de 800 modèles étaient proposés à la clientèle. Pierre Schmid décédera à Disonche en 1763 et sera inhumé dans l’église de Villaz.
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Un câble était installé entre la carrière de sable siliceux de Vovray-en-Bornes et la route qui longe le plateau des Bornes au pied du Salève. Ce câble qui a fonctionné de 1946 à 1960 était muni de deux godets pour transporter le sable jusqu’à un silo de 14 m2 installé au bord de la route. Le système mis en place était simple mais ingénieux : en descendant, le godet plein de sable faisait remonter le godet vide ! Le silo était vidé deux fois par jour par un camion qui livrait ce sable aux verreries de Saint-Prex, dans le canton de Vaud, en Suisse.
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Un article du Le Messager du 12.7.2012 par Dominique Ernst - pdf
Un article du Le Messager du 5.7.2012 par Dominique Ernst - pdf

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Pour consulter la partie géologique, voir "Salève: Descriptif".

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